Au Grand Hangar, une campagne de consultations gratuite est lancée depuis le jeudi 23 juillet 2026. Dans ce quartier populaire situé à Bonabéri, 60 à 70 % des habitants sont en situation de pauvreté.
Le projet est porté par Charity Assurance Medical Center, une structure sanitaire privée soutenue par le district de santé Bonassama. Pendant trois jours, les populations vont se faire dépister et être prises en charge. Plusieurs pathologies ont été ciblées. On peut citer entre autres le paludisme, l’hypertension artérielle, le diabète. Les maladies bucco-dentaires, les maladies de l’appareil urinaire, les maladies infantiles.
Satisfaire les attentes des patients
Rendu sur les lieux, la concentration des professionnels médicaux est visible. Tous les espaces d’accueil sont en mouvement. Médecins et infirmiers s’activent pour satisfaire les attentes des patients qui viennent par petits groupes, et même en famille.
Dame Annette Ambe est venue avec son époux pour se faire consulter. « Une dame nous a dit qu’il y avait une campagne, donc j’ai dit à mon mari qu’on devait y aller. Nous avons été consultés gratuitement. On a fait les examens au labo avec des coûts insignifiants. Nous nous sentons rassurés. Tout est bon et on se sent bien », va-t-elle nous répondre.
Et à la fin, son conseil est donné : « Je conseille aux gens de venir se consulter. Les médecins prennent du temps pour les patients. Je trouve qu’il faut ajouter du temps. Trois jours, c’est petit pour le monde qu’il y a dans ce quartier. Et que les gens vraiment pauvres ici. C’est une bonne occasion pour nous », a dit dame Ambe.
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Les médicaments gratuits
Pour le Dr, Gildas Karel Mkeutcha Simo, il faut tout faire pour sauver les pauvres. « Le but, c’est d’aider les gens démunis à pouvoir au moins se faire diagnostiquer. Et commencer à prendre en charge les traitements. « Pour ceux qu’on peut aider avec les médicaments gratuits, on leur en donne gratuitement », va révéler le médecin généraliste.
Ce dernier va évoquer un pan des consultations dont il juge l’importance. « Il y a un service ophtalmologique pour la consultation gratuite des yeux. Là, on s’assure au moins pour tous ceux qui ont des problèmes. Parce que la plupart des problèmes chez les vieux, il y a le glaucome, il y a la cataracte ».
«Les gens vivent avec, ils ne le savent pas. Ils marchent avec un fond, une pression intraoculaire élevée, et autant de choses. Vraiment, cette campagne vient dans l’optique d’aider la population le mieux qu’on peut, avec le peu qu’on a », dit-il.
Après des heures de consultation, on est un peu fixés sur l’ampleur des maux. « Il y a une grande quantité de personnes qui sont venues avec une augmentation de la pression artérielle. Ça, c’est un mal qui est souvent lié à l’obésité. Ils sont très jeunes, 30 ans par là, qui viennent avec des tensions très élevées ».
Infections sexuellement transmissibles
« Vous ne pouvez pas voir qu’à 30 ans, il y a déjà 200 de tension. Ce n’est pas normal. Aussi, il y a des infections sexuellement transmissibles. Les gens ne se protègent pas. Ils n’ont pas d’hygiène de vie saine. Ce sont les deux plus gros problèmes, dont les maladies sexuellement transmissibles et les hypertensions, de maladies non communicables. Il faut ajouter diabète, le paludisme, les gastroentérites. Il y a le paludisme, le tabagisme, l’alcoolisme », révèle-t-il.
De quoi formuler des conseils. « J’aimerais demander aux populations de partir à l’hôpital quand ils ne se sentent pas bien. Parce qu’on constate que beaucoup viennent ici après avoir essayé beaucoup de choses à la maison ».
« C’est même intéressant que ce soit même gratuit. J’ai demandé à une patiente ce qu’elle prend pour le mal de ventre. Elle m’a dit ça parce qu’elle mangeait du Masepo. Il faut juste venir à l’hôpital quand vous êtes malade. D’abord, parce que certains restent à la maison. Après, ils meurent », va-t-il recommander.
Réaction
Dr Emmerencia Bezejuh
« Je sais ce que veut dire être malade et ne pas avoir l’argent pour se soigner »
Dr Emmerencia Bezejuh est la promotrice de Charity Assurance Medical Center. Une formation sanitaire située au quartier Grand Hangar à Bonabéri. Soutenue par le district de santé de Bonassama, nous l’avons approchée pour mieux comprendre les motivations à mener une telle activité dans un univers aussi pauvre.
Les objectifs visés
Aujourd’hui, on constate généralement qu’il y a un vrai problème. De janvier jusqu’au mois de juin, sur nos registres de consultation. On a constaté que les pathologies les plus fréquentes sont le paludisme. Et vu l’état de saleté qui entoure notre environnement ici. Il y a aussi les fièvres typhoïdes, qui reviennent en force.
Mais bizarrement, nous recevons les malades dans un état sévère. Ce qui veut dire que beaucoup de malades sont à la maison. Et ne partent pas à l’hôpital parce qu’ils pensent que le coût est cher. Donc, du coup, nous avions organisé cette campagne dans le but d’atteindre au moins 700 à 1 000 personnes. A qui nous allons donner les traitements gratuits pour le paludisme.
Ça, c’est notre part d’offre pour faciliter la vie qui est déjà très difficile à la population de Bonabéri. Et les traitements que nous donnons, c’est spécifiquement pour le paludisme simple. Pour le paludisme grave, nous les donnons à un coût très, très réduit. C’est aussi ma façon de dire merci à Dieu. Parce que j’ai connu aussi la galère et j’ai connu la souffrance. Je sais ce que veut dire être malade et ne pas avoir l’argent pour se soigner.
Le diabète et d’autres pathologies
Nous dépistons le diabète gratuitement également parce qu’il y a beaucoup de gens qui sont atteints du diabète. Le temps qu’on découvre, ils sont dans les complications. Nous dépistons l’hypertension artérielle. Vu que nous avions les cardiologues en place. On a beaucoup de spécialistes. Les pédiatres, les cardiologues, les diabétologues, les néphrologues, les urologues.
On a un grand nombre de spécialistes, les chirurgiens. Donc, ce que nous faisons aujourd’hui, c’est que nous dépistons ces malades. Afin de les cadrer pour voir les spécialistes qui peuvent mettre les meilleurs protocoles de prise en charge. Et de réduire le nombre de complications que les diabétiques ont. A cause du fait qu’ils ne savaient pas la situation avant et attendaient dans leurs maisons.
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Les mesures prises pour éviter d’être débordé
Pour cette campagne, j’ai fait venir deux autres médecins généralistes. Donc, il y a quatre médecins généralistes pour gérer le flux des consultations. On a l’ophtalmologue, on a le dentiste. Il y a le cardiologue et le diabétologue. Il y a en tout, huit médecins. Donc, on n’a pas peur. On a une équipe très dynamique. On a des laboratoires, des biologistes qui sont là.
Charity Assurance, au nom de la charité
Ce nom, je l’ai reçu de Dieu parce que quand j’ai commencé, ce n’est pas le nom que j’avais donné. J’avais d’abord écrit Centre de la grâce. Mais le jour que je faisais les papiers. Pour aller remettre la demande au district, Charity Assurance a résonné dans mes oreilles.
Charity Assurance veut dire l’assurance de l’amour. Il faut que les gens soient rassurés qu’ils sont aimés. Il faut aimer quelqu’un pour mieux le soigner. Donc, le nom Charity Assurance veut dire nous soignons avec l’amour.
Prendre tout le monde en charge après la campagne
Il faut déjà savoir que cette œuvre de charité que je suis en train de faire ne commence pas aujourd’hui. Je n’ai pas de subventions, je n’ai personne pour me soutenir. Mais j’ai ma fille biologique qui me soutient dans ces actions. Elle est pharmacienne.
En tant qu’enfant, elle m’a vu souffrir, elle m’a vu émerger. Donc, elle est mon seul soutien aujourd’hui. Elle ne me lâche pas. Elle et moi avions décidé de partager le peu qu’on a avec la population. On veut que tout le monde autour de nous, sourit parce que le Seigneur nous a donné la capacité d’aider.
La prise en compte de la CSU
Ici, nous prenons vraiment en compte ces chèques santé. Déjà, les consultations prénatales sont gratuites. Bien que nous soyons en privé, nous payons l’électricité, le personnel tout autour et nous payons les impôts. Mais nous sommes en train de suivre la CSU à la lettre.
Toutes les cibles de la CSU qui est sur notre plateau technique, nous les prenons en charge et gratuitement.
Un message aux autorités sanitaires
Je leur demande d’encourager ceux qui sont en train de bien faire. Je leur demanderai de ne pas oublier que nous sommes en privé. Mais si par exemple, j’avais une petite subvention de l’État, je crois que j’allais faire les merveilles. C’est vrai, avec les chèques santé, on a quelques subventions. Sur la prise en charge du paludisme chez les enfants de 0 à 5 ans, pour les TDR.
Mais les TDR ne suffisent pas. Parce que des fois, il faut établir le nombre de trophozoïtes pour pouvoir vraiment savoir comment mieux traiter l’enfant. Donc, ce n’est pas toujours ça. Mais par la grâce de Dieu, je crois que ceux qui peuvent payer aident ceux qui n’arrivent pas.
Le niveau d’indigence au quartier Grand Hangar
Je peux dire 60 à 70 %. Il n’y a que 30 % des personnes dans cette zone qui peuvent vraiment payer leurs factures. La preuve, il y a beaucoup de femmes qui accouchent ici, qui n’ont même pas l’argent pour payer les factures. On les laisse partir, parce qu’on ne va pas les condamner. Et, il y a un proverbe qui dit que le lit des pauvres est très fécond.
Ça, c’est un quartier où les gens sont très pauvres et féconds. Donc, du coup, on les soutient à notre niveau.











