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Chorales de rue russes : chanter ensemble pour tout oublier

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Les chorales de rue russes rassemblent des centaines d’anonymes à Moscou et dans d’autres villes du pays. La Russie mène en Ukraine une offensive qui n’en finit plus de durer, et plusieurs participants disent trouver dans ces chœurs un répit face à l’anxiété. Aucune interdiction formelle ne les vise, même si certains reprennent des chants au ton contestataire.

Chorales de rue russes : un refuge collectif en pleine ville

Artiom Allabout a 20 ans et étudie la médecine. Dans un parc moscovite, il s’est découvert une passion : entonner ses airs préférés avec des inconnus. Ces prestations lui donnent « des frissons », confie-t-il à l’AFP.

L’étudiant dit clairement ce qu’il vient chercher. « Avec tout ce qui se passe dans le monde et cette anxiété constante, on peut venir ici et se détendre, chanter et tout oublier », explique-t-il.

Son témoignage s’inscrit dans un mouvement plus large. Des chœurs de rue ont essaimé à travers la Russie.

Ce développement intervient dans un contexte particulier. Les rassemblements sont strictement encadrés dans le pays et les voix discordantes y sont réduites au silence. Aucune interdiction formelle ne frappe pourtant ces chorales, dont certaines reprennent des chants au ton contestataire.

Des chœurs qui essaiment de Saint-Pétersbourg à la Sibérie

Une idée née à Saint-Pétersbourg

Ce soir-là, à Moscou, Ekaterina Mitrofanova dirige le chant. Âgée de 35 ans, elle a fondé la première chorale de rue, Khor-vo-ves-dvor (Chœur pour toute la cour).

Le projet a vu le jour voici deux ans à Saint-Pétersbourg. Sa fondatrice explique l’avoir lancé parce qu’elle avait « besoin d’union et de partage ».

Cet été, accompagnée de ses musiciens, elle a fait chanter une dizaine de villes. Sa tournée l’a mené d’Arkhangelsk, au nord, jusqu’à Omsk, en Sibérie.

Des cours aux usines désaffectées

Les lieux de rendez-vous se sont eux aussi multipliés. Les Russes ne chantent plus uniquement dans les cours. Ils se retrouvent également sur des places, dans des parcs ou dans des usines désaffectées.

L’accès reste souvent gratuit ou abordable. Le prix ne dépasse pas mille roubles, soit une dizaine d’euros.

Hit-Khor, un public qui devient artiste

D’autres organisateurs occupent désormais le terrain. Dans une cour spacieuse proche de la place des Trois-Gares, des centaines de Moscovites ont répondu à l’appel de Hit-Khor. Lors de ce concert, ils sont à la fois le public et les artistes.

Parmi eux, Nastia Fiodorova, 28 ans, reprend un célèbre refrain du rock russe : « Libre, j’ai oublié le sens de la peur ». Tout en chantant, la jeune femme filme avec son smartphone les visages émus qui l’entourent.

Chorales de rue russes : un pays sous la pression du conflit

Cet engouement se développe dans un climat lourd. Depuis plusieurs mois, Moscou et des régions très éloignées de l’Ukraine sont visés par des attaques de drones. Kiev les lance en réponse aux bombardements russes.

Les frappes touchent des raffineries, mais aussi des entrepôts de géants de l’e-commerce. Des civils ont été tués.

Le conflit s’étend désormais sur plus de quatre ans et demi. Il a fait des centaines de milliers de morts et de blessés.

Une autre inquiétude demeure en Russie. Les rumeurs d’une nouvelle mobilisation persistent, malgré les démentis du président Vladimir Poutine.

Des chiffres sur la santé mentale

Un sondage publié en septembre par l’Académie russe des sciences, cité dans la presse, apporte des données sur l’état psychologique des citadins. Près d’un sur deux (49 %) souffre de dépression, selon cette enquête. La proportion atteint 36 % pour l’anxiété aiguë.

Réactions : « une vraie thérapie » face à l’angoisse

Ekaterina, psychologue familiale

Dans la foule, à côté d’Artiom, Ekaterina attend le début de la chorale. Cette femme de 37 ans patiente parmi des centaines de Moscovites endimanchés. Ses yeux restent fixés sur un grand écran où s’afficheront bientôt les paroles du premier tube.

« Ici on peut s’égosiller ensemble légalement en pleine ville », se réjouit-elle. Elle y voit « une vraie thérapie (…) face à l’angoisse aujourd’hui omniprésente ».

Psychologue familiale, elle mentionne aussi d’autres recours, plus discrets. « Sans rien dire à personne, beaucoup de gens passent par des lignes d’écoute ou des consultations confidentielles », ajoute-t-elle.

Ekaterina Mitrofanova, la fondatrice

La fondatrice de Khor-vo-ves-dvor met d’abord en avant le besoin de contact humain. « L’humain a besoin d’humain », explique à l’AFP cette blonde de 35 ans.

Elle décrit aussi ce que le chant lui apporte personnellement. « Je peux passer d’un murmure à (chanter à) pleins poumons. C’est cette liberté sans aucune limite qui me fait tant de bien », dit-elle. Et elle précise son intention : « Le but est de laisser les gens être eux-mêmes. »

Nastia Fiodorova, entre âmes proches

Fiodorova, elle, chante le samedi « pour se sentir entre âmes proches ». « C’est l’un des rares endroits où on ressent un vrai soutien collectif, la même énergie, la même pensée », explique-t-elle à l’AFP.

La jeune femme refuse toutefois d’y voir une fuite. « Et il ne s’agit pas d’échapper au contexte. On se retrouve juste pour chanter », insiste-t-elle.

Chanter « parmi les siens », entre refuge et protestation codée

Les chorales ne constituent pas toujours un simple remède à la solitude. Parfois, elles prennent la forme d’une protestation codée.

Cet été, à Saint-Pétersbourg ou à Novossibirsk, passants et musiciens se sont croisés pour chanter ensemble. Au répertoire figuraient des œuvres d’auteurs classés « agents de l’étranger » et aujourd’hui interdits.

Alexandra, étudiante de 24 ans, a parlé à l’AFP. « Chanter ensemble permet de se retrouver parmi les siens », explique-t-elle.

Devant le tribunal, des chansons d’enfance

Fin août, la jeune femme a rejoint des dizaines d’autres sympathisants du parti Iabloko. Cette formation est la seule à s’opposer à la guerre. Ensemble, ils ont entonné des chansons d’enfance devant le tribunal qui a interdit à Iabloko de participer aux législatives de septembre.

Le scrutin a été largement remporté par Russie Unie, le parti de Vladimir Poutine. Des dizaines de jeunes ont été interpellés.

Chorales de rue russes : une posture plus feutrée

Face à cette réalité, les nouveaux chœurs de rue adoptent une posture plus discrète. Leur démarche est surtout, officiellement, dépouillée de toute portée politique.

La formule reste la même : des lieux ouverts, un accès souvent gratuit ou abordable et des airs repris en chœur. Les participants y sont à la fois spectateurs et interprètes.

Pour l’heure, le phénomène prospère. Il demeure une initiative citoyenne indépendante, alors que d’autres mouvements ont fini par être récupérés par l’État.

Source : Agence France-Presse

 

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