Accusé de propos tribalistes et d’incitation à la haine communautaire, Abel Elimbi Lobé fait désormais face à une plainte déposée au Tribunal de première instance de Bonanjo.
Le ton monte autour d’Abel Elimbi Lobé. L’essayiste et chroniqueur camerounais est visé par une plainte déposée le 13 mai 2026 auprès du procureur de la République près le Tribunal de première instance de Bonanjo, à Douala. À l’origine de cette procédure, Jacques Bertrand Mang, qui réclame son interpellation pour « apologie du tribalisme », « incitation à la haine tribale » et autres faits jugés contraires au vivre-ensemble.
Dans sa correspondance adressée au parquet, le plaignant accuse Elimbi Lobé de multiplier depuis plusieurs années des déclarations hostiles à la communauté bamiléké. Il estime que ces prises de parole menacent la cohésion sociale et alimentent un climat dangereux dans le pays. Une accusation grave, surtout à quelques jours de la célébration de la fête nationale de l’Unité.
Des propos qui divisent
Cette plainte intervient dans un contexte déjà marqué par de vives polémiques autour des sorties médiatiques d’Elimbi Lobé. Quelques jours avant la saisine du tribunal, Jacques Bertrand Mang avait publiquement déclaré sur une chaîne de télévision que le polémiste devait être arrêté.
Mais l’affaire prend une dimension encore plus sensible avec le rappel de certaines anciennes déclarations. En février 2025, lors d’une émission animée par Parfait Ayissi, Elimbi Lobé avait qualifié Ernest Ouandié de « bandit » plutôt que de nationaliste. Il l’accusait notamment d’avoir brûlé des villages dans le Moungo et poursuivi un projet « hégémonique et tribal ». Des propos qui avaient déjà provoqué l’indignation dans plusieurs cercles politiques et communautaires.
Liberté ou dérive ?
Cette nouvelle plainte relance une question sensible au Cameroun : jusqu’où peut aller la liberté d’expression lorsqu’elle touche aux identités ethniques ? Car si certains défendent le droit d’Elimbi Lobé à exprimer ses opinions, d’autres dénoncent des discours susceptibles d’attiser les fractures communautaires.
Le plaignant évoque d’ailleurs les textes encadrant le bilinguisme, le multiculturalisme et la lutte contre les discours haineux. Reste désormais à savoir si la justice donnera une suite judiciaire à cette affaire hautement politique. Dans un pays où les tensions identitaires reviennent régulièrement dans le débat public, cette plainte pourrait ouvrir un nouveau front judiciaire et médiatique. Une chose est certaine, l’affaire Elimbi Lobé dépasse désormais le simple cadre des plateaux de télévision.
















