Israël accuse la Turquie de préparer un déploiement de troupes en Syrie, au lendemain de frappes contre la base aérienne d’Abou Dhouhour. Ankara dément et dénonce des allégations infondées. Washington attribue l’attaque à Israël et condamne une escalade inutile.
Israël accuse la Turquie de préparer un déploiement
Le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu a présenté mardi la Turquie comme une « menace » pour la sécurité israélienne. Israël reproche à Ankara de préparer l’envoi de troupes sur la base aérienne d’Abou Dhouhour, dans la province d’Idleb, au nord-ouest de la Syrie.
Des frappes ont visé cette infrastructure, alors en cours de réfection. L’Etat hébreu n’a pourtant pas revendiqué explicitement cette attaque.
Le cabinet israélien a justifié sa position par des mises en garde antérieures. « Israël a averti à plusieurs reprises la Syrie qu’un tel déploiement constituerait une menace pour la sécurité d’Israël. La Syrie a choisi d’ignorer ces avertissements », indique le communiqué du bureau du Premier ministre.
Ankara a rejeté ces accusations le lendemain. La Turquie nie tout projet de déploiement militaire en Syrie.
Le texte israélien adresse ses avertissements à Damas, et non à Ankara. Il fait pourtant de la Turquie le cœur du problème.
Cette séquence oppose désormais trois capitales. Israël invoque un risque sécuritaire, Ankara dénonce une manœuvre de légitimation, Damas parle d’agression.
Huit frappes visent la base d’Abou Dhouhour
La télévision d’Etat syrienne a fait état de « huit frappes » aériennes israéliennes sur la base. Ces bombardements ont provoqué « des dommages matériels », sans faire de victimes.
Les Etats-Unis ont attribué l’attaque à leur allié israélien et l’ont condamnée. Washington a donc désigné publiquement l’auteur de tirs qu’Israël n’assume pas ouvertement.
Ce geste marque un acte de défiance rare envers l’administration américaine. Celle-ci cherche à soutenir le nouveau gouvernement syrien, dirigé par un ancien jihadiste allié à la Turquie.
L’aéroport d’Abou Dhouhour a subi de lourds dégâts pendant la guerre civile syrienne. Il reste hors service depuis 2012, selon une source sécuritaire interrogée par l’AFP.
Les forces du ministère syrien de la Défense assurent aujourd’hui la protection du site. La remise en état de cette base engage donc directement l’Etat syrien.
L’infrastructure se trouvait en cours de réfection au moment des tirs. Ce chantier constitue précisément l’objet du différend entre Israël et la Turquie.
Aucune victime n’a été signalée après les huit frappes rapportées. Le bilan reste matériel, malgré l’ampleur du bombardement décrit par la télévision d’Etat.
Une délégation militaire turque avant la frappe
L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) place ces frappes après une visite turque. Selon cette ONG basée au Royaume-Uni, une délégation militaire turque s’est rendue « ces derniers jours » à l’aéroport.
L’organisation dispose d’un vaste réseau de sources en Syrie. Elle rattache ce déplacement « aux efforts en cours visant à le remettre en service ».
La réactivation de la base constitue ainsi le point de friction central. Israël y voit une porte d’entrée pour des troupes turques, Ankara y voit un chantier technique.
Le calendrier décrit par l’OSDH nourrit la lecture israélienne. Le gouvernement turc la rejette pourtant en bloc.
Une Syrie remodelée depuis décembre 2024
Israël a lancé des centaines de frappes contre la Syrie depuis le renversement de Bachar al-Assad. Une coalition de groupes islamistes a mis fin au pouvoir du président syrien en décembre 2024.
L’armée israélienne a également déployé des troupes dans la zone tampon surveillée par l’ONU. Cet espace séparait auparavant les forces israéliennes et syriennes sur le plateau du Golan.
Israël y affirme avoir installé une « zone de sécurité » et en revendique le maintien. Damas conteste cette présence et réclame le retrait des soldats israéliens.
Les nouvelles autorités islamistes ont pris le contrôle de l’aéroport d’Abou Dhouhour dès leur arrivée au pouvoir. Les forces de Bachar al-Assad tenaient ce site depuis la fin 2018.
Trois ans plus tôt, des factions armées rebelles et jihadistes contrôlaient une grande partie de la province d’Idleb. Le sort de cette base épouse donc les fractures de la guerre syrienne.
Chaque bascule militaire a redistribué le contrôle de l’aéroport. Le régime déchu l’avait récupéré fin 2018, avant de le perdre en décembre 2024.
Israël accuse la Turquie, Ankara oppose un démenti
La Turquie a répliqué par un communiqué relayé par l’agence étatique Anadolu. « Les allégations infondées avancées par le cabinet du Premier ministre israélien visent à légitimer les frappes aériennes illégales d’Israël, qui portent atteinte à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la Syrie », a déclaré le gouvernement turc.
Damas a condamné « dans les termes les plus forts » une « agression injustifiée » de la part de son voisin. Le pouvoir syrien a déjà dénoncé à de nombreuses reprises les opérations israéliennes sur son territoire.
Tom Barrack, envoyé spécial du président américain en Syrie, a exprimé une inquiétude explicite. Les Etats-Unis se disent « profondément préoccupés » par « les frappes aériennes israéliennes confirmées contre la base aérienne d’Abou Dhouhour ».
Le diplomate américain a dénoncé « une escalade inutile qui ne favorise en rien la stabilité régionale ». Cette formulation place Washington en porte-à-faux avec son allié israélien.
Les liens entre Ankara et l’Etat hébreu se sont dégradés sous la présidence de Recep Tayyip Erdogan. La Turquie a pourtant été le premier pays à majorité musulmane à reconnaître Israël.
Le chef de l’Etat turc, issu de la mouvance de l’islam politique, a vivement dénoncé Israël. Il vise notamment l’offensive dévastatrice menée à Gaza.
Ce contentieux pèse aujourd’hui sur le dossier syrien. Deux alliés de Washington s’affrontent désormais par déclarations interposées.
Une équation régionale sous tension
Damas exige le retrait des forces israéliennes déployées sur son territoire. Cette demande accompagne chacune de ses condamnations.
Les tensions n’ont pas interrompu tout dialogue entre Israël et les nouvelles autorités syriennes. Les deux camps ont tenu plusieurs séries de pourparlers directs.
Ils ont aussi convenu de mettre en place un mécanisme de partage de renseignements. Ce canal survit pour l’instant aux frappes et aux accusations croisées.
Le nouveau pouvoir syrien a par ailleurs rallié la coalition internationale menée par les Etats-Unis contre le groupe Etat islamique. Des résidus de l’organisation jihadiste restent actifs dans le pays.
Damas a annoncé mardi l’arrestation d’un haut commandant de l’EI dans le nord de la Syrie. Cette opération illustre la coopération antijihadiste engagée par les nouvelles autorités.
Les canaux de dialogue coexistent donc avec les bombardements. Cette contradiction structure la relation entre Israël et le nouveau pouvoir syrien.
Le sort de la base d’Abou Dhouhour reste suspendu à ce bras de fer. Israël maintient ses avertissements, la Turquie campe sur son démenti, et Washington réclame la désescalade.
Source : Agence France-Presse












