Face à la montée des violences et des discours contre les étrangers en Afrique du Sud, le Nigeria a commencé à rapatrier ses ressortissants. Un premier groupe de plus de 200 personnes est arrivé à Lagos, dans un climat de peur et de tension.
L’Afrique du Sud fait de nouveau face à une crise xénophobe. Ces dernières semaines, plusieurs étrangers vivant dans le pays disent ne plus se sentir en sécurité. Des manifestations contre les immigrés se sont multipliées dans certaines villes, poussant plusieurs pays africains à organiser le retour de leurs ressortissants.
Le Nigeria est l’un des pays les plus concernés. Le jeudi 11 juin 2026, un premier groupe de Nigérians a été rapatrié à Lagos. Selon plusieurs médias internationaux, 262 personnes ont pris place à bord de ce premier vol. À leur arrivée à l’aéroport international Murtala Muhammed, elles ont été accueillies par les autorités nigérianes.
Parmi les rapatriés, on retrouvait notamment des femmes et des enfants. Beaucoup sont rentrés dans un état de fatigue et d’inquiétude, après plusieurs jours de peur en Afrique du Sud. Le gouvernement nigérian affirme avoir mis en place une cellule de crise pour les enregistrer, les accompagner et faciliter leur retour auprès de leurs familles.
Cette opération pourrait se poursuivre. Plus de 1 000 Nigérians se seraient déjà inscrits pour rentrer volontairement au pays. Un autre vol de rapatriement était d’ailleurs prévu ce lundi 15 juin 2026 pour permettre à d’autres ressortissants de regagner le Nigeria.
Le Conseil de l’Europe s’alarme du « discours de haine » en Italie
La tension est montée après les actions de groupes anti-immigrés en Afrique du Sud. Ces groupes accusent les étrangers de prendre les emplois des Sud-Africains et de participer à la criminalité. Certains ont même donné jusqu’au 30 juin aux étrangers sans papiers pour quitter le pays.
Mais pour plusieurs ressortissants africains, la peur dépasse la question des papiers. Certains affirment que même les étrangers en situation régulière sont visés par la colère populaire. Des migrants disent avoir été menacés, chassés de leurs quartiers ou empêchés de vivre normalement.
Du côté sud-africain, les autorités affirment que plusieurs personnes rapatriées étaient en situation irrégulière. Mais le Nigeria conteste cette lecture. Pour Abuja, ses ressortissants rentrent surtout à cause de la peur provoquée par les violences xénophobes et le climat d’insécurité.
La crise a aussi pris une tournure diplomatique. La ministre nigériane des Affaires étrangères, Bianca Odumegwu-Ojukwu, a reçu le représentant sud-africain à Abuja. Cette rencontre intervient notamment après la mort de deux ressortissants nigérians en garde à vue en Afrique du Sud, un dossier qui a encore renforcé la colère des autorités nigérianes.
Le Nigeria n’est pas le seul pays à agir. Le Ghana a également commencé à rapatrier ses citoyens, avec un premier groupe d’environ 300 personnes. Le Malawi a aussi organisé le retour de certains de ses ressortissants. Ces opérations montrent que la crise dépasse désormais les frontières sud-africaines.
Minawao : 1 002 réfugiés nigérians rapatriés en deux convois
Une grave crise sociale
En toile de fond, l’Afrique du Sud traverse une grave crise sociale. Le chômage reste très élevé, touchant plus de 30 % de la population active. Dans ce contexte difficile, les étrangers deviennent souvent des boucs émissaires. Des mouvements comme « Operation Dudula » et d’autres groupes anti-migration profitent de cette colère pour réclamer l’expulsion des immigrés.
Pourtant, de nombreux observateurs rappellent que les difficultés du pays ne peuvent pas être uniquement attribuées aux étrangers. Le chômage, la pauvreté, les inégalités et les problèmes de gouvernance sont des réalités profondes qui touchent l’Afrique du Sud depuis plusieurs années.
En attendant, les familles étrangères vivent dans la peur. Pour beaucoup de Nigérians, le retour au pays est devenu une question de survie. Mais ce départ forcé laisse derrière lui des vies brisées, des commerces abandonnés et des années d’efforts perdues.
















