La mort d’un ressortissant ghanéen au Cap provoque un nouvel incident diplomatique entre Accra et Pretoria. Le Ghana évoque un contexte de violences xénophobes, tandis que l’Afrique du Sud rejette cette version et parle d’une possible affaire d’extorsion.
Le Ghana et l’Afrique du Sud se sont retrouvés jeudi au cœur d’un nouvel incident diplomatique à la suite de la mort d’un ressortissant ghanéen, un décès que Pretoria affirme ne pas être lié aux manifestations contre les immigrés organisés plus tôt cette semaine.
L’Afrique du Sud est régulièrement secouée par des épisodes de violences anti-immigrés mais les manifestations se sont intensifiées ces dernières semaines et des milices autoproclamées avaient ordonné aux étrangers sans papiers de quitter le pays avant le 30 juin dernier.
Selon les forces de sécurité, plus de 25 000 personnes, dont des centaines de Ghanéens, sont déjà parties d’Afrique du Sud. Plusieurs Etats africains ont rapatrié leurs ressortissants ces dernières semaines en réponse à la vague de manifestations contre les immigrés.
Le Ghana affirme que Bashiru Isak, 40 ans, a perdu la vie après s’être fait tirer dessus mardi dans le township de Khayelitsha au Cap, « au cours de manifestations anti-immigrés liées à des attaques xénophobes ».
Le ministère des Affaires étrangères condamné
Dans un communiqué diffusé mercredi, le ministère ghanéen des Affaires étrangères a été condamné « avec la plus grande fermeté cet acte de violence insensé et la montée de la xénophobie visant les ressortissants africains, y compris les Ghanéens, en Afrique du Sud ».
Le ministère souligne avoir interpellé les autorités sud-africaines, déposé une plainte auprès de la police et demandé « une enquête complète, transparente et rapide conduisant à l’arrestation et à la poursuite des auteurs » du meurtre.
Pretoria a rejeté cette version dans un communiqué jeudi. La ministre sud-africaine de la Justice, Mmamoloko Kubayi, s’est dite « préoccupée par les allégations du ministère ghanéen des Affaires étrangères », le qualifiant de « factuellement incorrectes ».
La police sud-africaine considère que ce meurtre pourrait avoir un lien avec une affaire d’extorsion. Elle a assuré à l’AFP qu’un Ghanéen de 35 ans, dont le nom diffère de celui fourni par le gouvernement ghanéen, a été abattu dans un salon de coiffure lundi et non mardi comme le dit Accra. La police a en outre donné le nom d’un endroit différent concernant le lieu du meurtre.
Jeudi, le porte-parole du ministère sud-africain des Affaires étrangères, Chrispin Phiri, a déclaré sur la chaîne publique de télévision SABC : « Il est important que, par le biais des canaux diplomatiques, nous disposions d’un processus clair permettant aux parties de nous consulter avant de diffuser des informations qui, ces derniers temps, en particulier de la part de nos homologues ghanéens, se sont révélées non seulement inexactes mais également invérifiables ».
L’Afrique du Sud est la première économie d’Afrique et accueille plus de trois millions d’étrangers, soit un peu plus de 5% de sa population. Mais le chômage dépasse les 30%, alimentant la colère envers les travailleurs immigrés.
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