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Beauté : Clarice Abega, »l’experte » du cheveu crépu

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Trans Afrique

Dans le quartier Cité des Palmiers, situé dans le 3ᵉ arrondissement de Douala, Clarice Abega mène depuis 2019 une révolution silencieuse : redonner au cheveu crépu sa valeur, à travers son salon de coiffure et les produits qu’elle fabrique avec passion.

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Je m’appelle Clarice Abega,  je suis fondatrice et gérante de NBS Salon Nappy, un salon spécialisé dans les cheveux afro naturels situé à Douala, dans le quartier Cité des Palmiers. Je suis également formatrice en coiffure naturelle et en formulation cosmétique. NBS Salon Nappy c’est bien plus qu’un salon, c’est un espace de valorisation de la femme noire dans son authenticité la plus profonde, avec pour slogan : “Qu’il est beau d’être crépu.”

Comment est née votre passion pour les cheveux naturels ?

Ma passion est née d’une conviction personnelle profonde : la beauté authentique existe déjà en nous, elle n’a pas besoin d’être transformée pour être acceptée. Les cheveux crépus ont une texture, une vie, une richesse incroyable. Plus je les découvrais, plus je voulais les comprendre, les sublimer et aider d’autres femmes à les aimer.

Quel a été le déclic pour créer NBS Salon Nappy ?

Honnêtement, NBS Salon Nappy  n’était pas au départ mon projet prioritaire. Mais il a grandi naturellement, porté par une réalité que j’observais autour de moi : des femmes qui ne savaient pas comment entretenir leurs cheveux naturels, qui manquaient de repères et de produits adaptés. Quand j’ai réalisé que mon salon apportait de la joie à mes clientes et créait des emplois pour plusieurs familles, j’ai compris que c’était une mission, pas juste un commerce.

 Pourquoi vous spécialiser dans les cheveux crépus naturels ?

Parce que c’est le cheveu le plus sous-servi, le plus mal compris et paradoxalement le plus beau. Pendant des décennies, les femmes noires ont été conditionnées à croire que leurs cheveux étaient difficiles, ingérables. Je voulais casser ce mythe avec des soins adaptés, une éducation capillaire sérieuse et une approche bienveillante. Les cheveux crépus méritent une expertise qui leur est entièrement dédiée.

Comment expliquez-vous l’essor du mouvement nappy ?

C’est un réveil identitaire. Les femmes noires, en Afrique comme dans la diaspora, ont commencé à se questionner ; pourquoi est-ce que je transforme mes cheveux ? Pour qui ? Ce questionnement, amplifié par les réseaux sociaux qui ont permis la création de vraies communautés de partage et d’entraide, a donné naissance à un mouvement puissant. Le nappy n’est pas une tendance,  c’est un retour à soi.

Les femmes noires assument-elles davantage leurs cheveux naturels aujourd’hui ?

Oui, indéniablement. Et c’est magnifique à observer. Il y a encore quelques années, une femme en cheveux naturels au bureau ou à un événement formel pouvait susciter des regards. Aujourd’hui, les naturelles sont partout, dans les salles de réunion, sur les tapis rouges, dans les médias. La honte recule et la fierté avance.

Qu’est-ce qui est en train de changer par rapport aux standards de beauté ?

La narration change. Pendant longtemps, ce sont d’autres qui définissaient ce qu’était la beauté noire. Aujourd’hui, les femmes noires prennent la plume et réécrivent cette histoire. Les réseaux sociaux, les créatrices de contenu, les entreprises comme NBS; nous participons toutes à construire un nouveau référentiel de beauté qui inclut, célèbre et valorise ce que nous sommes naturellement.

Quelles sont les erreurs les plus fréquentes dans l’entretien des cheveux naturels ?

Les erreurs les plus courantes sont le manque d’hydratation régulière, la manipulation excessive des cheveux secs, l’absence de protection la nuit, et l’utilisation de produits inadaptés, souvent trop lourds ou contenant des ingrédients qui assèchent sur le long terme. Beaucoup de femmes sautent aussi l’étape du démêlage doux, ce qui entraîne une casse importante.

Que ressentez-vous quand une cliente retrouve confiance grâce à ses cheveux ?

C’est le moment pour lequel je fais ce métier. Voir une femme se regarder dans le miroir et sourire vraiment sourire à son reflet, c’est une émotion indescriptible. Les cheveux sont profondément liés à l’identité et à l’estime de soi. Quand une femme accepte et aime ses cheveux naturels, c’est souvent le début d’une transformation bien plus profonde qu’une simple coiffure.

Porter ses cheveux naturels est-il une affirmation identitaire ?

Absolument. C’est un acte politique, culturel et spirituel à la fois. Choisir ses cheveux naturels dans un monde qui a longtemps dit qu’ils n’étaient pas assez beaux, c’est un acte de résistance et d’amour propre. C’est dire : je m’appartiens, je me choisis, je me célèbre. Chez NBS Salon Nappy nous appelons nos clientes les Authentics Queens  parce que c’est exactement ce qu’elles sont.

Quels défis rencontrez-vous en tant qu’entrepreneure au Cameroun ?

Les défis sont réels : l’accès difficile à certaines matières premières de qualité, le manque de culture du soin capillaire naturel qui nécessite beaucoup d’éducation, et le contexte économique qui rend parfois les produits naturels perçus comme un luxe. Mais le plus grand défi reste de changer les mentalités, convaincre une femme que ses cheveux naturels sont beaux et  gérables demande de la patience, de la pédagogie et beaucoup d’amour.

L’Afrique reprend-elle le contrôle de ses standards de beauté ?

Nous y sommes. Progressivement, mais sûrement. Des entrepreneurs, des artistes, des activistes, des soignants partout sur le continent et dans la diaspora  travaillent à reconstruire une image de la beauté noire qui nous appartient. NBS Salon Nappy s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Chaque cliente qui sort de notre salon en aimant ses cheveux est une victoire pour cette reconquête.

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