Depuis la démission de Maurice Kamto le 8 septembre, le MRC prépare une convention extraordinaire pour se doter d’une nouvelle direction et entrer dans la bataille électorale. Face à lui, deux exclus mènent l’offensive devant la cour d’appel et à la sous-préfecture. Ils jugent la direction illégitime, mais combattent l’instance censée la renouveler, et demandent à l’administration de constater l’inexistence d’instances auxquelles elle correspond. Le parti riposte par huissiers. À quinze jours de l’échéance, l’enjeu dépasse de loin les querelles de personnes.
Ce devait être un rendez-vous de sortie de crise. La Convention nationale extraordinaire du MRC, prévue le 17 octobre 2026 à Odza, est devenue le terrain d’un affrontement où se mêlent recours judiciaires, courriers administratifs, actes d’huissier et guerre de communication.
D’où vient la crise
Une convention interdite, puis tenue en ligne
Le MRC avait d’abord convoqué sa convention extraordinaire le 29 novembre 2025 à Odza. Fin novembre, le sous-préfet de Yaoundé IV l’a interdite pour « risque grave de trouble à l’ordre public », après des signalements venus de frondeurs internes.
Le parti a alors choisi la visioconférence. Le 21 décembre 2025, cette convention en ligne a ramené Maurice Kamto à la tête du MRC. Le 19 août 2026, saisi par un dissident, le MINAT a opposé une fin de non-recevoir à cette convention, et donc à ses résolutions. Le courrier ne vise pas Maurice Kamto nommément et se contente, selon Willy Mengue, d’une référence à l’obligation de déclaration prévue par la loi sur les réunions publiques, sans véritable motivation.
Le MINAT n’est pas la tutelle des partis
La démarche pose une question de principe. En matière de direction interne, le MINAT n’est pas la tutelle des partis politiques. Le parti informe, l’administration enregistre, le juge tranche s’il y a contestation. L’administration n’a pas qualité pour accepter ou rejeter les résolutions d’une convention, ni pour décider qui dirige un parti.
Une réunion qu’aucun sous-préfet ne pouvait recevoir
Le grief lui-même ne tient pas. La loi de 1990 impose de déclarer les réunions publiques auprès de l’autorité administrative du lieu où elles se tiennent. Une convention en visioconférence n’a pas lieu. Ses participants se répartissent dans des dizaines d’arrondissements et jusque dans la diaspora.
Quel sous-préfet aurait été compétent pour la recevoir ? Aucun. On ne peut reprocher à un parti de ne pas avoir déclaré une réunion que la loi ne permettait pas de déclarer nulle part. Le paradoxe est complet : l’administration interdit la convention physique, puis reproche à la convention virtuelle de ne pas avoir été déclarée.
Profil bas n’est pas renoncement
Un retrait tactique
Le MRC n’a pas engagé de bras de fer avec le MINAT. Le 8 septembre 2026, Maurice Kamto a démissionné de la présidence en invoquant l’intérêt supérieur du parti et la nécessité de le protéger du harcèlement de l’administration. Son premier vice-président, Mamadou Mota, a suivi. Tiriane Balbine Nadège Noah assure la présidence, et le parti attend les candidatures pour la nouvelle direction jusqu’au 9 octobre.
Maurice Kamto a quitté la présidence, pas le parti. Il en reste membre. Ce retrait n’est pas un aveu. Le parti n’avait pas tort. Il a fixé ses priorités.
L’objectif : les élections
Le MRC ne cherche pas à gagner une querelle juridique contre l’administration. Il veut participer aux prochaines législatives et municipales, attendues avant la fin du mandat des députés, prorogé jusqu’au 20 décembre 2026.
Un parti à la direction contestée par l’administration s’exposerait au rejet de ses listes. La candidature de Maurice Kamto à la présidentielle de 2025 a déjà été écartée. Le MRC a donc choisi de retirer au pouvoir tout prétexte, quitte à céder sur la forme pour préserver l’essentiel.
Un récépissé adressé au secrétaire général adjoint
Le 28 septembre, la sous-préfecture de Yaoundé IV a délivré le récépissé n° 000332 pour la convention du 17 octobre. Elle l’a adressé à Roger Justin Noah, secrétaire général adjoint du MRC. Cette fois, la réunion se tient dans un lieu. Le parti a déclaré. L’administration a enregistré, et elle l’a fait en s’adressant à un responsable en fonction du parti.
Le paradoxe central
Les contestataires soutiennent que les organes dirigeants du MRC ont perdu toute légitimité. Ils s’appuient sur le courrier du MINAT relatif à la convention de décembre 2025.
Or, la convention du 17 octobre est déclarée. L’objection de l’administration, aussi infondée soit-elle, a été levée. C’est pourtant cette convention qu’ils veulent faire interdire.
Il n’y en a plus. L’administration à laquelle ils s’adressent traite elle-même avec les instances qu’ils déclarent caduques. Le sous-préfet n’a pas répondu à un parti sans tête. Il a adressé son récépissé au secrétaire général adjoint du MRC.
Si la direction est illégitime, la convention est le moyen de la renouveler. On ne peut pas dénoncer l’absence de direction légitime et empêcher l’instance qui doit en élire une. À moins que l’objectif ne soit pas le renouvellement, mais le blocage.
La « tutelle » comme arme de décapitation
Trois courriers en quatre jours
La stratégie de Willy Mengue est redoutable parce qu’elle ne conteste pas une date ou une décision. Elle vise le sommet.
Le 28 septembre, il dépose une requête auprès du sous-préfet de Yaoundé IV pour obtenir l’interdiction de la convention, au motif d’une menace de trouble à l’ordre public. Le 30 septembre, le MRC répond par un courrier signé de Me Emmanuel Simh, 3ᵉ vice-président. Le parti rappelle que le Directoire a exclu Willy Mengue le 29 juin 2026 pour trahison, que le tribunal de première instance de Yaoundé-Ekounou s’est déclaré incompétent le 17 septembre et que l’affaire est pendante devant la cour d’appel du Centre.
Le 1ᵉʳ octobre, Willy Mengue réplique. Il se présente comme « militant encarté » et « ancien membre du Directoire ». Le contestataire qualifie son exclusion de « factice », qu’il date pour sa part du 29 juin 2025. Il conteste au signataire du courrier du MRC son titre de vice-président. Surtout, il s’appuie sur le courrier du MINAT et sur la démission de Maurice Kamto pour soutenir que toutes les instances dirigeantes sont caduques, et que ceux qui convoquent la convention n’en ont ni la qualité ni la légitimité.
Faire dire à l’État ce qu’il ne peut pas dire
L’objectif est limpide : faire dire à l’État lui-même que le MRC n’a plus de direction. Willy Mengue traite le MINAT comme une « tutelle » dotée du pouvoir de valider ou d’annuler les décisions d’un parti. C’est précisément le pouvoir que l’administration n’a pas.
Sur sa page Facebook, il résume sa démarche en une formule : « La phase 3 du levier administratif suit son cours. » Le mot est lâché. Il ne s’agit plus de défendre un droit de militant, mais d’actionner l’administration contre son propre parti, par étapes.
Une impasse organisée
Willy Mengue confond tout. Il prend la retenue du MRC pour un renoncement, un courrier administratif sans fondement pour une décision de justice, et un retrait tactique pour une vacance du pouvoir. Le dissident oublie surtout que le sous-préfet qu’il sollicite a lui-même adressé son récépissé à Roger Justin Noah, secrétaire général adjoint du parti. Il demande à l’administration de constater l’inexistence d’instances avec lesquelles elle correspond.
Et si toutes ces instances étaient caduques, qui pourrait convoquer la convention ? Son courrier ne le dit pas. Dans cette logique, le MRC ne pourrait plus jamais se réunir. Ce n’est pas une sortie de crise. C’est une impasse organisée.
La question de savoir qui dirige légitimement un parti ne relève pas d’un sous-préfet. Elle relève des militants réunis en convention, ou des juges déjà saisis.
La judiciarisation totale
Le parti a répliqué sur le terrain du droit. Sur instruction de la présidente Tiriane Balbine Nadège Noah, le Collectif Sylvain Souop a fait délivrer par huissier des actes d’interpellation à Willy Mengue et Salomon Beas, auxquels il reproche des actes de nuisance répétés. Selon les avocats du MRC, les deux hommes ont refusé de répondre aux questions posées. Le collectif indique qu’il évalue la situation avant d’annoncer la suite.
Le silence face à un acte authentique est un droit. Il contraste pourtant avec l’abondance de leur communication en ligne.
Le signal est clair. Le MRC ne traite plus Willy Mengue et Salomon Beas comme des camarades égarés, mais comme des adversaires dont il entend faire constater les agissements par voie légale. Le dialogue invoqué par Laure Noutchang semble rompu, et ce n’est pas la direction qui a ouvert le premier front judiciaire.
Le glissement vers le personnel
Dans son courrier officiel au sous-préfet, Willy Mengue dénonce aussi des « invectives » et un « harcèlement » dont il se dit victime de la part de Mamadou Yacuba Mota, et annonce qu’il se réserve le droit d’agir en justice.
Qu’un différend personnel s’invite dans une correspondance adressée à l’autorité administrative en dit long sur la dégradation du climat. La bataille institutionnelle se double désormais d’une guerre de personnes.
Laure Noutchang, observatrice ou partie ?
Une neutralité de façade
Dans le même courrier, Willy Mengue se déclare militant du MRC « au même titre que Dame Laure Noutchang » et dénonce les exclusions qui les visent tous deux.
Laure Noutchang, elle, plaide publiquement pour une réflexion sur les exclusions. Elle s’exprime en observatrice qui « comprend » les plaignants et précise qu’elle n’aurait pas porté plainte. Elle est pourtant partie à l’appel, aux côtés de Willy Mengue. On ne commente pas un procès en spectatrice quand on en est l’une des parties.
Max Weber à contresens
Pour étayer son propos, elle mobilise Max Weber et sa distinction entre vivre pour la politique et vivre de la politique. L’argument touche une vraie faiblesse : les partis camerounais manquent de mécanismes de médiation interne.
Mais il bute sur Weber lui-même, qui voyait un danger dans le moment où vivre de la politique l’emporte sur vivre pour elle. Réclamer des dédommagements pour un engagement militant, c’est précisément faire basculer la cause dans le revenu.
Discipline ou injustice
La direction et une large partie des militants lisent la crise autrement. Lors de la dernière présidentielle, le MRC n’a pas donné de consigne de vote. Maurice Kamto a demandé à chacun de voter en âme et conscience, et le parti a demandé de ne pas utiliser ses emblèmes. Plusieurs cadres exclus sont pourtant devenus des porte-voix publics d’Issa Tchiroma Bakary.
La question n’est donc pas celle du pluralisme. Peut-on militer durablement dans un parti tout en faisant campagne pour une personnalité qui lui est extérieure ? Dans aucune organisation politique au monde, la réponse n’est pas oui.
Dehors, mais toujours dedans
Exclus, les contestataires parlent comme des membres. Ils revendiquent devant la Cour d’appel des droits de militants. Laure Noutchang commente la gouvernance, la transparence financière, le renouvellement des dirigeants, et formule des recommandations aux futurs responsables.
Ce discours de l’intérieur cohabite avec une rhétorique de l’extérieur : « Nous sommes en zone de turbulences », « La victoire est proche ». On exhorte la direction au dialogue pendant qu’on la poursuit en appel et que son co-appelant actionne, phase après phase, le levier administratif.
La victoire de qui, contre qui ?
La course contre la montre
Deux calendriers qui s’affrontent
Willy Mengue cherche à obtenir de l’administration ce qu’elle n’a pas le pouvoir de décider, et qu’elle dément elle-même dans ses actes : l’inexistence de la direction actuelle, avant le 17 octobre. Le MRC regarde plus loin. Tenir sa convention, se doter d’une direction incontestable et entrer dans la bataille électorale sans offrir au pouvoir le moindre prétexte.
S’il obtenait ce qu’il demande, une convention empêchée et une direction déclarée inexistante, le MRC arriverait aux élections sans dirigeants reconnus. La question n’est donc plus celle des droits d’un militant. Elle est celle de savoir à qui profiterait un MRC absent des urnes.
Ce qui se règle en convention
Le parti doit pourtant répondre à des questions qui dépassent les personnes en cause. Comment préserver la discipline sans étouffer la divergence ? Comment exclure sans fermer le débat ? Ces questions sont légitimes, et le MRC aurait tort de les balayer.
Mais elles ne se règlent pas à la sous-préfecture. Elles se règlent précisément en convention.
Le 17 octobre dira si le MRC peut tenir ses instances. Les élections diront si ceux qui voulaient l’en empêcher servaient leur cause ou celle de ses adversaires.
John Lawson – Décryptage politique Cameroun











