Bruit de casseroles dans les chefferies. L’ingérence du Minat mise en cause. Des femmes d’Ediki, dans le Sud-Ouest, ont interrompu la circulation sur l’axe Buea-Kumba le 28 juillet. Elles protestaient contre la désignation de leur nouveau chef, imposé selon elles par le préfet. Au début du mois, le lawanat de Dogba, à l’Extrême-Nord, était le théâtre d’une tension sociale similaire. Les habitants ont dénoncé l’ingérence du préfet du Diamaré dans les affaires de leur chefferie.
De plus en plus de tensions sociales sont observées lors de la désignation des chefs traditionnels au Cameroun. Les populations semblent ne pas se reconnaître dans la figure de l’autorité traditionnelle qui leur est imposée par l’administration.
Le dernier cas en date nous vient d’Ediki, une chefferie de 2ᵉ degré de la région du Sud-Ouest. Le mardi 28 juillet, les femmes de ce village sont descendues en nombre sur la nationale nᵒ 8. Ce tronçon du patrimoine routier camerounais relie les villes de Buéa et de Kumba, dans la région du Sud-Ouest.
Les protestataires ont bloqué la circulation. Pour ce faire, elles ont tendu une corde de part et d’autre de la chaussée. Les automobilistes n’avaient pas d’autre choix que de former de longues files d’attente.
Un chef imposé par l’administration
Les manifestantes protestaient contre la désignation de sieur Njumè Betoto comme chef du village. Or, elles avaient déjà porté leur choix sur Ngoé Joël Itoé.
« Nous, les femmes, sommes sorties aujourd’hui parce que le sous-préfet est venu installer un faux chef à Ediki. Ce faux chef crée des problèmes ici. Il n’y a plus la paix. Les frères et sœurs s’entretuent, et nous ne voulons plus que ça continue. », a lancé une manifestante.
Et de poursuivre : « Ce n’est pas au gouvernement d’imposer un chef dans notre village. Le sous-préfet n’a aucun droit d’imposer un chef ici, d’autant plus qu’il n’est pas de ce village. »
Face aux menaces de troubles à l’ordre public, des éléments de la Compagnie de gendarmerie de Kumba ont été déployés. Le blocus a été levé au bout d’un dialogue engagé avec les manifestantes.
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Accusées d’être de mèche avec des sécessionnistes
Les femmes d’Ediki ont été actives ces derniers mois dans la lutte contre la circulation des drogues dans leur village. Elles sont descendues dans les rues à plusieurs reprises pour dénoncer ce phénomène et y attirer l’attention des autorités.
Cependant, à chaque descente, le chef Njume les aurait accusées d’être en intelligence avec les insurgés sécessionnistes. Communément appelés les « Amba Boys » ou « Amba Girls ». Une accusation que les femmes jugent infondée.
« Les femmes ont interpellé des jeunes qui fumaient du tramadol et d’autres drogues. Le nouveau chef a envoyé des personnes armées de couteaux et de machettes pour venir récupérer les fumeurs. Il a dit que si on attrape encore les femmes d’Ediki qui manifestent contre la drogue, elles seront toutes tuées. »
Cette détractrice du chef désigné s’est exprimée au micro d’une radio locale à Douala. Selon elle, les jeunes se sont confiés à la gendarmerie. Ils auraient alors avoué que c’est le nouveau chef qui avait envoyé des gens pour venir les arrêter.
A Dogba, le préfet impose un chef de 16 ans
Des tensions similaires ont émaillé la désignation du nouveau lawan de Dogba le 7 juillet dernier. Les candidats à la fonction de lawan ont tenté en vain de convaincre le préfet à recourir au scrutin comme mode de désignation du chef. Le préfet du Diamaré, Jean-Marc Ekoa Mbarga, a finalement imposé le fils du lamido de Maroua pour diriger la communauté. Un garçon âgé tout juste de 16 ans.
Les populations ont protesté vivement à l’esplanade de la chefferie du 2ème degré du village Dogba. Les forces du maintien de l’ordre ont dû recourir au gaz lacrymogène pour disperser les manifestants et rétablir l’ordre.
Les accusations d’ingérence de l’autorité administrative dans la désignation des chefs traditionnels sont légion. Et dépassent de loin le cadre d’Ediki et de Dogba. Bangou en est un cas d’école dans l’actualité de ces dernières années.
Bicéphalisme de fait à Bangou
Le bicéphalisme est de mise à la tête de cette chefferie. Qui est également un arrondissement du département des Hauts-Plateaux, à l’Ouest. Les blessures laissées par les divisions nées de la dispute du trône sont loin d’être cicatrisées.
En effet, le 20 mars dernier, un prince de la cour royale, Tiamegy Luther, et un notable saisissaient le Minac. Dans leur lettre, ils demandaient au ministre des Arts et de la Culture d’annuler un événement.
Il s’agissait de la deuxième édition de la journée des notables Bangou, prévue à Yaoundé du 12 au 18 avril. Depuis plus de six ans, deux princes disputent le trône de cette chefferie. D’un côté, Arnaud Tchihou Tayo et de l’autre, Maurice Ngambou Kemayou.
Un moment désavoué par le ministre de l’Administration territoriale, ce dernier avait été installé le 21 mars 2022. Un passage en force. Ce malgré la mise en garde du Minat. Lequel Minat lui demandait d’attendre l’aboutissement d’une procédure matérialisée par un arrêté homologuant son adversaire.
L’administration ne joue pas son rôle d’arbitre
Excédé par cette situation, le notable Mbah Kouh Biesseu n’avait pas mâché ses mots. « Rien ne va. L’administration ne joue pas son rôle d’arbitre. Quand l’ayant-droit est là, l’intérimaire doit quitter. Nous voulons la paix. Nous sommes là, jusqu’à ce que le gouvernement installe notre roi sur le trône. »
Le village Bagam, dans les Bamboutos, région de l’Ouest, connait aussi ce conflit né du bicéphalisme au trône. Le Minat Atanga Nji avait vivement été critiqué pour son choix arbitraire de l’autorité traditionnelle de cette communauté. La liste des cas d’ingérence est loin d’être exhaustive.












