Le cinéaste camerounais Bassek Ba Kobhio s’est éteint dans la nuit du 11 mai 2026, à l’âge de 69 ans, des suites de maladie. Réalisateur, écrivain et promoteur culturel majeur, il laisse derrière lui une œuvre marquante et un héritage immense pour le cinéma africain.
Pendant plus de trois décennies, Bassek Ba Kobhio aura incarné une certaine idée du cinéma africain. C’est à dire exigeante, enracinée et profondément engagée. Né le 1er janvier 1957 à Nindjé, dans le département du Ndom, il se forme d’abord en sociologie et en philosophie avant de rejoindre les services de la cinématographie à Yaoundé. Très tôt, il comprend que l’image peut devenir un outil de mémoire, de transmission et de résistance culturelle. Après des débuts comme assistant sur plusieurs productions, notamment Chocolat de Claire Denis, il passe derrière la caméra et impose progressivement sa signature.
L’homme des « Ecrans noirs »
En 1991, son film Sango Malo révèle un réalisateur audacieux, capable de mêler critique sociale, humour et regard politique. Le long-métrage reçoit l’année suivante le Prix du public au Festival du cinéma africain de Milan. Par la suite, il enchaîne avec des œuvres fortes comme Le Grand Blanc de Lambaréné ou encore Le Silence de la forêt. Qui témoignent de son attachement aux réalités africaines et à la dignité des peuples oubliés.
Mais l’homme de cinéma restera surtout associé au festival Écrans Noirs, créé en 1997. Grâce à cette plateforme, des générations de réalisateurs africains ont trouvé un espace de diffusion, de rencontres et de reconnaissance. À Yaoundé, puis dans plusieurs capitales africaines, Écrans Noirs est devenu un rendez-vous incontournable du 7e art.
Un géant, une icône…
Depuis l’annonce de sa disparition, les hommages se multiplient. Artistes et amoureux du cinéma saluent un bâtisseur, un passeur et un patriarche culturel. La scénariste Cynthia Elisabeth lui a rendu un vibrant hommage en écrivant : « Douleur pour la grande famille du Cinéma au Cameroun… Grosse perte pour le Cameroun tout en entier. Un géant, une icône, le phare de 3 générations, a tiré sa révérence, le Patriarche est parti… Que la terre de nos ancêtres t’accueille dans la paix Papa Bassek ».
De son côté, David Eboutou évoque « une grosse perte pour l’industrie cinématographique ». Avant de saluer un homme qui « aura été au cœur de la plupart des grandes productions cinématographiques africaines de ces 30 dernières années ». Il conclut son message en ces mots : « C’est un mastodonte de l’art cinématographique qui est tombé. Que son âme repose en paix. »
Avec la disparition de Bassek Ba Kobhio, le Cameroun perd l’un de ses plus grands ambassadeurs artistiques.
















