Le sous-préfet de Yaoundé IV a délivré au MRC le récépissé de sa convention extraordinaire du 17 octobre 2026. C’est le même homme qui avait interdit la convention de novembre 2025, au nom de l’ordre public. Entre-temps, des frondeurs ont saisi la justice puis l’administration. Décryptage d’un droit qu’on célèbre comme une victoire.
L’euphorie qui parcourt les rangs du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) se comprend. Il y a dix mois, l’administration fermait la porte de son siège. Aujourd’hui, elle prend acte de sa convention. Pour beaucoup de militants, la revanche est prise.
Il faut pourtant prendre garde à ne pas confondre victoire politique et normalité républicaine. Trois documents, produits en quarante-huit heures, permettent de mesurer ce qui a changé et ce qui reste fragile : un récépissé, une requête d’appel et une lettre au sous-préfet.
Novembre 2025 : une convention interdite
Fin novembre 2025, le sous-préfet de l’arrondissement de Yaoundé IV, Akondi Elvis Mbahangwen, prend un arrêté. Il interdit la convention extraordinaire que le MRC prévoyait de tenir le 29 novembre à son siège d’Odza. Le motif invoqué est un « risque grave de trouble à l’ordre public ».
Ce risque ne vient pas de la rue. Il vient de l’intérieur du parti. L’administration s’appuie sur des contestations et des signalements portés par des cadres frondeurs, notamment Okala Ebodé.
Le 29 novembre, les forces de l’ordre encerclent le siège d’Odza. Le rassemblement physique n’a pas lieu. Le MRC tient finalement sa convention à distance, par visioconférence, le 21 décembre 2025.
L’histoire ne s’arrête pas là. Le ministère de l’Administration territoriale (MINAT) refuse ensuite de reconnaître les résolutions de cette convention virtuelle. Son argument : elle découle d’une réunion qui avait fait l’objet d’une interdiction préfectorale.
Pour les militants, l’épisode laisse une trace durable. Ils y voient une atteinte à une liberté fondamentale, et la démonstration qu’un signalement interne peut suffire à paralyser un parti légal. C’est ce souvenir qu’il faut garder en tête pour comprendre la séquence actuelle.
Septembre 2026 : un récépissé, pas une autorisation
Ce que dit le document
Le 28 septembre 2026, le même sous-préfet signe le récépissé n° 000332/RDMP/J06.04/SP. Il y prend acte d’une déclaration déposée le 23 septembre par Roger Justin Noah, secrétaire général adjoint n° 1 du MRC.
La déclaration porte sur une convention extraordinaire prévue le samedi 17 octobre 2026, de 8 heures à 20 heures, au siège d’Odza. Le même lieu qu’en 2025.
Le document fixe deux obligations. Le déclarant, ainsi que Clémence Sindze Deffo épouse Kouam et Nestor Siaka, s’engagent à respecter strictement l’ordre public et à répondre de tout incident. Tout changement d’objet, de lieu ou de date sans autorisation préalable de l’autorité administrative est proscrit.
Ce que dit la loi
Le vocabulaire compte. Le sous-préfet « prend acte ». Il n’autorise rien. Il n’accorde aucun privilège.
Le texte vise lui-même la loi n° 90/055 du 19 décembre 1990 portant régime des réunions et des manifestations publiques. Ce régime repose sur la déclaration, pas sur l’autorisation. Une réunion publique se déclare, elle ne se sollicite pas.
Me Hippolyte Meli le souligne dans une tribune publiée après la délivrance du document. Selon lui, à la veille de la convocation du corps électoral, interdire à un parti légal de se réunir reviendrait à entraver l’élection elle-même. Il ajoute que le MRC a de bonnes raisons de se méfier de cette « tendresse administrative ».
L’administration a donc fait ce que l’État de droit attend d’elle. Ni plus, ni moins.
Une euphorie qui en dit long
La liberté de réunion n’est pas une récompense réservée aux partis jugés fréquentables. Elle n’est pas une concession accordée selon l’humeur d’un préfet. C’est un droit, et il vaut pour tous, au pouvoir comme dans l’opposition.
L’enthousiasme des militants révèle donc un paradoxe inquiétant. Quand le simple respect de la loi provoque des scènes de célébration, c’est que ce respect a trop souvent paru incertain. Dans un environnement institutionnel apaisé, un récépissé ne susciterait ni surprise ni exaltation. Il relèverait de l’ordinaire.
La portée politique du moment n’est pas nulle pour autant. La convocation du corps électoral pour les législatives et les municipales approche. Congrès, conventions et meetings vont se multiplier sur tout le territoire. Dans ce contexte, le signal compte. L’espace politique semble, au moins sur ce dossier, se rouvrir à l’expression pluraliste.
C’est une bonne nouvelle pour le MRC. Ça l’est aussi pour le débat démocratique dans son ensemble.
Mais un droit reconnu n’est pas encore un droit exercé. Novembre 2025 l’a montré. Et les jours qui ont suivi la délivrance du récépissé le confirment.
Le même homme, le même lieu, le même motif
L’appel du 28 septembre
Le jour même où le récépissé est signé, la Cour d’appel du Centre enregistre une requête d’appel sous le n° 3930. Les appelants sont Willy Mengue, qui réside à Yaoundé, Sébastien Mbala Wouria II, à Bruxelles, et Georgette Laure Kamegne, à Douala. Me Francis Bipan les représente.
Ils attaquent l’ordonnance n° 362/HH/Civ, rendue le 17 septembre 2026 par le président du tribunal de première instance de Yaoundé-Ekounou, statuant en référé, dans l’affaire qui les oppose au MRC.
Seule la première page de la requête circule. Elle permet une observation simple. On ne fait pas appel d’une décision qu’on a gagnée. Le juge des référés ne leur a donc pas donné satisfaction.
La requête, fondée sur les articles 189 et 191 du code de procédure civile et commerciale, demande à la présidente de la Cour de prendre acte du dépôt, de fixer une date d’audience et de faire aviser les parties. C’est un acte de procédure, ouvert à tout justiciable. Ce n’est pas une décision, encore moins une victoire.
Sur les réseaux, leurs soutiens exultent pourtant et annoncent que « la victoire est proche ». Faire appel n’est pas une faveur de la justice. C’est un droit. Et un droit exercé n’est pas un procès gagné.
La lettre du 29 septembre
Le lendemain, la sous-préfecture de Yaoundé IV reçoit une lettre de Willy Mengue. Il s’y présente comme militant du MRC, conseiller régional Centre 1 et ancien membre du directoire national.
L’objet de la lettre est de signaler des « tensions internes » et des « risques de troubles à l’ordre public » à l’occasion de la convention du 17 octobre.
Récapitulons. Un militant assigne son parti en justice. Il n’obtient pas gain de cause en référé. Il fait appel. Puis il écrit à l’autorité administrative pour l’avertir que la réunion de ses propres camarades menace l’ordre public. Les tensions qu’il signale, il en est l’une des parties.
Un communiqué à traduire
Willy Mengue a commenté sa démarche dans un post relayé par Laure Noutchang. Le texte accumule les mots rares : « prodromique », « rédhibitoire », « ex materia », « adunation », « ordonnancement calendaire stratégique ».
Traduit en français courant, le propos est limpide. L’appel ne serait que le prélude au levier administratif activé le 29 septembre. Et ce levier viserait à faire obstacle à une convention que ses auteurs jugent non conforme.
C’est un aveu. La procédure judiciaire et la lettre au sous-préfet ne forment pas deux démarches indépendantes. Selon les termes mêmes de leurs auteurs, elles composent un plan. L’objectif ne se limite pas à faire trancher un litige par le juge d’appel. Il consiste à obtenir de l’administration ce que le juge des référés n’a pas accordé.
Les frondeurs changent de nom. Le sous-préfet, lui, reste le même. Le lieu aussi. Et le motif invoqué contre la convention n’a pas varié d’un mot.
Le dilemme d’Akondi Elvis Mbahangwen
Ce qu’il jugeait menaçant en novembre 2025, le sous-préfet l’a jugé recevable en septembre 2026. Deux lectures sont possibles.
La première tient aux circonstances. Entre-temps, le juge des référés de Yaoundé-Ekounou a statué dans le litige qui oppose les frondeurs au MRC, et sa décision ne leur a pas donné satisfaction. La convocation prochaine du corps électoral pèse aussi. Un sous-préfet peut faire valoir ces éléments nouveaux.
La seconde lecture est moins flatteuse. Elle voit dans l’ordre public une notion élastique, que l’autorité étire ou resserre selon le climat politique. Me Meli rappelle à ce propos que l’ordre public désigne les principes fondamentaux sur lesquels repose la société, et non un ordre partisan. En 2026, selon lui, il inclut le respect des droits de l’homme.
La lettre de Willy Mengue oblige Akondi Elvis Mbahangwen à trancher entre ces deux lectures.
S’il revient sur le récépissé qu’il vient de signer, sur la foi d’un signalement du même type qu’en 2025, il accrédite la thèse d’un arbitrage politique au cas par cas.
S’il le maintient, il assume ce que la loi attend de lui : encadrer une réunion déclarée, malgré la fronde.
Sa propre décision de 2025 le place aujourd’hui face à ses responsabilités. Voilà pourquoi un simple récépissé fait encore événement. Le 17 octobre dira laquelle de ces deux lectures était la bonne.
Chronologie
- Fin novembre 2025 : le sous-préfet de Yaoundé IV interdit par arrêté la convention du MRC prévue le 29 novembre à Odza, pour risque grave de trouble à l’ordre public.
- 29 novembre 2025 : les forces de l’ordre encerclent le siège d’Odza.
- 21 décembre 2025 : le MRC tient sa convention par visioconférence. Le MINAT en refuse ensuite les résolutions.
- 17 septembre 2026 : le président du TPI de Yaoundé-Ekounou rend l’ordonnance de référé n°362/HH/Civ.
- 23 septembre 2026 : le MRC dépose la déclaration de sa convention extraordinaire.
- 28 septembre 2026 : le sous-préfet délivre le récépissé. Le même jour, Willy Mengue et deux autres requérants font appel.
- 29 septembre 2026 : Willy Mengue adresse au sous-préfet un signalement de risques de troubles à l’ordre public.
- 17 octobre 2026 : date prévue de la convention extraordinaire.
Ce qui mérite d’être célébré
La maturité démocratique se mesurera moins à la délivrance de tels récépissés qu’à leur banalisation.
Le jour où aucun parti, aucun militant, aucun citoyen n’aura plus à remercier l’administration d’avoir pu exercer une liberté garantie par la loi, le Cameroun aura franchi un pas décisif vers la consolidation de son État de droit.
Du côté du MRC, l’attente appelle à la vigilance et à la prudence. La meilleure réponse à ceux qui annoncent le désordre reste une convention tenue dans l’ordre.
Au fond, ce qui mérite d’être célébré n’est pas qu’un droit soit accordé. C’est qu’il soit respecté.
John Lawson – Décryptage politique Cameroun












