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Impôts communaux : L’État reprend la main

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Au Cameroun, les impôts, taxes et redevances des communes seront désormais collectés par la Direction générale des Impôts. Le gouvernement présente cette décision comme un moyen de mieux organiser les recettes locales. Mais cette réforme suscite déjà des inquiétudes. Les communes auront-elles encore assez d’autonomie pour financer leur développement ?

Au Cameroun, une nouvelle décision du gouvernement fait débat. Désormais, l’émission et le recouvrement des impôts, taxes et redevances communales seront assurés par la Direction générale des Impôts, la DGI. Cette mesure vient d’un arrêté conjoint signé le 15 mai 2026 par Louis Paul Motaze, ministre des Finances, et Georges Elanga Obam, ministre de la Décentralisation et du Développement local.

En termes simples, cela veut dire que l’État, à travers la DGI, va désormais jouer un rôle central dans la collecte de certains revenus des communes. Le gouvernement explique que cette réforme vise à mieux organiser la collecte de l’argent destiné aux collectivités territoriales décentralisées. L’objectif est d’éviter les pertes, de rendre les paiements plus clairs et d’aider les communes à avoir plus de moyens pour financer leurs projets.

Mais cette décision soulève aussi des inquiétudes. Depuis plusieurs années, le Cameroun parle de décentralisation. Cela signifie que l’État transfère certaines responsabilités aux communes et aux régions, afin qu’elles puissent mieux gérer les besoins des populations sur le terrain.

Cela ne va t-il pas à l’encontre de la décentralisation ?

Or, si les recettes communales sont désormais collectées par une administration centrale comme la DGI, certains se demandent si cela ne va pas à l’encontre de cette décentralisation.  C’est cette question qui a été abordée dans l’émission « Regards croisés de Dimanche Midi« , sur le Poste National de la CRTV. Le débat portait notamment sur le rôle des collectivités territoriales décentralisées, leur capacité à agir sur le terrain et leur autonomie financière. 

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Pour les défenseurs de la réforme, la DGI a plus d’expérience et plus de moyens pour collecter les impôts. Elle dispose de fichiers, de procédures et d’outils que beaucoup de communes n’ont pas encore. Selon eux, cette réforme pourrait permettre de mieux sécuriser les recettes, d’améliorer leur suivi et d’augmenter l’argent disponible pour les communes.

Le problème est plus profond

Mais pour d’autres observateurs, le problème est plus profond. Le juriste-politologue, Hamadou Habibou  estime que cette réforme retire aux collectivités territoriales décentralisées un levier important de leur autonomie.

« On ne peut pas présenter les communes comme des acteurs du développement si elles ne disposent pas de moyens financiers réels. La proximité avec les populations ne suffit pas. Pour agir, une commune doit avoir des ressources et garder une certaine maîtrise sur ses recettes.

Avec cette réforme, j’ai le sentiment qu’on vient de dépouiller les CTD d’un levier majeur pour leur autonomie et leur capacité de développement. L’État reprend le recouvrement des impôts, taxes et redevances communales, mais la vraie question est de savoir si cela se fait réellement pour le compte des communes.

Si les communes ne reçoivent qu’un pourcentage des sommes collectées, cela montre bien que l’État ne travaille pas uniquement pour elles. Dans ces conditions, quelles activités restera-t-il aux CTD pour générer des revenus importants et s’affirmer réellement comme des acteurs du développement ?

Les maires ont besoin de ressources disponibles rapidement pour répondre aux besoins des populations : routes communales, marchés, éclairage public, assainissement, écoles, centres de santé et autres services de proximité. Si l’argent collecté tarde à revenir aux communes, cela risque de ralentir les projets locaux.

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Pour moi, cette réforme pose donc un vrai problème de fond. Elle peut améliorer la collecte, certes, mais elle peut aussi renforcer la dépendance des communes vis-à-vis de l’État central. Or, sans autonomie financière réelle, la décentralisation risque de rester un discours plus qu’une réalité. »

L’application sur le terrain

Au fond, cette réforme pose une question simple : comment renforcer les communes si on leur retire une partie du contrôle sur leurs propres ressources ? Pour le gouvernement, la DGI peut améliorer la collecte et sécuriser les recettes. Mais pour les critiques, l’enjeu reste l’autonomie réelle des communes.

La réussite de cette mesure dépendra donc de son application sur le terrain. Si l’argent collecté revient rapidement et clairement aux communes, la réforme pourra être utile. Dans le cas contraire, elle risque d’être perçue comme un pas en arrière dans le processus de décentralisation au Cameroun.

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