L’offensive rebelle au nord du Mali franchit une nouvelle étape. Le Front de libération de l’Azawad (FLA) a annoncé mercredi vouloir conquérir les grandes villes du Nord du pays et prédit la chute du régime militaire en place depuis 2020. Ces déclarations interviennent cinq jours après des attaques coordonnées et simultanées qui ont ébranlé le pays tout entier.
L’offensive rebelle au nord du Mali vise Gao, Tombouctou et Ménaka
Depuis Paris, Mohamed Elmaouloud Ramadane, porte-parole du Front de libération de l’Azawad, a accordé mercredi un entretien à l’AFP. Ses mots sont sans ambiguïté. « Nous avons déjà libéré Kidal, Taoudénit était déjà sous notre contrôle, Gao, Tombouctou et Menaka aussi seront nos prochains objectifs à libérer », a-t-il déclaré.
Ces déclarations constituent une réponse directe à la prise de parole du chef de la junte Assimi Goïta, réapparu mardi soir après trois jours de silence. Le colonel Goïta avait alors affirmé que la situation sécuritaire dans le pays était « maîtrisée ». Ramadane a aussitôt contredit cette version : « La situation est loin d’être sous contrôle. »
Le porte-parole du FLA prédit l’effondrement du régime de Bamako. Son raisonnement s’appuie sur une double pression militaire, au nord comme vers la capitale. « Le régime va tomber, tôt ou tard. Face à l’offensive du FLA pour récupérer le territoire de l’Azawad d’un côté, et l’offensive des autres sur Bamako et d’autres villes, ils ne pourront pas tenir », a-t-il affirmé.
Goïta a néanmoins reconnu une situation d' »extrême gravité » et appelé la population à un « sursaut national ». Cet appel intervient dans un pays traversé par une crise sécuritaire d’une ampleur inédite depuis près de quinze ans. Le chef de la junte tente de rassurer, mais le terrain raconte une autre histoire.
Des attaques coordonnées, un bilan lourd et une alliance inédite
Samedi, des frappes simultanées ont visé des positions stratégiques de la junte à travers l’ensemble du territoire malien. Ces attaques ont été menées conjointement par les jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et les rebelles indépendantistes du FLA.
Le bilan humain est lourd. Le ministre de la Défense malien a perdu la vie lors des combats. Au moins 23 civils et militaires ont également été tués dans les différentes zones touchées.
La ville-garnison de Kati, fief de la junte situé près de Bamako, a été le théâtre de violents affrontements samedi et dimanche. Dans la région de Gao, deuxième région militaire du pays après Kati, l’armée malienne a abandonné certaines de ses positions. Des sources locales ont confirmé ces retraits à l’AFP.
Ces attaques concrétisent une alliance scellée il y a un an entre le FLA et le JNIM. Les deux forces ont des intérêts divergents sur le fond. Elles partagent cependant un ennemi commun : la junte au pouvoir depuis 2020 et les paramilitaires russes qui la soutiennent. Face à cette convergence stratégique, le régime de Bamako se retrouve pris en tenaille, contraint de répondre sur plusieurs fronts en même temps.
Un contexte sans précédent depuis mars 2012
Cette situation n’a pas d’équivalent depuis près de quinze ans. Les événements de mars 2012 constituent la seule référence comparable dans l’histoire contemporaine du Mali.
À cette époque, des rebelles indépendantistes touaregs avaient pris le contrôle de Kidal, puis de Gao et de Tombouctou. Ils avaient rapidement été évincés par leurs alliés islamistes, associés à Al-Qaïda au Maghreb islamique. La région du Nord avait ensuite été libérée de l’occupation jihadiste en janvier 2013, après l’intervention de l’armée française.
Depuis ce week-end, Kidal est repassée sous contrôle rebelle. Ce retournement constitue un camouflet direct pour la junte et pour les paramilitaires russes qui l’épaulent. La ville avait pourtant été reconquise en novembre 2023 par l’armée malienne, avec l’appui des combattants du groupe paramilitaire Wagner, depuis rebaptisé Africa Corps.
Kidal avait été sous la coupe de groupes rebelles pendant plusieurs décennies avant ce retour dans le giron de l’État malien. Sa reprise par les indépendantistes marque une rupture stratégique majeure. Elle met en lumière les limites des forces armées maliennes et de leurs alliés face à une rébellion structurée et mieux coordonnée qu’elle ne l’a été depuis des années.
Réactions et déclarations : la Russie maintient son soutien à la junte
L’ambassadeur de Russie au Mali, Igor Gromyko, est intervenu mercredi. Dans une vidéo diffusée sur Facebook, il a indiqué avoir assuré à Assimi Goïta que « la Russie et ses forces armées », l’Africa Corps, aux côtés de l’armée malienne, « vont lutter ensemble contre les attaques perfides du terrorisme international ».
Ce soutien affiché contraste avec la réalité du terrain. L’Africa Corps a dû se retirer de Kidal après la prise de contrôle de la ville par les groupes armés rebelles. Ce recul illustre les limites opérationnelles du dispositif russe face à l’ampleur de la crise.
La junte malienne s’est rapprochée de Moscou après avoir expulsé les militaires français en 2022. Elle a fait de l’Africa Corps un pilier de sa stratégie sécuritaire. Ce pilier montre aujourd’hui ses premières fissures face à une rébellion dont la portée dépasse les prévisions initiales du régime.
Mohamed Elmaouloud Ramadane a été catégorique sur l’avenir de la présence russe. « Les Russes doivent se retirer de tout le Mali », a-t-il exigé, élargissant les conditions posées par la rébellion bien au-delà des seuls fronts actifs.
L’Azawad, enjeu central de l’offensive rebelle au nord du Mali
L’Azawad, tel que revendiqué par le FLA, désigne un vaste territoire situé dans le nord du
Mali. Il englobe les régions administratives de Kidal, Gao, Ménaka et Tombouctou, auxquelles s’ajoutent des parties de la région centrale de Mopti.
Le FLA rassemble principalement des Touareg, peuple historiquement nomade réparti entre plusieurs États : Mali, Niger, Algérie, Libye et Burkina Faso. Ces populations mènent depuis des décennies des luttes armées contre leur « marginalisation », en particulier autour de la ville clé de Kidal. Ils sont alliés aux Peuls et aux Arabes au sein du mouvement.
Mercredi, l’armée malienne a mené des frappes aériennes sur Kidal. Ces bombardements ont été confirmés à l’AFP par des sources sécuritaires et par les indépendantistes touareg eux-mêmes.
La dynamique sur le terrain évolue rapidement. Le Mali bascule. Les attaques ont atteint une ampleur inédite depuis 2012. La rébellion enchaîne les victoires. La junte peine à tenir ses positions. Les prochains jours seront déterminants pour l’avenir du pays.
Source : Agence France-Presse
















