À l’occasion de la fête nationale du 20 mai, Issa Tchiroma Bakary a prononcé une adresse solennelle aux Camerounais dans laquelle il réaffirme sa revendication de victoire à l’élection présidentielle d’octobre 2025. Dans un discours offensif mêlant hommage à l’unité nationale, dénonciation du pouvoir en place et appel à la mobilisation patriotique, l’ancien candidat présente la crise politique actuelle comme une confiscation de la volonté populaire et appelle à une refondation démocratique du Cameroun.
Lire l’intégralité de ses propos.
Camerounaises, Camerounais, mes chers compatriotes,
À l’occasion de la fête du vingt mai, date majeure de notre histoire commune, où notre pays célèbre un moment d’incarnation de l’unité nationale, de notre diversité et du choix souverain de vivre ensemble, je m’adresse à vous avec gravité, responsabilité et espérance.
Oui, je m’adresse à vous à travers cet outil numérique, alors que, dans tout pays normal et démocratique, où la vérité des urnes issue de la souveraineté populaire est consacrée, je serais en train de me préparer à présider avec solennité le grand défilé du vingt mai, notre fête nationale, en tant que président de la République du Cameroun.
Symbole de l’union fraternelle
Cette journée devrait être le symbole de l’union fraternelle de toutes les parties du Cameroun autour des valeurs de paix, de travail et de patriotisme. Ce moment où nous devons exalter le souvenir des femmes et des hommes qui, au péril de leur vie, ont défié l’occupation et l’humiliation. Ces héros qui n’avaient ni tribu ni religion comme bannière. Ceux qui, unis par un idéal plus grand qu’eux, n’avaient que la nation comme foi et comme horizon. La nation placée au-dessus de tout.
Un exemple pour que nous rejetions les discours de haine, de communautarisme, de repli identitaire et du tribalisme. Une source d’inspiration pour que nous adoptions les valeurs d’intérêt général, de gouvernance au service du bien-être de tous, de respect des droits humains et de sanctification des valeurs de justice.
Malheureusement, cet héritage, autant que l’esprit du vingt mai mille neuf cent soixante-douze, ont été considérablement dévoyés.
Pauvreté grandissante
Aujourd’hui, la situation de notre peuple est grave. Il souffre, il étouffe sous le poids de la pauvreté grandissante, du manque d’infrastructures, d’un chômage endémique et d’une gouvernance inefficace et illégitime. Il est à bout.
Cet héritage est tout aussi compromis par le règne de l’injustice et du déni de démocratie. L’élection présidentielle du douze octobre deux mille vingt-cinq en a été l’une des illustrations les plus flagrantes. En instrumentalisant Elecam et le Conseil constitutionnel, les suffrages exprimés par une large majorité de Camerounais en ma faveur, de façon inédite, ont été confisqués par un régime obsolète, usurpateur et imposteur.
Nous avons le devoir de nous mobiliser contre cette forfaiture.
À toutes les victimes de la crise post-électorale, mortes ou emprisonnées pour une revendication légitime, vous avez payé de vos vies et de votre liberté, tombant pour le triomphe de la démocratie et de notre survie collective. Notre nation, je m’y engage, vous sera reconnaissante le moment venu, et vos noms seront formellement gravés au Panthéon de notre histoire.
Violation de notre loi fondamentale
Pour couronner ce déni de démocratie, une réforme indue de la Constitution est venue consacrer la dérive monarchique et autoritaire du pouvoir à travers l’instauration d’un poste de vice-président nommé, avec pour dessein une dévolution dynastique ou clanique du pouvoir. Cette violation de notre loi fondamentale hypothèque l’avenir de la nation.
Ce n’est pas dans cet esprit que les pères fondateurs de notre nation l’ont créée dans les années mille neuf cent soixante. Nous avons le devoir et la responsabilité patriotique de dire non à cette énième forfaiture.
Mes chers compatriotes, le chemin de notre pays vers l’unité et la construction d’une véritable nation est encore compromis par l’échec de la centralisation jacobine de ces dernières décennies. En ce vingt-et-unième siècle, le Cameroun mérite une organisation politique à la hauteur de ces défis, fidèle à son histoire, respectueuse de ses diversités et adaptée à la réalité de ses territoires.
À nos compatriotes anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, en deux mille vingt-cinq, j’avais tenu un discours de franchise que je renouvelle à cette occasion solennelle. La crise qui vous frappe n’est pas seulement sécuritaire. Elle est aussi politique, historique et identitaire. Vous avez besoin qu’on vous écoute, de savoir que la République est aussi votre maison, que votre voix compte et que votre histoire est reconnue.
Respect des spécificités
Nous devons construire ensemble, dans le respect des spécificités, une paix durable et un pays moderne à travers une démarche concertée et transparente. Un processus pour que le peuple camerounais choisisse, par voie référendaire, la forme de l’État qui correspond à ses aspirations.
À nos forces de défense et de sécurité, en ce jour consacré à l’unité nationale, je souhaite adresser un message particulier à nos forces de défense et de sécurité qui portent, depuis de longues années, le lourd fardeau de la protection de notre nation et de nos institutions.
Vous avez été mis à rude épreuve depuis bientôt dix ans à travers des crises profondes qui ont éprouvé l’unité nationale, l’intégrité territoriale et la sécurité collective dont vous êtes les sentinelles. Malgré les difficultés, les pertes en vies humaines et les incertitudes, vous continuez à servir avec discipline, professionnalisme et esprit de sacrifice.
Une armée républicaine puise sa grandeur, certes dans sa force, mais aussi et surtout dans sa fidélité à la nation et à la souveraineté du peuple. Vous devez vous considérer, à juste titre, comme des forces républicaines, non pas au service d’un individu ou d’un groupuscule, mais au service du peuple et de sa souveraineté.
Et, à ce titre, vous êtes en droit de désobéir à un ordre illégal, de surcroît émanant d’un pouvoir illégitime.
Le douze octobre deux mille vingt-cinq, le peuple camerounais s’est largement exprimé à travers les urnes. Cette volonté populaire, librement exprimée, constitue le fondement même de la légitimité républicaine. Dans les casernes militaires, les unités de gendarmerie et les postes de police sur l’ensemble du territoire national, votre vote s’est porté sur ma personne à plus de soixante-dix pour cent.
Unissons-nous et, main dans la main
Même si les circonstances m’imposent aujourd’hui un exil temporaire, je demeure convaincu que l’avenir du Cameroun doit reposer sur le respect de la souveraineté du peuple, de la vérité des urnes et des principes républicains. Restons vent debout et soyons prêts pour cela.
Je vous appelle donc, avec patriotisme et responsabilité, à demeurer des forces au service exclusif de la nation, de la paix et de l’unité nationale. Votre grandeur sera celle d’hommes et de femmes qui auront été aux côtés du peuple pour la restauration de sa victoire et de sa dignité.
Mes chers compatriotes, unissons-nous et, main dans la main, regardons ensemble vers une seule et même direction. Un Cameroun uni, juste, solidaire, pacifique, fraternel et plein d’avenir, qui est notre héritage commun.
L’unité nationale n’est pas un slogan ; c’est la condition de notre survie, le levier de notre développement et de notre prospérité collective.
Vive le Cameroun !















