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Réchauffement des mers européennes : le changement climatique en cause

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Le réchauffement des mers européennes atteint des niveaux inédits cet été, selon une étude publiée mercredi. Le changement climatique en explique la « majeure partie », avec jusqu’à 2°C ajoutés en Méditerranée. Les scientifiques alertent sur de « graves » conséquences, notamment pour la vie marine.

Réchauffement des mers européennes : ce que montre l’étude

Les chercheurs du collectif World Weather Attribution (WWA) ont publié mercredi leurs conclusions. La « majeure partie » du réchauffement des mers européennes découle du changement climatique. Cette hausse a ajouté jusqu’à 2°C de chaleur en Méditerranée cet été.

L’étude élargit aussi le périmètre du phénomène. Les zones touchées s’étendent. Les auteurs décrivent de « graves » conséquences, notamment pour la vie marine.

Thomas Frölicher, de l’université de Berne, cosigne ces travaux. « De l’Atlantique au large de l’Irlande jusqu’à la Méditerranée, les mers européennes connaissent une hausse alarmante de leurs températures », souligne-t-il. Certaines zones méditerranéennes ont dépassé cet été de 6°C les normales saisonnières.

Le scientifique désigne une cause directe. « Nos recherches montrent clairement que cette hausse est due au changement climatique, en particulier à la poursuite de la combustion des énergies fossiles », ajoute-t-il.

Les chiffres d’un été hors norme

Les auteurs ont combiné données d’observation et modèles climatiques. Ils ont comparé le climat actuel à un climat hypothétique, sans réchauffement d’origine humaine. Cette méthode isole la part humaine dans la hausse mesurée.

Le résultat quantifie précisément l’écart. Le changement climatique a ajouté cet été environ 2°C aux températures en Méditerranée. Il a ajouté 1,4°C dans la région du golfe de Gascogne et de la péninsule ibérique.

La région celtique suit la même trajectoire. L’Irlande et l’ouest de la Grande-Bretagne enregistrent 1,3°C supplémentaires. Ces trois bassins couvrent une large façade maritime du continent.

Les records dépassent le seul cadre européen. En juillet 2026, les océans mondiaux ont atteint pour le deuxième mois consécutif une chaleur record, selon l’observatoire européen Copernicus. Le WWA souligne que le phénomène marque particulièrement l’Europe.

Les pics de l’été confirment ce déséquilibre régional. Lors des 14 jours les plus chauds de 2026, le réchauffement par rapport aux normales a atteint 3,1°C en Méditerranée occidentale. La Méditerranée orientale a enregistré 2,6°C au-dessus des normales sur la même période.

Les deux autres bassins restent en retrait, sans échapper à la tendance. Le golfe de Gascogne et la péninsule ibérique affichent 1,5°C. La région celtique atteint 1,2°C.

Ces écarts ne se répartissent donc pas de façon uniforme. La Méditerranée concentre les anomalies les plus fortes. Les bassins atlantiques enregistrent des hausses plus modérées.

Des canicules marines qui gagnent du terrain

Les vagues de chaleur marines s’étendent elles aussi sur les mers européennes. En 2026, elles touchent 90% de la zone du golfe de Gascogne et de la côte ibérique. Elles couvrent 80% de la Méditerranée occidentale.

La comparaison éclaire l’ampleur du basculement. Sans un réchauffement de la Terre de 1,4°C, ces deux zones n’en connaîtraient que 40%. L’écart dépasse donc le doublement dans le premier cas.

La Méditerranée orientale offre l’illustration la plus spectaculaire. Près de 70% de la zone subit actuellement des canicules marines. Dans un climat plus froid, la proportion tomberait à 9%.

Le contraste avec un monde sans réchauffement structure toute la démarche. Les chercheurs comparent chaque bassin à un climat de référence, dépourvu d’influence humaine. Cette approche mesure l’écart imputable aux émissions.

L’étude tranche sur la probabilité de tels épisodes. De tels événements auraient été « très rares » sans le réchauffement climatique. Le lien avec les émissions reste, selon les auteurs, direct et mesurable.

Thomas Frölicher relie chaque tonne émise à ce basculement. « Chaque tonne supplémentaire de carbone que nous émettons pousse les températures côtières européennes et les écosystèmes en territoire inconnu », explique-t-il.

Le contexte du réchauffement des mers européennes

La chaleur marine ne reste pas confinée sous la surface. Le réchauffement des mers augmente la température et l’humidité de l’air sur les côtes. Il accentue les températures nocturnes et le stress thermique.

Les deux types de canicules se répondent donc. Friederike Otto, professeure à l’Imperial College London, a détaillé ce lien lors d’un point presse. Elles « sont sans aucun doute liées (…) et peuvent se renforcer l’une l’autre. (…) Ce sont les deux côtés d’une seule et même pièce », a-t-elle souligné.

Le phénomène nourrit aussi d’autres extrêmes météorologiques. Le réchauffement des mers peut favoriser les fortes précipitations. Il augmente l’évaporation, et donc l’humidité atmosphérique.

Ce mécanisme relie les températures de l’eau aux épisodes observés à terre. La mer alimente l’atmosphère en vapeur. Les côtes en subissent ensuite les effets.

Réactions : « il y a des gagnants et des perdants »

Claire Bergin, de l’université de Maynooth (Irlande), nuance une perception répandue. Des eaux plus chaudes « peuvent sembler agréables pour se baigner dans les pays plus frais, comme le mien », note-t-elle. La chercheuse juge les conséquences pour la vie marine « beaucoup plus préoccupantes ».

Les écosystèmes encaissent le choc en premier. La chaleur marine peut provoquer la mortalité massive de coraux, d’éponges et d’algues. Elle perturbe les chaînes alimentaires et réduit les populations d’oiseaux marins et de mammifères.

Les activités humaines suivent de près. La pêche, l’aquaculture et le tourisme subissent des conséquences économiques. Ces secteurs dépendent directement de l’état des écosystèmes marins.

Les effets se propagent ainsi de l’eau vers les ports. Des stocks halieutiques changent de composition. Sur le littoral, les activités en supportent le coût.

John Bruno, écologue marin à l’université de Caroline du Nord, fixe un seuil très bas. Un « réchauffement minime (…) suffit à faire basculer les organismes au-delà du seuil qui les tue », explique-t-il. Pour les coraux, 1°C suffit.

Toutes les espèces ne perdent pas au même rythme. Les méduses peuvent tirer profit de ces conditions. D’autres organismes migrent plus au nord : « il y a des gagnants et des perdants », résume le scientifique.

Le chercheur pose toutefois une limite claire. Mais « à mesure que la température des océans continue d’augmenter, nous nous rapprochons rapidement des limites biologiques absolues de l’adaptation pour de nombreuses espèces », souligne M. Bruno.

Conséquences : quel réchauffement des mers européennes en 2100 ?

L’étude prolonge la trajectoire actuelle jusqu’à la fin du siècle. Sur une planète réchauffée de 2,8°C en 2100, faute de réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre, « les événements comme ceux observés en 2026 seraient alors encore 1,3 à 1,9°C plus chauds ».

La fréquence de ces épisodes changerait également de nature. Catherine Gregory, de l’université de Berne, avertit que des canicules marines pourraient intervenir « chaque année » dans les mers européennes. Elles deviendraient alors « la nouvelle norme ».

Ce scénario repose sur une hypothèse précise. L’humanité y maintient ses émissions de gaz à effet de serre sans réduction drastique. Les températures marines y dépasseraient nettement celles mesurées en 2026.

Les auteurs renvoient la suite au rythme des émissions. La combustion des énergies fossiles reste le moteur identifié par l’étude. Chaque tonne supplémentaire pousse, selon eux, les écosystèmes côtiers plus loin en territoire inconnu.

Source : Agence France-Presse

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