Le procès de l’assassinat de Martinez Zogo a connu un moment important, lundi 1er juin, au Tribunal militaire de Yaoundé. Des images montrant les sévices infligés au journaliste ont été diffusées pendant l’audition du Pr Georges Bell Bitjoka, expert judiciaire et 32e témoin de l’accusation.
Le procès de l’assassinat de Martinez Zogo a franchi une nouvelle étape au Tribunal militaire de Yaoundé. Selon le quotidien Cameroun Tribune, lundi 1er juin 2026, un enregistrement qui montrait les sévices infligés à la victime a été rendu public en pleine audience.
Dans la salle, les images ont été projetées devant le tribunal. Martinez Zogo, ancien chef de chaîne d’Amplitude FM, y apparaît complètement dévêtu et étendu au sol. Son visage est ensanglanté. Il semble souffrir et bouge difficilement une jambe.
Ces images ont provoqué une vive émotion dans la salle. C’est la première fois, depuis l’ouverture des débats, que des éléments visuels montrant ce qui serait arrivé pendant sa séquestration sont diffusés devant le Tribunal militaire.
Cette audience était très attendue. Selon Cameroun Tribune, le procès avait été renvoyé aux 1er et 2 juin 2026 après l’audience du 11 mai. Ce renvoi faisait suite à l’absence d’un avocat de la défense de Justin Danwe, retenu à l’étranger pour des raisons professionnelles.
Le ministère public a appelé à la barre un témoin important : le Pr Georges Bell Bitjoka. Il est expert judiciaire, spécialiste des systèmes d’information et de la cryptologie. Il est aussi le 32e témoin de l’accusation dans cette affaire.
Devant le tribunal présidé par le colonel Jacques Misse Njone, l’expert a présenté plusieurs éléments numériques. Il a notamment montré des vidéos retrouvées dans le compte Google de Vincent Godjie Oumarou. Ce dernier était maréchal des logis en service à la Direction générale de la recherche extérieure, la DGRE, au moment des faits.
Fouiller les téléphones et les ordinateurs
Vincent Godjie Oumarou fait partie des personnes poursuivies dans ce dossier. Il était présent au Tribunal militaire lundi dernier. Le rôle du Pr Georges Bell Bitjoka était d’analyser les appareils électroniques saisis pendant l’enquête. Il devait fouiller les téléphones et les ordinateurs des suspects. Il devait aussi examiner leurs appels, leurs messages et leurs activités sur les réseaux sociaux.
L’objectif de ce travail était de rechercher les liens possibles entre les différents accusés et les événements ayant conduit à l’enlèvement, puis à la mort de Martinez Zogo en janvier 2023. D’après les éléments présentés à l’audience, l’expert ne s’est pas limité aux contenus visibles. Il a aussi récupéré des données supprimées. Cela devait permettre de retrouver des messages, des appels ou d’autres traces numériques pouvant aider la justice.
Les appareils de Léopold Maxime Eko Eko, ancien directeur général de la DGRE, ont également été examinés. Selon les conclusions rapportées à l’audience, aucun lien pertinent n’aurait été retrouvé dans ses appareils concernant cette affaire.
En revanche, de nombreux messages et appels auraient été retrouvés dans les appareils de Justin Danwe, ancien directeur des opérations de la DGRE. Ces éléments ont été présentés devant l’assistance par l’expert judiciaire.
L’un des dossiers judiciaires les plus suivis
L’affaire Martinez Zogo reste l’un des dossiers judiciaires les plus suivis au Cameroun. Le journaliste avait été enlevé en janvier 2023. Son corps avait ensuite été retrouvé sans vie, quelques jours plus tard. Depuis le début de la procédure, plusieurs personnes sont poursuivies. Le quotidien national avait indiqué que 17 personnes inculpées ont été renvoyées devant le Tribunal militaire de Yaoundé pour divers chefs d’accusation.
Parmi elles figurent des hauts cadres de la DGRE, des militaires, un opérateur économique, un maire et un journaliste. À l’ouverture des débats, les 17 accusés avaient plaidé non coupables devant le Tribunal militaire de Yaoundé. La diffusion des vidéos donne une nouvelle dimension au procès. Elle permet au tribunal d’examiner des éléments concrets liés à la séquestration de Martinez Zogo.
Elle relance aussi les attentes autour de la manifestation de la vérité. Pour les proches du journaliste, ses confrères et de nombreux observateurs, cette affaire reste un test important pour la justice camerounaise. Beaucoup attendent que les responsabilités soient clairement établies.
La suite des audiences devrait permettre aux avocats, au ministère public et aux parties civiles de discuter la valeur de ces vidéos. Les messages, les appels et les autres éléments numériques présentés devront aussi être examinés. Dans ce dossier sensible, l’enjeu reste le même : comprendre ce qui s’est réellement passé, identifier les responsabilités et rendre justice à Martinez Zogo.















