Les prix Nobel seront décernés du 5 au 12 octobre à Stockholm et à Oslo. Le prix de la médecine ouvrira la série lundi. Avant ces annonces, l’histoire des prix Nobel montre des lauréats emprisonnés, des records d’âge, une règle stricte sur les décès et une nette sous-représentation des femmes.
Histoire des prix Nobel : cinq repères avant les annonces
Le coup d’envoi sera donné lundi, à partir de 11 h 30 (09 h 30 GMT), avec le prix de médecine. Les récompenses s’enchaîneront ensuite jusqu’au 12 octobre, entre Stockholm et Oslo.
Ces distinctions honorent celles et ceux qui ont œuvré pour « le bienfait de l’humanité ». La formule reprend le vœu de son créateur, l’inventeur suédois Alfred Nobel.
Derrière le prestige, l’histoire des prix Nobel compte des épisodes moins connus. Cinq thèmes se dégagent. Ils touchent aux lauréats privés de liberté, aux records d’âge, au cas des disparus, au fondateur lui-même et à la place des femmes.
Des lauréats de la paix distingués derrière les barreaux
Depuis 1901, cinq lauréats du prix Nobel de la paix étaient détenus au moment où le prix leur a été décerné. Le premier cas remonte à 1936. Le journaliste et pacifiste allemand Carl Von Ossietzky se trouve alors dans un camp de concentration nazi.
D’Aung San Suu Kyi à Liu Xiaobo
L’opposante birmane Aung San Suu Kyi, récompensée en 1991, vit pour sa part en résidence surveillée. La junte militaire l’autorise à se rendre à Oslo. Elle y renonce pourtant, par crainte de ne pas pouvoir rentrer.
Le dissident chinois Liu Xiaobo est emprisonné lorsqu’il est distingué, en 2010. Sa chaise reste symboliquement vide lors de la cérémonie. C’est sur elle que le prix est déposé.
Deux lauréats récents privés de liberté
Douze ans plus tard, le défenseur bélarusse des droits humains Ales Bialiatski est à son tour incarcéré. Son nom s’écrit aussi Beliatski. En 2022, c’est son épouse, Natalia Pintchouk, qui le représente à la cérémonie.
La militante iranienne Narges Mohammadi complète cette liste. Lauréate en 2023, elle a célébré son prix Nobel depuis sa cellule de la prison d’Évin.
Des records d’âge aux deux extrémités
Les plus jeunes lauréats
Malala Yousafzaï détient le record de précocité. Militante pakistanaise des droits de l’homme, elle reçoit le Nobel de la paix en 2014, à 17 ans. Elle devient ainsi la plus jeune lauréate d’un prix Nobel.
D’autres lauréats ont été distingués inhabituellement tôt. L’Australien Lawrence Bragg obtient le Nobel de physique en 1915, à 25 ans, conjointement avec son père. Les travaux récompensés avaient été réalisés lorsqu’il avait 21 ans.
L’Irakienne Nadia Murad reçoit elle aussi un Nobel à 25 ans. Elle obtient le prix de la paix en 2018 pour ses efforts en faveur de la minorité yazidie.
Les doyens du palmarès
À l’autre bout de l’échelle, l’Américain John B. Goodenough reste le plus âgé des lauréats. Il obtient le Nobel de chimie en 2019, à 97 ans. Ses travaux portaient sur la batterie au lithium-ion, qui alimente notamment les voitures électriques.
Un an plus tôt, un autre Américain s’était distingué par son âge. Arthur Ashkin, compatriote de John B. Goodenough, avait reçu le Nobel de physique à 96 ans.
Histoire des prix Nobel : pas de récompense à titre posthume
Une règle inscrite dans les statuts en 1974
Depuis 1974, les statuts de la Fondation Nobel sont explicites. Un prix ne peut pas être remis à titre posthume. Seule exception : un décès survenu après l’annonce du nom du lauréat.
Avant que les statuts ne fixent cet usage noir sur blanc, deux personnalités disparues seulement avaient reçu un prix. Toutes deux étaient suédoises. Le poète Erik Axel Karlfeldt a reçu le prix de littérature en 1931.
Le secrétaire général de l’ONU, Dag Hammarskjöld, a, lui, reçu le prix de la paix en 1961. Il était mort dans un crash d’avion la même année.
Il est également arrivé qu’un prix reste sans lauréat, en forme d’hommage après un décès. Ce fut le cas en 1948, après la mort de Gandhi.
La stupeur de 2011
L’année 2011 a apporté un épisode à part. Après l’attribution du prix Nobel de médecine, l’Académie royale des sciences de Suède apprend qu’un des lauréats est mort trois jours auparavant. Il s’agit du Canadien Ralph Steinman.
La nouvelle provoque la stupeur. La fondation décide néanmoins de graver son nom dans son prestigieux palmarès.
Des femmes largement sous-représentées
Seuls 68 des 633 prix Nobel décernés depuis 1901 sont revenus à des femmes. Cela représente moins de 11 % du total.
Les domaines scientifiques affichent la plus faible proportion de lauréates. La physique n’en compte que cinq, sur un total de 230 lauréats. En chimie, elles sont huit sur 200.
La médecine recense 14 femmes sur 232 lauréats. L’économie, de son côté, n’en a distingué que trois sur 99.
Marie Curie a ouvert la voie en 1903. À ce jour, elle reste aussi la seule à avoir remporté deux prix Nobel : d’abord en physique en 1903, puis en chimie en 1911.
Alfred Nobel, le poète derrière la dynamite
Alfred Nobel est resté dans l’Histoire comme l’inventeur de la dynamite. Passionné de poésie anglaise, grand amateur de Shelley et de Byron, il n’a pourtant jamais cessé de versifier. Il écrivait en suédois ou dans la langue de Shakespeare.
« La Physique est mon domaine, non la plume »
Le fondateur des prix ne se faisait guère d’illusions sur ses propres textes. Dans une lettre à un ami, il écrit : « Je n’ai pas la moindre prétention de qualifier mes vers de poésie. J’écris de temps à autre à la seule fin de soulager la dépression, ou d’améliorer mon anglais ».
Une lettre de 1862 témoigne aussi de ses doutes sur son talent. À 29 ans, le jeune homme s’adresse alors à une jeune femme, en français : « La Physique est mon domaine, pas la plume ».
« Némésis », une tragédie presque effacée
L’année de sa mort, en 1896, Alfred Nobel écrit une tragédie scandaleuse, « Némésis ». Le texte porte sur l’exécution, au XVIe siècle à Rome, d’une femme ayant assassiné son beau-père incestueux.
La pièce paraît. Après la mort de son auteur, tous les exemplaires partent pourtant en fumée. Trois seulement échappent aux flammes.
Histoire des prix Nobel : la place des femmes et le calendrier à venir
La sous-représentation des femmes n’est pas figée. Leur proportion parmi les lauréats augmente depuis le début des années 2020.
Les comités chargés d’attribuer les récompenses ont toutefois fixé une limite nette. Ils refusent catégoriquement d’introduire des quotas. Leur préférence va à l’encouragement des nominations de femmes scientifiques.
Le calendrier de cette nouvelle édition fixe déjà chaque rendez-vous. Les annonces se succéderont du 5 au 12 octobre, à Stockholm et à Oslo. La médecine ouvrira la série lundi, dès 11 h 30 (09 h 30 GMT).
Les futurs lauréats rejoindront un palmarès voulu par Alfred Nobel pour récompenser les contributions au « bienfait de l’humanité ».
Source : Agence France-Presse











