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Emmanuel Elong : « L’agroécologie est l’agriculture traditionnelle »

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Trans Afrique

Emmanuel Elong est le président de Synergie nationale des paysans et riverains du Cameroun (Synaparcam). Un groupe d’hommes, de femmes et de jeunes engagés dans la pratique de l’agroécologie dans le village Mbonjo. L’association organise depuis trois années successives le marché vert dans ledit village. Fruit des résultats d’une agriculture sans engrais chimique. Emmanuel Elong, nous explique les concepts d’agroécologie et de marché vert.

Où est-ce qu’on en est aujourd’hui avec le projet champ école de la Synaparcam?

Alors, le projet champ école, c’est un projet très important pour Synaparcam parce qu’il va aider les enfants au village. Aussi, ceux dont les parents n’ont pas les moyens de les envoyer à l’école secondaire. Ils ont l’habitude d’aller sillonner sous les palmiers, ramasser des fruits détachés. Et par la suite, ils deviennent des ouvriers de Socapalm avec des salaires misérables.

Alors l’objectif de cette école, c’est d’amener les paysans de la zone à abandonner les engrais chimiques. On va leur montrer à fabriquer des engrais bio fertilisants. Et les jeunes enfants vont apprendre l’agriculture biologique. Donc l’agriculture traditionnelle que menaient nos parents, aujourd’hui qui est abandonnée. Ils vont revenir sur cette agriculture qui est associée au petit élevage. Ils sont des entrepreneurs ruraux.

On reste dans le champ d’école. Est-ce que ce n’est pas trop réducteur de penser que c’est seulement les enfants qui n’ont rien à faire ? Est-ce que vous n’envisagez pas de faire des entrepreneurs agricoles au sens propre du terme ?

En fait, c’est ce que j’appelais entrepreneurs ruraux. Ces enfants et ceux qui auront développé des idées dans le champ d’école de Synaparcam vont avoir une large vision. On pense qu’ils ne vont pas se limiter à ce qu’ils ont appris dans le champ d’école. ils pourront développer d’autres projets à l’avenir.

Vous allez former les enfants. Ils se posent aujourd’hui un problème d’espace cultivable à Mbonjo. Comment est-ce qu’ils vont faire ?

Ces enfants n’ont pas d’espace vital dans la zone. En effet, trois agro-industries, à savoir la CDC, la Socapalm et la PHP, se sont accaparé toutes les terres. Cependant, grâce à l’agroécologie, on va désormais les amener à pratiquer une agriculture durable sur des espaces laissés en jachère pour 2, 3 ou 4 ans.

Emmanuel Elong : « La force nous vient des agriculteurs »

Vous parlez sans cesse de l’agroécologie, c’est quoi concrètement ?

L’agroécologie, c’est l’agriculture traditionnelle ou l’agriculture familiale. C’est la méthode agricole qui n’épuise pas la terre. Cette méthode est associée aux cultures différentes. Et à certaines légumineuses à croissance rapide qui fertilisent le sol. Elle est associée aux arbres fruitiers, à tout ce qui alimente le sol.

Les feuilles mortes qui tombent des arbres vont fertiliser le sol et le sol ne sera pas épuisé très vite. C’est pour cela que je disais tantôt, on n’a pas d’espace. Mais en pratiquant l’agriculture durable, on va cultiver sur un même endroit pendant des années. Et il y aura toujours une bonne production.

Lorsque vous parlez de production, ça est une production artisanale ou alors une production de masse ?

On sait que c’est le petit paysan qui nourrit le monde parce qu’il n’a pas de grande superficie de terre. Mais quand on va dans des marchés, on ne va trouver que ce que le petit paysan produit. On ne veut pas parler de l’agriculture industrielle parce qu’il faut utiliser les engrais pour augmenter la production. Non, ce n’est pas ça. En utilisant des engrais, on épuise le sol et on est obligé d’acheter des engrais chaque année.

Le petit bénéfice que le paysan devait tirer là-bas part chez les industriels. Ceux qui produisent des engrais, des produits chimiques. On trouve donc que le petit paysan, au lieu de se nourrir, nourrit plutôt les multinationales. Donc que l’agroécologie est une agriculture responsable. Une agriculture durable, qui garde la terre pour les générations futures, une très bonne chose.

Les jeunes ont fui les champs pour aller prendre les motos. Comment allez- vous faire pour ramener dans l’agriculture ?

Les jeunes aujourd’hui sont allés dans les motos de taxi. Et moi, je me dis que si rien n’est fait, on va manquer demain la main-d’œuvre. Parce que les jeunes qui partaient apprendre la menuiserie. Ou bien la mécanique, se sont lancés dans les motos de taxi pour la vie facile.

Parce qu’il va avoir toute une génération qui va passer sans apprendre un métier. En conscientisant les jeunes. En menant des campagnes de sensibilisation par rapport à l’agriculture, à l’agroécologie, beaucoup sont en train de rentrer. Parce qu’avec le prix du cacao qui a augmenté, malgré que ça danse, beaucoup de gens sont rentrés.

Au Cameroun, on sait que le cacao planté est durable parce qu’il est associé au plantain, au macabre… Dans nos plantations, on ne peut pas trouver que c’est du cacao comme en Côte d’Ivoire, comme au Ghana. Dans nos champs, comme faisaient nos parents, on trouve au champ du cacao ou du café, des ignames. On va ramasser de la kola, on a tout.

Les oranges, c’est le même champ. Donc, cet engouement fait que ceux que les jeunes comprennent. Ce n’est pas pour dire qu’on va ramener tous les jeunes dans l’agriculture. Mais il y en aura qui vont trouver que c’est un bon projet.

Village Mbonjo : Une femme, une poule du village

En restant dans le concept agroécologie, est-ce que vous comptez étendre cette pratique dans d’autres villages?

Bien évidemment, mais il nous faut des moyens financiers pour aller dans d’autres communes. Sensibiliser les parents à l’agroécologie. Voilà trois ans qu’on est dans trois communes et le travail n’est pas facile.

Nous sommes présents à Bonaléa, mais aussi dans les communes de Dibombari et de Tiko dans le Sud-Ouest. Mener cette campagne n’est pas simple ; pourtant, nous nous mobilisons avec de petits moyens pour parler d’agroécologie, particulièrement sur la question des semences devenues introuvables par endroits.

Quand on va dans des villages avec des mamans, on essaie de demander, s’il a encore la basilique, le tolobanji… Et quand on en trouve, nous on amène ça dans notre champ école pour régénérer la semence.

Et si l’on vous comprend bien, le marché vert est le fruit de la pratique agroécologique ?

Oui !!! C’est pour cela que nous allons organiser la troisième édition dans quelques mois. Et ceux qui viennent acheter là-bas disent que c’est un marché paysan. Il est situé à 30, 35, 50 kilomètres de Douala, 35 kilomètres de Bekoko. Mais c’est la brousse et les choses sont chères.

C’est cher parce qu’on trouve un tas d’ananas de 5 ananas à 1000 francs en Jombé. Et alors qu’on va trouver un ananas au marché vert à 500 Fcfa. Parce que la tête d’ananas est un produit sain et purement bio. Et la différence est perceptible, même à partir de la texture.

Et ceux qui ont des moyens, qui veulent manger bio et sain, viennent acheter sans difficulté. Ils trouvent qu’en arrière-zone, les mamans n’ont pas l’idée de l’engrais chimique. Donc c’est pour cela que ça passe bien. Mais les gens trouvent que c’est cher. La bonne chose coûte cher.

Vous avez annoncé la troisième édition du marché vert en octobre 2026. Quelle sera la particularité cette année?

C’est d’exposer les produits purement locaux venant des paysans que nous encadrons. Donc ce qui se vend dans le marché paysan de Mondoni, Penda Mboko. Et c’est du naturel à 100 sur 100.. Après l’exposition-vente, il y a les activités culturelles.

Et après les activités culturelles, il y a les conférences-débats pour parler de l’agroécologie. Pour parler de l’association des cultures dans les champs, c’est bénéfique. On vient avec des idées nouvelles à transmettre aux paysans. Et puisque le marché vert est en bordure du fleuve Moungo, on va organiser un défilé à l’entrée principale du village. Les femmes seront habillées en tissu pagne de la journée mondiale de la femme rurale avec leurs pancartes.

Est-ce qu’il faut considérer le marché vert comme un mini-comice agropastoral des produits bio ?

Effectivement, c’est ça. On a commencé comme une foire. Mais aujourd’hui, les populations se sont approprié le site de la foire qui est devenu un marché. Elles ont forcé le sous-préfet qui nous tient, qu’on implante un marché paysan là-bas. Et le marché a été construit avec la contribution des partenaires hors du pays.

Sans eux, le marché n’allait pas exister parce que c’était des feuilles de paille de palmier à huile. Et après trois mois, tout était déjà sec. Donc il ne pouvait pas rester sous le soleil.

Nous tenons tout d’abord à remercier les partenaires qui nous ont accompagnés. Grâce à eux, nous avons réussi à ériger des bâtiments provisoires, mais équipés de tôles. Désormais, ce site est devenu le marché central du bassin de production de Mondoni et Penda Mboko.

En effet, les acheteurs viennent de partout pour s’y approvisionner avant de revendre dans les villes voisines. En somme, c’est un marché qui a largement fait ses preuves.

On a constaté qu’au marché vert de Mbonjo Penda Mboko, 95 % des femmes viennent avec leurs productions agricoles. Comment expliquer cela ?

En effet, ce sont les femmes qui sont sur tous les fronts. Tandis que les hommes se limitent à la culture du plantain, les femmes, quant à elles, prennent en charge toutes les autres récoltes : ignames, macabos, légumes et manioc. Il s’agit donc, avant tout, d’un marché paysan et local.

Emmanuel Elong Mbonjo « Les produits plantés avec des engrais foliaires pourrissent très vite. Or sans engrais, on peut conserver des aliments plus de 6 mois…»

Est-ce que vous n’avez pas peur que les femmes renversent la tendance et ravissent la vedette aux hommes?

Mais c’est ça la logique, parce que je suis né dans la grande commune de Bonaléa. L’activité, c’est le palmier à huile, c’est le cacao, c’est autre chose. Mais la femme était impliquée dans les produits agricoles de consommation courante. L’homme était impliqué dans les produits de vente industrielle comme de transformation.

De nos jours, on remarque que les femmes sont de plus en plus actives dans l’agriculture. Ainsi, nous avons opté pour le 15 octobre afin de faire tenir le mini-comice, précisément parce qu’il s’agit de la Journée mondiale de la femme rurale. Et c’est la femme qui est en avant.

Vous avez mis en pratique l’agroécologie. Est-ce que vous pensez partager cette expérience avec les jeunes apprenants ?,

Oui, quand on organise des ateliers, comme le 15 octobre, c’est l’exposition-vente. C’est l’inauguration avec les autorités, le maire, le sous-préfet, le délégué d’agriculture. Le 16, qui est la journée internationale de l’alimentation, c’est là où il y a les débats.

Et ceux qui soutiennent les débats, c’est les dirigeants de l’école technique d’agriculture de Dibombari. Ils viennent parler aux groupes de paysans. Pour leur parler du bien-être de l’agroécologie. Donc, ils nous conseillent souvent de ne pas beaucoup utiliser l’engrais. Nous, associons toujours l’administration dans nos démarches. Même les bailleurs de fonds. Il faut que tout le monde intervienne.

Que dire de plus du marché vert de Mbonjo-Penda Mboko ?

Le marché vert de Mbonjo-Penda Mboko, un concept. Le marché est déjà là. Les paysans sont là, tous les mercredis. Ett, nous, à Synaparcam, on fait un grand jour de célébration. Et c’est à long terme. Si on n’est plus là, les autres vont continuer le projet. Ça  va exister.

Un mot aux paysans ?

Je dis aux agriculteurs que c’est la terre qui paye. La terre n’a jamais menti. Dès qu’on met une seule graine de maïs, elle va nous donner des épis de maïs, des centaines de graines. C’est-à-dire qu’on va avoir beaucoup d’argent. Et si on met le cœur, on n’a jamais perdu.

Les pratiques agroécologiques dans le champ école Synaparcam
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