La guerre s’intensifie au Moyen-Orient : Israël, les États-Unis et l’Iran entrent dans leur deuxième semaine de conflit. Les frappes s’intensifient. Les infrastructures pétrolières iraniennes sont désormais dans le viseur. Le Liban compte 454.000 déplacés. Et une école bombardée à Minab relance le débat sur les responsabilités. Tour d’horizon des derniers développements.
Trump vise plus large, les dépôts pétroliers frappés
Samedi, Donald Trump prévient depuis Air Force One : « Aujourd’hui, l’Iran sera frappé très durement ! » Il évoque des « zones et des groupes de personnes qui n’avaient encore jamais été considérés comme des cibles ».
La menace se concrétise rapidement. Des frappes américaines et israéliennes visent un dépôt de pétrole dans le sud de Téhéran, selon les médias d’État iraniens. C’est la première attaque rapportée contre des infrastructures pétrolières iraniennes depuis le début du conflit. Une nouvelle ligne franchie.
En une semaine, Israël revendique « environ 3.400 frappes à travers l’Iran » et la mise hors service de « plus de 150 systèmes de défense », selon le porte-parole de l’armée israélienne, le général de brigade Effie Defrin. L’armée de l’air israélienne a largué environ 7.500 munitions.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu affiche sa détermination dans une allocution télévisée : « Nous avons un plan méthodique, avec de nombreuses surprises, pour éradiquer le régime iranien et permettre le changement. » Fort avec les États-Unis du « contrôle quasi total de l’espace aérien au-dessus de Téhéran », Israël va continuer de frapper l’Iran avec « toute » sa « force », prévient-il.
De son côté, Ali Larijani, responsable de la sécurité nationale iranienne, contre-attaque sur le terrain narratif. Les États-Unis et Israël cherchent la « désintégration fondamentale » du pays, affirme-t-il dans un entretien diffusé sur la télévision d’État. « Leur perception, c’était que ce serait comme au Venezuela : ils frapperaient, prendraient le contrôle, et ce serait terminé. Mais maintenant ils sont pris au piège », lance-t-il.
L’école de Minab : Trump accuse l’Iran, le NYT pointe Washington
La polémique enfle autour d’une frappe qui a visé une école à Minab, dans le sud de l’Iran, dès le premier jour du conflit. L’Unicef rapporte un bilan de 168 élèves tués, dont une majorité « d’écolières âgées de 7 à 12 ans ». Un bilan qui n’a pas encore été confirmé de manière indépendante.
Une enquête du New York Times, basée notamment sur des images satellite, suggère que les États-Unis pourraient être responsables de cette frappe — ils auraient voulu cibler une base navale voisine. Ni les États-Unis, ni Israël ne confirment leur implication. Washington affirme que le Pentagone mène une enquête.
Trump, lui, tranche sans attendre les conclusions. « Nous pensons que cela a été fait par l’Iran. Parce qu’ils sont très imprécis avec leurs munitions », déclare-t-il. Une accusation directe, formulée alors que l’enquête est toujours en cours. Face aux écolières mortes de Minab, les deux camps se renvoient la responsabilité. La vérité, elle, reste enfouie sous les décombres.
Dans le même temps, Trump se contredit sur un autre dossier. Deux jours plus tôt, il semblait encourager les milices kurdes iraniennes à passer à l’offensive contre le pouvoir à Téhéran. Samedi, il fait volte-face : « Je ne veux pas que les Kurdes y aillent.
Nous n’envisageons pas que les Kurdes y aillent. Nous ne voulons pas rendre cette guerre plus compliquée qu’elle ne l’est déjà. » La guerre par procuration a ses limites. Trump vient de les fixer — jusqu’à nouvel ordre.
Bagdad, Dubaï, Bahreïn : le Golfe sous les feux croisés
La guerre déborde, encore. À Bagdad, des roquettes visent l’ambassade américaine. Des sources sécuritaires confirment à l’AFP que trois ont été interceptées et une est tombée dans une zone dégagée de la base aérienne de l’ambassade. Dans la soirée, des explosions retentissent à Erbil, capitale du Kurdistan irakien, qui abrite un vaste complexe du consulat américain, selon des journalistes de l’AFP sur place.
À Dubaï, un drame illustre la brutalité des frappes sur les zones civiles. Les débris d’un projectile iranien intercepté tombent sur un véhicule et tuent un conducteur pakistanais, annoncent les autorités locales.
L’activité à l’aéroport de Dubaï est brièvement interrompue dans la matinée. Les pays du Golfe continuent d’encaisser des attaques de missiles et de drones — malgré les excuses du président iranien auprès de ses voisins pour les frappes les ayant ciblés.
À Bahreïn, l’Iran affirme avoir frappé une base américaine en réponse à une attaque contre une usine de désalinisation. Les autorités locales signalent un incendie et des dégâts matériels dans la capitale Manama. Des attaques frappent également le Qatar, le Koweït et l’Arabie saoudite.
Le chef du pouvoir judiciaire iranien, Gholamhossein Mohseni Ejeï, justifie ces frappes régionales en invoquant des « preuves » que certains pays de la région se sont « mis à la disposition de l’ennemi ». L’Iran, dit-il, poursuivra ses attaques contre ces sites.
La Turquie, elle, hausse le ton. Ankara met en garde contre les tentatives de déclencher une guerre civile en Iran « en instrumentalisant les clivages ethniques ou religieux », les qualifiant d’« extrêmement dangereuses ». Elle appelle aussi Téhéran à la « prudence » après la destruction mercredi d’un missile iranien qui se dirigeait vers son espace aérien.
Liban : 454.000 déplacés, 41 morts dans une opération commando
Au Liban, la catastrophe humanitaire s’aggrave d’heure en heure. Les autorités libanaises recensent désormais 454.000 personnes déplacées par les frappes israéliennes. Plus de 110.000 d’entre elles sont hébergées dans des centres d’accueil. Le bilan humain depuis lundi atteint 294 morts et plus d’un millier de blessés, selon le ministère de la Santé libanais en début de journée. Dans le seul sud du pays, huit personnes périssent samedi.
Des frappes aériennes israéliennes visent plus de vingt villes et villages du sud du Liban dans la journée, selon l’Agence nationale d’information. Beyrouth est de nouveau frappée le soir : l’armée israélienne cible un bastion du Hezbollah dans la banlieue sud.
Dans l’est du pays, autour de Nabi Chit, un bastion du Hezbollah, une opération commando israélienne tente, en vain, de retrouver les restes d’un aviateur capturé au Liban en 1986. L’opération tourne au drame : 41 morts, dont trois soldats, et 40 blessés, selon le ministère libanais de la Santé. Une mission du passé qui produit des morts au présent.
Pendant ce temps, à Jérusalem, au moins une dizaine d’explosions retentissent dans la soirée après des sirènes d’alerte antiaériennes dans le centre du pays et en Cisjordanie occupée, selon des journalistes de l’AFP. L’armée israélienne signale des missiles iraniens lancés sur son territoire. « À ce stade, aucun blessé n’a été signalé », rapporte le Magen David Adom, l’équivalent israélien de la Croix-Rouge.
Londres dans la boucle, Téhéran cherche un successeur à Khamenei
Sur le front diplomatique et militaire, le Royaume-Uni franchit un cap. Le ministère britannique de la Défense annonce sur X que les forces américaines ont commencé à utiliser des bases britanniques pour mener des « opérations défensives » et « empêcher l’Iran de tirer des missiles dans la région, ce qui met en danger des vies britanniques ».
Des bombardiers B-1 de l’armée de l’air américaine atterrissent sur la base aérienne de Fairford, dans le sud-ouest de l’Angleterre, selon un journaliste de l’AFP présent sur place. Le sol britannique entre dans la guerre. Discrètement, mais concrètement.
En Iran, la question de la succession s’impose. L’Assemblée des Experts — organe chargé d’élire le prochain guide suprême pour succéder à l’ayatollah Ali Khamenei, tué dès le premier jour des frappes — doit se réunir « dans les prochaines 24 heures », selon Hossein Mozafari, l’un de ses membres cité par l’agence Fars. Un pays sous les bombes qui doit, en même temps, organiser sa propre succession politique. Une image qui dit, mieux que tout discours, l’ampleur du bouleversement en cours.
La guerre entre dans sa deuxième semaine. Les infrastructures pétrolières brûlent. Les écolières de Minab sont mortes. Le Liban compte ses déplacés par centaines de milliers. Et pendant qu’Israël, Washington et Téhéran s’affrontent, le monde retient son souffle — et cherche, en vain, une sortie.
Source : AFP – 8 mars 2026