Pete Hegseth sur la guerre en Iran : le chef du Pentagone a comparu mercredi devant la Commission des forces armées de la Chambre des représentants, pour sa première audition depuis le début du conflit. Pendant plus de cinq heures, les élus démocrates ont multiplié les attaques. Le bilan affiché : 13 soldats américains morts et 25 milliards de dollars dépensés.
Pete Hegseth sur la guerre en Iran : une première audition sous haute tension
Le ministre américain de la Défense Pete Hegseth a comparu mercredi devant la Commission des forces armées de la Chambre des représentants. C’était sa première audition parlementaire depuis le déclenchement de l’offensive américano-israélienne contre Téhéran, le 28 février. À ses côtés siégeait le chef d’état-major de l’armée américaine, le général Dan Caine.
La séance a duré plus de cinq heures. Les élus des deux partis ont exprimé leur frustration face au manque d’informations transmises par l’exécutif. Contrairement à l’usage, les parlementaires ont été largement tenus à l’écart de la conduite du conflit depuis son déclenchement.
Les critiques les plus virulentes sont venues des démocrates. Des voix républicaines ont néanmoins exprimé, elles aussi, leur mécontentement. En cause : le contournement du Congrès par la Maison Blanche sur une décision de guerre.
25 milliards de dollars et un budget à 1 500 milliards en jeu
Officiellement, l’audition portait sur la demande budgétaire de l’administration Trump. L’exécutif réclame une hausse de 42 % du budget de la défense, pour le porter à 1 500 milliards de dollars en 2027. Un montant équivalent au produit intérieur brut de l’Indonésie ou des Pays-Bas.
En pratique, la guerre en Iran a monopolisé les échanges. Interrogé sur le coût du conflit, Pete Hegseth a repris le chiffre avancé par le Pentagone : 25 milliards de dollars engagés jusqu’à présent. La majorité de cette somme a été consacrée aux munitions.
Sur les dépenses futures, le ministre a esquivé la question directe. « Quel est le prix à payer pour faire en sorte que l’Iran ne se dote jamais de l’arme nucléaire ? », a-t-il répliqué aux élus qui pressaient l’exécutif de chiffrer l’effort à venir.
La demande de 1 500 milliards représente une hausse sans précédent pour le Pentagone. Elle est présentée par l’administration comme nécessaire pour absorber les dépenses liées au conflit et moderniser les forces armées américaines.
Contexte : une offensive lancée le 28 février, des effets en cascade
Les États-Unis et Israël ont lancé leur offensive contre Téhéran le 28 février. Depuis, le conflit a produit des effets multiples, au Moyen-Orient et à l’échelle mondiale.
Treize militaires américains ont perdu la vie dans ces opérations. Une attaque iranienne au Koweït a tué six soldats dans les premiers jours du conflit. Des survivants ont depuis rapporté un manque de protection lors de cet épisode meurtrier.
Sur le plan économique, les répercussions sont mondiales. La flambée des cours du pétrole a entraîné une hausse des prix à la pompe, y compris aux États-Unis. Le détroit d’Ormuz, par lequel transitent habituellement 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux, est au cœur de la crise. Téhéran y exerce désormais un quasi-blocage de la navigation. Washington a répliqué par un blocus des ports iraniens.
Sur ce point précis, Pete Hegseth a affirmé que le Pentagone avait « examiné tous les aspects de ce risque » lié à un éventuel blocage du détroit. Une fermeture totale affecterait directement l’approvisionnement en hydrocarbures de l’Europe, de l’Asie et de l’Amérique du Nord.
Un cessez-le-feu est en vigueur depuis trois semaines. Donald Trump l’a prolongé sans fixer de date butoir. Les négociations entre Washington et Téhéran en vue d’un règlement durable sont au point mort.
Pete Hegseth sur la guerre en Iran : « incompétence stupéfiante » et accusations de mensonge
Adam Smith, député démocrate, a ouvert les débats avec une série d’interpellations directes. Il a mis en avant l’embrasement régional, les 13 soldats morts et les victimes civiles. « Où va-t-on ? Comment ces victoires tactiques vont-elles se traduire par une forme de succès stratégique ? », a-t-il demandé, ciblant en particulier l’absence de réponse claire sur le programme nucléaire iranien.
John Garamendi a préféré l’attaque frontale. Sans poser de question formelle, il a accusé Pete Hegseth de « mentir aux Américains à propos de cette guerre depuis le premier jour, tout comme le président Donald Trump ». Il a dénoncé des « motifs sans cesse changeants pour justifier cette guerre » et une stratégie d’une « incompétence stupéfiante ».
Le parlementaire californien a qualifié le conflit de « blessure grave auto-infligée à l’Amérique », de « catastrophe géopolitique et de désastre stratégique ayant entraîné une crise économique mondiale ». Sa conclusion : « Nous savons ce que nous avons perdu, mais qu’avons-nous gagné ? »
Soldats morts au Koweït et décision d’attaquer : Hegseth sur la défensive
Pete Hegseth a riposté avec fermeté. Quand John Garamendi a parlé de « bourbier », le ministre l’a interpellé sans détour : « Honte à vous de qualifier cela de bourbier au bout de deux mois. »
Patrick Ryan, élu démocrate de New York, a mis le ministre en cause sur l’attaque au Koweït. Des soldats survivants ont rapporté un manque de protection. « Dites-vous qu’ils mentent ? », a-t-il demandé. « Ce que je dis, c’est que nous avons mis en place un dispositif défensif maximal », a répondu Pete Hegseth dans un échange tendu.
Patrick Ryan fait partie d’une dizaine de démocrates ayant demandé la semaine précédente l’ouverture d’une « enquête formelle et immédiate ». Ces élus estiment que le ministre a « induit le public en erreur » sur les circonstances de la mort de ces six soldats au Koweït.
Seth Moulton a interrogé Pete Hegseth sur un point précis : lui avait-il conseillé d’attaquer l’Iran ? Le ministre n’a pas répondu directement. Il a seulement jugé « bonne » la décision qui avait finalement été prise.
Conséquences : un Congrès marginalisé, des négociations gelées
La tension dépasse le clivage entre les deux partis. Des élus républicains ont également regretté que l’exécutif n’ait pas davantage consulté le Congrès avant et pendant les opérations. La Constitution américaine exige l’accord du législatif pour formellement « déclarer » la guerre. Cette contrainte fondamentale a été contournée, selon plusieurs parlementaires.
La question du programme nucléaire iranien reste sans réponse publique de la part de l’exécutif. Les élus demandent à comprendre comment les victoires annoncées sur le terrain déboucheront sur un résultat stratégique durable. Aucune réponse précise n’a été apportée lors de l’audition.
Le cessez-le-feu prolongé sans terme fixe maintient la situation en suspens. Aucun progrès diplomatique n’est visible entre Washington et Téhéran. La demande budgétaire de 1 500 milliards de dollars attend son examen par un Congrès de plus en plus défiant vis-à-vis de la Maison Blanche. Le rapport de force entre l’exécutif et le législatif sur la conduite de la guerre reste entier.
Source : Agence France-Presse












