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Maroc : l’archevêque de Rabat accusé de violences sexuelles

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Après des révélations l’accusant de violences sexuelles et de comportements inappropriés. L’archevêque de Rabat au Maroc  a annoncé mardi se mettre en retrait. Le prélat figurait en 2025 parmi les cardinaux pressentis pour la succession du pape François.

Au moins cinq femmes ont porté ces accusations à la rencontre de Cristobal Lopez Romero. Le prélat espagnol de 74 ans en fonction depuis 2018 au Maroc. Selon des témoignages recueillis par l’AFP et des sources proches du dossier.

L’archevêque a déclaré n’avoir « commis ni agression ni violence. Ni harcèlement sexuel ».

L’AFP s’est entretenue avec Adélaïde (pseudonyme). Une retraitée engagée au sein de l’Église. Qui ne l’a pas autorisée à révéler à ce stade le contenu de son témoignage. Mais fait état d’agressions sexuelles répétées.

Celles-ci ont commencé fin 2024, at-elle dit, précisant. En avoir parlé « en partie dès le début » au vicaire général Marc Helfer. Adjoint direct de l’archevêque, puis le 22 avril dans un courrier à la prononciation apostolique. L’ambassade du Vatican dans la capitale marocaine.

L’AFP a également consulté le témoignage écrit d’une autre femme. Précisant le 9 mai à la même prononciation.

Elle y accuse le cardinal de « gestes physiques » qu’elle a « perçus comme déplacés ». Parmi lesquels « des accolades particulièrement appuyées et prolongées ». Et « une tentative de rapprochement physique. Pouvant être assimilée à une tentative » de l’embrasser, à laquelle elle dit. Avoir échappé « tant bien que mal ».

Une source au sein de l’archidiocèse a également indiqué à l’AFP. Avoir été informée qu’au moins trois autres femmes. Avaient accusé Cristobal Lopez Romero de « faits similaires ».

L’AFP n’a pas été en mesure d’établir la nature précise de ces signalisations.

Après une demande de réaction de l’AFP. L’archevêque a annoncé se mettre en retrait de sa fonction. Dans un texte rédigé aux fidèles du diocèse.

« Je suis accusé de comportements inappropriés à l’égard de femmes adultes. Cette situation a conduit l’Église à ouvrir une enquête préliminaire », écrit-il.

« Durant cette période d’enquête. Pour ne pas l’entraver, je vais prendre du recul. Ne présidant aucune célébration publique. Et n’intervenant dans aucune activité pastorale », ajoute-il.

Les autorités ecclésiastiques ont indiqué avoir transmis au Vatican les signaux reçus. Aucune plainte n’a à ce stade été déposée auprès de la justice marocaine.

D’autres faits similaires

Lors du conclave de mai 2025. Cristobal Lopez Romero avait figuré parmi les cardinaux évoqués. Pour succéder à François.

La National Catholic Review estime que sa « biographie personnelle faite de ponts entre cultures et continents. » Pourrait en faire « un candidat de poids. Pour le poste suprême de l’Eglise ».

Il s’était retiré du conclave seulement quatre jours avant le vote. Affirmant n’avoir « absolument aucune ambition » de devenir pape.

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Connu comme un « curé de rue ». Jovial aux cheveux et à la barbe blancs. Mgr Romero est Salésien, un ordre religieux fondé au XIXe siècle. Par saint Jean Bosco (Don Bosco), spécialisé dans l’éducation et l’accompagnement des jeunes. Notamment les plus défavorisés.

Membre de deux dicastères (ministères) au Vatican. Ancien missionnaire au Paraguay – dont il a acquis la nationalité . Il est reconnu pour son engagement en faveur du dialogue interreligieux. Il avait été créé cardinal par le pape François en 2019.

Selon la source au sein de l’archidiocèse, citant des « proches » connaissant de longue date de l’évêque, des agissements similaires ont été signalés lorsqu’il était au Paraguay, puis « provincial salésien en Bolivie et en Espagne ».

Elle dénonce « une culture de la complicité et de l’omerta » au sein de son entourage, qu’elle accuse d’avoir contribué à le protéger.

L’Église catholique reste marquée par des décennies de révélations de violences sexuelles commises par des membres du clergé et de leur dissimulation.

Sous le pontificat du pape François (2013-2025), une politique de tolérance zéro a été réaffirmée et plusieurs réformes ont été engagées pour améliorer le traitement des signaux.

Les critiques persistent cependant, victimes et observateurs dénonçant le maintien d’une omerta de la part de l’Eglise et une application inégale de ces principes selon les pays et les diocèses.

Marie Collins, une Irlandaise victime d’abus que François avait nommée au sein de la commission du Vatican chargée de traiter ce problème, avait démissionné au bout de trois ans en 2017, affirmant que des prélats continuaient à placer « d’autres préoccupations » avant la sécurité des enfants et des adultes vulnérables.

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Pas de couverture

Le Vatican n’a pas répondu aux sollicitations de l’AFP dans l’immédiat.

Dans son signalement précisé à la prononciation apostolique en avril, Adélaïde avait joint un document daté d’octobre 2025, émanant du vicaire général Marc Helfer.

Celui-ci y évoque les « actes posés » sur elle par Cristobal Lopez Romero et s’interroge sur « la pertinence » de son maintien « dans sa charge d’évêque ».

Tout en affirmant vouloir « protéger » à la fois Adélaïde et l’archevêque, il y écrit avoir décidé de parler au cardinal afin de l’aider à « modifier son comportement à l’égard des femmes ».

Rencontré par l’AFP avant la déclaration choc du cardinal mardi, il a confirmé avoir évoqué la situation avec l’intérêt et estimé qu’il fallait laisser les instances internes de l’Église mener leur enquête.

« Nous ne savons pas si (les faits dénoncés, NDLR) relèvent réellement de l’agression sexuelle », at-il dit. Et d’ajouter : « On ne couvre personne ».

Une source proche du dossier ayant requis l’anonymat a également transmis à l’AFP quatre courriers – dont le premier début avril – mentionnées à la prononciation et au dicastère pour la Doctrine de la Foi, évoquant des allégations de violences sexuelles de la part « du clergé dont du père Cristobal en personne ».

Le rôle de la prononciation consiste uniquement à « transmettre aux services compétents du Saint-Siège les signalements qui lui sont parvenus », a dit à l’AFP le nonce apostolique Alfred Xuereb.

« Dans cette procédure, la présomption d’innocence doit être préservée (…) jusqu’à ce que les faits soient établis par les autorités compétentes », a-t-il souligné.

Déjà des précédents au Maroc

Selon Nadia Debbache, avocate spécialisée dans les violences sexuelles, les faits décrits relèvent « de harcèlement sexuel aggravé et d’agressions sexuelles aggravées » pour Adélaïde et « de harcèlement sexuel aggravé et de tentative d’agression sexuelle aggravée » dans celui de l’autre femme, « l’aggravation tenant à l’abus d’autorité de leur auteur présumé ».

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Le code pénal marocain prévoit des peines aggravées pour ces mêmes infractions lorsqu’elles sont commises notamment par une personne ayant autorité. Il condamne également la non-dénonciation de crime ou de tentative de crime, ajoute-t-elle.

Ce n’est pas la première fois que l’Église au Maroc, pays musulman où les catholiques représentent une fraction infime de la population, est secouée par des accusations de violences sexuelles impliquant des membres de son clergé.

Fin septembre, le collectif « La parole accueillie », qui soutient des victimes de violences sexuelles au sein de l’Eglise, avait dénoncé le manque de transparence des autorités ecclésiastiques après l’affaire Yves Grosjean, prêtre français mis en examen en France pour agressions sexuelles aggravées et ayant exercé au Maroc entre 2017 et 2024.

Quelques semaines plus tard, de nouvelles accusations avaient visé le père Antoine Exelmans, soupçonné d’avoir exploité sexuellement des migrants et réfugiés mineurs à Casablanca (ouest).

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