Les JOJ au Sénégal sont le premier événement olympique organisé en Afrique. Ils doivent se tenir du 31 octobre au 13 novembre. À Dakar, de nombreux habitants interrogés par l’AFP placent pourtant l’emploi, le coût de la vie et les revenus bien avant les Jeux, et dans ce pays en crise, l’événement peine encore à s’imposer dans les conversations.
Les JOJ au Sénégal, loin des préoccupations des Dakarois
Le marché hebdomadaire de Grand-Yoff, à Dakar, résonne de son brouhaha habituel. L’activité commerciale y bat son plein. Les Jeux olympiques de la jeunesse, eux, restent largement absents des discussions.
À un mois du coup d’envoi, l’événement reste éloigné des préoccupations actuelles des Sénégalais. Emploi, coût de la vie, revenus : pour beaucoup d’habitants rencontrés par l’AFP, les urgences se situent ailleurs.
Ce décalage contraste avec l’ambition affichée. Ces Jeux sont présentés comme historiques, puisqu’il s’agit du premier événement olympique organisé sur le continent africain. Ce caractère inédit ne suffit pas, pour l’instant, à susciter l’engouement.
Venue acheter des vêtements pour ses enfants, Arame Diop illustre cette distance. Cette habitante de 34 ans dit n’attendre rien de particulier de l’événement.
Un passage de la flamme sans l’engouement attendu
À quelques kilomètres du marché, la flamme olympique traverse la place Mamadou Diop de Yoff. Seules quelques personnes assistent à son passage. L’engouement attendu n’est pas au rendez-vous.
Penché sur une voiture, Moussa Diop, mécanicien de 19 ans, observe la scène avec son ami Ibrahima Samb. Ce dernier, âgé de 26 ans, travaille comme serveur dans un restaurant. Tous deux cherchent d’abord à comprendre pourquoi ces gens se sont rassemblés.
Une fois informé de la tournée de la flamme, Ibrahima Samb se montre catégorique. Pour lui, le pays aurait pu se passer de ces Jeux, ou du moins les reporter.
Des travaux qui transforment la capitale
Depuis plusieurs mois, Dakar vit au rythme des chantiers. Les infrastructures et les espaces publics sont rénovés pour faire place nette avant les Jeux.
Sollicitées par l’AFP, les autorités sénégalaises n’ont pas précisé le montant de ces travaux. Le budget 2026 prévoit néanmoins environ 139 millions d’euros pour le programme d’infrastructures des JOJ.
À ce financement s’ajoute un prêt de 80 millions d’euros accordé au Sénégal par l’Agence française de développement (AFD). Il doit permettre de réhabiliter des installations sportives et de créer des équipements de proximité.
Des vendeurs ambulants déguerpis
La préparation de l’événement passe aussi par la libération des trottoirs de la capitale. Plusieurs vendeurs à la sauvette ont ainsi été déguerpis pour faire place nette.
Mamadou Ndiaye, vendeur ambulant de 43 ans, évoque cet épisode avec amertume. Assis sur la table qui lui sert d’étal, il dénonce le sort réservé à ces commerçants.
Les JOJ au Sénégal sur fond de « dette cachée »
Ces Jeux arrivent dans un contexte économique difficile. Le Sénégal traverse une période délicate depuis qu’une « dette cachée » a été découverte en 2024. Celle-ci a été laissée par le régime de l’ex-président Macky Sall, au pouvoir de 2012 à 2024.
Depuis cette découverte, la confiance des partenaires économiques internationaux s’est érodée. Le pays vient enfin de parvenir à un accord de principe avec le Fonds monétaire international (FMI). L’accord porte sur un nouveau programme de 2,2 milliards de dollars, qui doit encore être finalisé.
Dans les rues de Dakar, plusieurs interlocuteurs de l’AFP mettent en avant les difficultés du pays. Ils évoquent la recherche d’emploi, l’envolée du coût de la vie ou la difficulté à subvenir aux besoins des familles.
Réactions : entre scepticisme et attentes économiques
« Pas la priorité du moment »
Au marché de Grand-Yoff, Arame Diop ne voit pas dans ces Jeux une urgence. « Avec toutes les difficultés que traverse le pays actuellement, je ne pense pas que ce soit la priorité du moment », estime-t-elle.
Selon elle, l’argent consacré aux infrastructures pourrait répondre à d’autres besoins. La mère de famille insiste sur la situation des jeunes : « Beaucoup de jeunes diplômés cherchent désespérément du travail sans jamais rien trouver », se désole-t-elle.
« Les gens souffrent »
À Yoff, Ibrahima Samb ne mâche pas ses mots. « Ces Jeux, nous aurions vraiment pu nous en passer au vu de la situation actuelle du pays, ou du moins les reporter », tranche le serveur.
Il décrit ensuite les conditions de vie de la population. « Les gens souffrent. Ils ne travaillent même plus pour vivre, mais pour survivre », poursuit-il.
La colère des vendeurs déguerpis
Pour Mamadou Ndiaye, le déguerpissement des vendeurs à la sauvette pèse lourd. « On ne peut pas sacrifier des milliers de pères de famille qui n’arrivent pas à payer le loyer, la scolarité de leurs enfants ou à subvenir aux besoins de leurs proches pour un événement qui dure moins d’un mois », proteste-t-il.
Le vendeur ambulant pose aussi une question directe. « À quoi ça sert d’avoir toutes ces infrastructures, si les gens ont faim ? » s’interroge-t-il.
À ses yeux, l’argent dépensé pour ces JOJ aurait dû être utilisé pour davantage soutenir l’emploi, l’agriculture et les activités génératrices de revenus.
Un discours qui se nuance
Non loin de là, Ibrahima Baldé partage ce constat. Assis sur son tabouret après une dure journée de labeur, il cite d’abord le coût de la vie.
« La priorité, actuellement, c’est le coût de la vie : l’électricité, l’eau, la nourriture, les loyers. « Tout a explosé… », lance-t-il. Il estime que « le pays se plaint d’autres choses que des infrastructures ».
Son discours change pourtant à mesure qu’il parle des Jeux. Il leur reconnaît un potentiel pour les petits acteurs économiques.
« Beaucoup de pays vont envoyer des délégations, qui viendront avec leurs devises. Le petit commerçant va s’y retrouver de même que le transport et les propriétaires de logements », espère-t-il.
Les JOJ au Sénégal, l’espoir d’un regain d’activité
Au village artisanal de Soumbédioune, sur la Corniche de Dakar, l’arrivée prochaine des athlètes nourrit beaucoup d’espoir. Parmi les statuettes et les objets d’art sénégalais, les artisans attendent un regain d’activité.
Aliou Sow, 70 ans, est secrétaire général d’une association de sculpteurs. Il voit dans les JOJ une « opportunité économique » en cette « période difficile ».
« Avec tous les participants qui sont attendus, cela peut être une bonne chose pour le Sénégal », soutient-il.
Des attentes plus mesurées
À l’autre bout du village, l’optimisme reste plus prudent. Anna Sèye, artisane de 36 ans, estime que les JOJ « peuvent être une bonne chose ». Selon elle, ils ne constituent toutefois pas « à 100 % » une priorité.
« Nous attendons des étrangers qui pourraient rebooster le commerce », explique-t-elle. L’artisane plaide ainsi pour pouvoir exposer ses produits sur les sites des Jeux.
Les prochaines échéances
Les Jeux doivent se dérouler au Sénégal du 31 octobre au 13 novembre. Sur le plan économique, l’accord de principe conclu avec le FMI sur un programme de 2,2 milliards de dollars doit encore être finalisé.
Pour l’heure, les retombées des JOJ relèvent encore de l’espoir. Ibrahima Baldé compte sur les délégations étrangères pour le petit commerce, le transport et les logements. Les artisans de Soumbédioune espèrent, eux, un regain de commerce.
Source : Agence France-Presse











