Iran bloque le détroit d’Ormuz : Téhéran a annoncé samedi reprendre « le strict contrôle » du passage stratégique, en réaction au maintien du blocus américain de ses ports. La décision intervient moins de 24 heures après une réouverture temporaire qui avait provoqué un fort repli des cours du brut. Donald Trump a rejeté ce qu’il qualifie de chantage, tandis que les négociations pour mettre fin au conflit restent dans l’impasse.
– Iran bloque le détroit d’Ormuz : volte-face après 24 heures de réouverture
Vendredi, Téhéran avait pris le monde par surprise. Le gouvernement iranien avait autorisé le passage d’un « nombre limité » de pétroliers et de navires commerciaux à travers le détroit d’Ormuz. Les marchés financiers avaient salué l’annonce. Les cours du brut avaient fortement reculé.
Moins de 24 heures plus tard, Téhéran a tout annulé. L’Iran a annoncé samedi reprendre « le strict contrôle » du trafic maritime à travers le détroit. La raison avancée est le maintien par Washington de son blocus des ports iraniens. Téhéran conditionne toute réouverture à la levée de ce blocus.
Le vice-ministre des Affaires étrangères iranien, Saeed Khatibzadeh, a exprimé sans ambiguïté la position de son gouvernement. « Les Américains ne peuvent imposer leur volonté de faire le siège de l’Iran », a-t-il déclaré. Cette fermeture, selon lui, durera jusqu’à la fin de la guerre.
Le détroit d’Ormuz occupe une position stratégique irremplaçable dans l’économie mondiale. Environ un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié mondiaux y transitent chaque année. Sa fermeture exerce une pression directe sur les marchés de l’énergie à l’échelle planétaire.
– Iran bloque le détroit d’Ormuz : des navires pris pour cible
La brève réouverture n’a pas été sans incident. Plusieurs navires ont réussi à franchir le détroit pendant cette fenêtre d’accès. D’autres ont essuyé des tirs et des menaces de l’armée iranienne lors de la refermeture, selon l’agence de sécurité maritime britannique UKMTO.
Deux des navires visés battaient pavillon indien. New Delhi a réagi fermement. Le ministère des Affaires étrangères indien a convoqué l’ambassadeur iranien à la suite de ces incidents. Cette réaction illustre l’impact régional immédiat de la crise autour du détroit.
Les Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de l’Iran, ont publié un avertissement sans équivoque. Tout navire s’approchant du détroit d’Ormuz sera « pris pour cible », ont-ils déclaré. Cet avertissement vise indistinctement pétroliers et navires commerciaux de toutes nationalités.
Iran bloque le détroit d’Ormuz dans un cadre militaire désormais clairement défini. Les opérateurs maritimes internationaux font face à un risque documenté et immédiat. La zone est de facto fermée à la navigation commerciale.
– Des négociations directes en échec, des médiateurs à l’œuvre
Ce durcissement survient en plein ballet diplomatique. Le cessez-le-feu de deux semaines entre l’Iran et les États-Unis est entré en vigueur le 8 avril. Cette trêve a ouvert une fenêtre diplomatique sans résoudre les contentieux de fond.
Les premières discussions directes en personne entre Téhéran et Washington depuis la Révolution islamique de 1979 ont eu lieu le 11 avril à Islamabad. Elles ont échoué. Aucune nouvelle date n’a été fixée pour la reprise des pourparlers, selon le vice-ministre iranien des Affaires étrangères.
Plusieurs pays jouent un rôle de médiateurs actifs. Le chef de l’armée et le Premier ministre du Pakistan ont bouclé des visites diplomatiques en Iran, en Arabie saoudite, au Qatar et en Turquie. Le chef de la diplomatie égyptienne, Badr Abdelatty, a dit « travailler sans relâche » aux côtés du Pakistan pour un « accord final » espéré « dans les tout prochains jours ».
Téhéran a indiqué examiner de nouvelles propositions soumises par Washington. Le Conseil suprême de sécurité nationale iranien a cependant affirmé qu' »aucun compromis » ne serait fait. Ce double message traduit la complexité de la position iranienne dans ces négociations.
– Réactions et déclarations : Trump optimiste, Téhéran intransigeant
Donald Trump a affiché un optimisme marqué sur l’état des discussions. Il a évoqué de « très bonnes conversations » en vue d’une cessation durable des hostilités. Vendredi, il avait déclaré à l’AFP qu’un accord était « très proche ».
Trump a également affirmé que l’Iran avait accepté de remettre son uranium enrichi. Ce point est au cœur du différend. Washington et Tel Aviv accusent Téhéran de chercher à se doter de la bombe atomique. L’Iran dément.
Côté iranien, le ton contraste fortement avec celui de Washington. Khatibzadeh a maintenu une position de fermeté absolue. « Ils jouent au plus malin », a rétorqué Trump, rejetant tout « chantage » de la part de Téhéran.
– Réouverture partielle de l’espace aérien, signal rare d’apaisement
Un signe inhabituel est venu de Téhéran samedi. L’Iran a annoncé la réouverture partielle de son espace aérien, fermé depuis l’offensive israélo-américaine contre son territoire le 28 février. Plusieurs aéroports ont rouvert, dont les deux principaux de Téhéran.
Ce geste contraste avec le durcissement simultané sur le détroit. Il indique une volonté de distinguer les dossiers et de préserver certains canaux de désescalade. La réouverture reste toutefois partielle et conditionnelle.
– Liban : un soldat français tué, la trêve déjà fragilisée
Au Liban, l’autre front du conflit, la situation reste tendue. Un militaire français a perdu la vie dans le sud du pays lors d’une embuscade contre des Casques bleus. Des sources françaises ont attribué cette attaque au Hezbollah pro-iranien. Le Quai d’Orsay a indiqué que trois autres soldats avaient été blessés, dont deux grièvement.
Le Hezbollah a nié toute implication dans l’incident. Un cessez-le-feu de dix jours est entré en vigueur vendredi au Liban. L’armée israélienne a néanmoins annoncé l’établissement d’une « ligne jaune » de démarcation dans le sud du pays, comparable à celle tracée à Gaza.
Israël maintient une présence militaire dans une bande de dix kilomètres à partir de la frontière. Le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, a promis de riposter à toute attaque israélienne commise pendant la trêve. La dynamique de l’escalade reste donc présente.
Depuis le début du conflit début mars, le Liban a enregistré près de 2 300 morts. Plus d’un million de personnes ont dû fuir leur domicile.
– Des déplacés pris en étau entre retour et survie
Parmi ces déplacés, Hassan illustre une réalité vécue par des centaines de milliers de Libanais. Cet homme de 29 ans vit près de Beyrouth. Craignant que la trêve avec Israël ne soit de courte durée, il s’est précipité chez lui pour récupérer quelques affaires.
Un retour définitif l’angoisse. « Si nous rentrons définitivement, nous avons peur de perdre notre place dans l’école où nous nous sommes réfugiés » en cas de reprise des hostilités, dit-il. Son témoignage résume l’impasse dans laquelle se trouvent des centaines de milliers d’autres déplacés.
La guerre dure depuis plus d’un mois. Elle a causé des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban.
Source : Agence France-Presse















