Après un séjour privé de trois semaines sur les rives du lac Léman à Genève commencé le 7 juin dernier. Le président de la République, Paul Biya, s’apprêterait à regagner Yaoundé d’ici la fin du mois. Si ce retour s’inscrit dans le formalisme républicain habituel. Il remet surtout en lumière une question de fond que l’opinion publique ne peut plus éluder. Au-delà du protocole de l’aéroport de Nsimalen, que change réellement la présence ou l’absence du chef de l’État dans le quotidien morose des Camerounais ?
Pour une grande majorité de la population, la réponse oscille entre l’immobilisme et le désabusement. À Yaoundé comme à Douala, le sentiment qui domine est celui d’une déconnexion profonde entre le sommet de l’État et les réalités d’un pays. En proie à de lourdes crises structurelles.
L’éternel mirage du remaniement ministériel
Le premier symbole de cet attentisme étatique reste sans doute le remaniement ministériel. Annoncé de manière explicite par le chef de l’État lui-même lors de son message à la Nation le 31 décembre 2025. Pour ouvrir son nouveau septennat, ce renouvellement de l’équipe gouvernementale se fait toujours attendre en ce mois de juin 2026.
Une attente interminable qui paralyse l’action publique. Elle maintient des ministres en sursis, plus préoccupés par leur survie politique que par la gestion des urgences nationales. À Yaoundé, la machine administrative tourne au ralenti. Suspendue au « temps présidentiel ».
Faux décret à la CRTV : Le Cameroun a-t-il frôlé une catastrophe ?
Une inertie institutionnelle qui intervient alors même que les forces de l’opposition. Ne cessent de pointer du doigt les défaillances de ce mode de gouvernance à distance.
Un quotidien asphyxié par la vie chère et les faillites infrastructurelles
Pendant que les dossiers voyagent par valise diplomatique entre Yaoundé et l’Hôtel Intercontinental de Genève. Le panier de la ménagère, lui, continue de se vider. Le Cameroun traverse une période de soudure particulièrement sévère. Marquée par une inflation persistante sur les produits de première nécessité.
Les récents rapports conjoncturels des réseaux d’alerte alimentaire confirment que la hausse des coûts du transport et des intrants asphyxie les ménages.
Plus alarmant encore, le Groupement des Entreprises du Cameroun (GECAM) a dressé un tableau sombre de l’économie nationale. Révélant une baisse du rythme de croissance tombé à 3,1 % en 2025.
Plombé notamment par la contraction du secteur des hydrocarbures et la baisse de régime de l’agriculture industrielle.
À cette précarité économique. S’ajoute un déficit criant d’infrastructures qui tue au sens propre. Le drame survenu hier à Douala-Bonabéri, où la chute d’un camion-conteneur a coûté la vie à quatre personnes. Rappelle cruellement l’état de délabrement des voies urbaines. Et le laxisme qui entoure la sécurité routière.
De même, dans la région de l’Extrême-Nord. Le ralentissement critique du chantier routier Guirvidig-Pouss force aujourd’hui l’État et la Banque africaine de développement (BAD). A chercher des solutions d’urgence pour désenclaver la zone.
Qu’il soit à Genève ou au Palais de l’Unité. Le chef de l’État laisse derrière lui un pays où l’accès à l’eau potable reste un luxe. (Le ministre de l’Eau posant tout juste ce 25 juin la première pierre d’un projet pour alimenter huit quartiers de Yaoundé). Et où le réseau électrique vacille sous l’effet des opérations de maintenance.
Présence physique, absence d’impulsion
Le retour de Paul Biya à Yaoundé permettra sans doute de clore la session parlementaire de juin. Et de signer les décrets en souffrance.
Mais pour le Camerounais moyen, ce retour n’est qu’un événement médiatique de plus. En l’absence de réformes courageuses, d’une véritable lutte contre la vie chère. Et d’un renouvellement des hommes pour insuffler une nouvelle dynamique.
La présence du président sur le sol national ressemble à s’y méprendre à son absence. Un statu quo rigide qui peine à masquer les urgences d’un pays à bout de souffle.











