Dr Gaston Effa est hématologue en service à l’Hôpital Laquintine de Douala, Ce 19 juin 2026 est consacré entièrement à la drépanocytose, qui reste peu ou très mal connue. Les statistiques ne sont pas gaies du tout. Et nous avons rencontré le Dr Gaston Effa, hématologue, en service à l’Hôpital Laquintane de Douala. Qui nous explique la maladie et ses conséquences.
C’est quoi la drépanocytose ?
La drépanocytose est une maladie génétique héréditaire du globule rouge. Au cours de laquelle le globule rouge va passer d’une forme qui est ronde. Une forme d’orange, qui est élastique, qui est déformable. A une forme de doigt de banane, qui est rigide et qui a tendance à se casser. Et c’est de là que vont venir toutes les complications qu’on rencontre au cours de la drépanocytose.
Puisque vous parlez de banane et autres, ça vient d’où, cette maladie ?
Alors, c’est une maladie génétique. Ça veut dire que pour qu’on ait un patient qui soit drépanocytaire SS. Il faudrait qu’un parent, le papa, donne le gène S de la drépanocytose. Il faudrait également que la maman donne le gène S de la drépanocytose.
Ça veut dire que les parents seront des porteurs sains. Et lorsqu’ils vont faire leur enfant, il sera porteur de leur gène, qui va donc donner le profil SS. Qu’on rencontre chez les patients drépanocytaires.
Docteur, vous rencontrez beaucoup de cas. Combien vous en recevez par mois ou par jour ?
Je suis dans un service à Laquintinie, où il y a un centre de prise en charge de la drépanocytose. Et dans le centre de prise en charge de la drépanocytose, on a à peu près 700 nouveaux patients pris en charge par an. Et malheureusement, on n’a pas les statistiques de tous les patients porteurs de la drépanocytose dans la ville de Douala. Donc, par mois, on reçoit à peu près 60 à 70 patients.
Je tiens à préciser que je m’occupe des patients adultes dans le centre de prise en charge de la drépanocytose de Laquintinie. Tandis que les pédiatres s’occupent des patients en bas âge, c’est-à-dire des enfants.
Lorsque vous dites adultes et enfants, nous on sait généralement que la drépanocytose concerne que les enfants. Quels sont les âges qui sont concernés par cette maladie ?
La drépanocytose, c’est une maladie de tous les âges. Dans les anciennes statistiques, on savait qu’à peu près 50 à 70 % des enfants de moins de 5 ans mourraient. Aujourd’hui, ces statistiques ont changé.
C’est toujours très important parce qu’on a quand même 36 % d’enfants de moins de 5 ans qui décèdent. D’enfants qui décèdent avant l’âge de 5 ans. Mais c’est une maladie qui, avec la connaissance des mécanismes de souvenirs, de complication. La connaissance des complications et le progrès de la médecine, on a eu de nouveaux traitements. Qui ont permis de révolutionner la prise en charge. Notre patiente la plus âgée à Laquintinie a 68 ans.
Junior Lawou Tesse: « La drépanocytose est une maladie coûteuse »
Donc, c’est pour dire que la drépanocytose, on vit à tous les âges. Mais la drépanocytose est encore victime de beaucoup de problèmes de préjugés ou de stigmatisation.
Docteur, on nous disait que les enfants drépanocytaires ne traversaient jamais l’âge de 25 ans. Vous voulez nous dire que c’est faux ?
C’est très faux. Vous avez jusqu’à l’âge de 25 ans, mais on parlait de l’âge de 15 ans, on parlait de l’âge de 20 ans. Ce sont des idées reçues qui ne sont pas vraies. Parce qu’on a des drépanocytaires qui sont cadres dans des banques. On a des drépanocytaires qui travaillent dans plein d’entreprises de la place. Donc les drépanocytaires sont des personnes normales qui font tout ce que les personnes non-drépanocytaires font.
Docteur, on vous a suivi parler de complications. C’est quoi ? Comment est-ce que ça se manifeste ?
Il y a plusieurs complications comme l’anémie. Comme la douleur que les gens connaissent. Mais il y a des complications chroniques, c’est-à-dire qu’on aura des suicides de gens ou des plaies qui ne guérissent pas. On aura l’insuffisance cardiaque. L’insuffisance rénale, la drépanocytose rend aveugle. Ce que les gens ne savent pas, la drépanocytose donne des AVC. Donc il y a plein de complications qui sont rencontrées au cours de la drépanocytose.
C’est pour ça qu’il est important de faire un suivi du patient drépanocytaire. Même lorsqu’il n’est pas en crise ou lorsqu’il n’est pas malade.
Docteur, on dit que les drépanocytaires côté hommes ont des érections longues !!!!
Il y a une complication de la drépanocytose qu’on appelle le priapisme, ce n’est pas une excitation. C’est une érection qui est prolongée, douloureuse, qui rentre dans les complications de la drépanocytose.
Donc elles sont prises en charge effectivement à l’hôpital, soit dans un premier temps par l’urologue. Et puis par l’hématologue qui va mettre sur pied une prise en charge spécifique, soit avec les doxsures. soit avec des échanges transfusionnels. Donc ça, c’est une complication de la drépanocytose effectivement.
Est-ce qu’une femme drépanocytaire peut accoucher ?
Bien sûr, la femme drépanocytaire, c’est une femme comme toutes les autres femmes, elle va être enceinte. Et elle peut accoucher tout à fait normalement.
La seule différence, c’est que le suivi va se faire en même temps avec le gynécologue et avec l’hématologue pour que le suivi soit optimal et que l’enfant et la maman puissent se porter bien après l’accouchement. Alors, docteure, on est aujourd’hui dans l’univers de l’évolution de la science.
Est-ce qu’on peut guérir de la drépanocytose ?
Alors, pour guérir de la drépanocytose, il y a des traitements curateurs. C’est la greffe de moelle osseuse qui est accessible, disponible dans les pays européens. En Inde, dans quelques pays d’Afrique, aux États-Unis. Il y a la thérapie génique qui permet d’aller modifier le gène responsable de la drépanocytose. Qui est également un traitement qui est curatif, mais qui coûte très cher.
Mais tous ces traitements ne sont pas disponibles en Afrique ou ne sont pas accessibles pour nos populations. Ce que nous faisons pour les patients, c’est la prévention et le dépistage des complications chroniques de la drépanocytose. C’est pour ça qu’on encourage les patients à venir, même lorsqu’ils ne sont pas malades. On va chercher les complications chroniques et les traiter avant qu’elles ne soient graves.
Et il y a un médicament qu’on appelle hydroxyurée qui a permis de révolutionner la prise en charge de la drépanocytose. En espaçant les crises vaso-occlusives et en permettant d’éviter les complications chroniques rencontrées au cours de la drépanocytose.
Est-ce qu’on peut éviter cette maladie ? Comment ?
Alors, c’est une question qui est très délicate. Parce que si deux personnes tombent amoureuses, c’est difficile de leur dire de ne pas se mettre ensemble. C’est un choix que les parents font souvent. C’est-à-dire que dans le bilan prénuptial ou lorsque les personnes ont un projet de vie commun. Idéalement, il faudrait faire une électrophorèse d’hémoglobine et savoir quel est son statut.
Mais il y a des personnes qui, même sachant qu’il y a un risque de faire des enfants de drépanocytose SS, vont se mettre ensemble. Donc ça reste toujours délicat ou difficile de dire aux deux parents AS de ne pas se mettre ensemble.
Même s’il y a un risque d’accoucher d’un enfant qui est SS. Et qui sera potentiellement malade plus tard.
Est-ce qu’il ne faut pas changer aujourd’hui le paradigme dans cette communication ou alors dans ces conseils, voire autrement ?
C’est délicat, ça reste difficile. C’est une question qui reste difficile. Ce sont des choix personnels que les parents font souvent. Il y en a qui ne savent pas et qui découvrent leur statut lorsqu’ils ont un enfant malade. Mais il y a des parents qui savent et qui assument, qui prennent le choix de faire leur enfant et d’assumer ensuite tout ce qui va … Qui aura comme complications, comme conséquences après.
Donc ça reste difficile. On ne peut pas interdire aux gens de s’aimer. On ne peut pas exiger aux gens qui s’aiment de se séparer. Ça reste vraiment à l’appréciation des différentes personnes qui sont porteuses du gène de la drépanocytose.
À partir de quel âge dépiste-t-on la drépanocytose ?
La drépanocytose peut être dépistée à tous les âges. Même avant l’accouchement, il y a des tests de biologie moléculaire. Ils permettent de diagnostiquer un enfant qui est encore un fœtus avant sa naissance. Donc on peut faire le diagnostic à tous les âges. Mais, c’est généralement à partir de l’âge de 6 mois qu’on fait un diagnostic qui est plus pertinent.
















