L’absence de Paul Biya a pris fin ce mercredi : le chef de l’État camerounais a regagné Yaoundé après plus de deux mois hors du pays. Le dirigeant de 93 ans, au pouvoir depuis 1982, avait quitté le Cameroun le 7 juin pour un séjour privé en Europe. Cet éloignement inédit a nourri une vive controverse sur sa capacité à diriger.
Absence de Paul Biya : un éloignement inédit prend fin
Le président camerounais Paul Biya a regagné Yaoundé. Son retour clôt plus de deux mois passés hors du pays. Le chef de l’État dirige le Cameroun depuis 1982.
Âgé de 93 ans, il reste le doyen des chefs d’État dans le monde. Cette longévité en fait une figure singulière de la vie politique africaine. Elle nourrit aussi les interrogations sur son aptitude à gouverner.
L’absence de Paul Biya a duré assez longtemps pour déclencher une vive controverse. Les Camerounais se sont interrogés sur sa capacité à diriger le pays. Le débat a occupé la presse et la classe politique.
Un séjour privé en Europe et un démenti officiel
Paul Biya a quitté Yaoundé le 7 juin. La présidence a évoqué un « court séjour privé en Europe ». Cette formule officielle est restée vague sur la durée comme sur le programme.
La presse camerounaise a situé le président à Genève, en Suisse. Elle a indiqué qu’il séjournait avec sa famille. Quelques-uns de ses plus proches collaborateurs l’accompagnaient également.
Fin juin, des articles de presse ont évoqué une dégradation de son état de santé. Le gouvernement a fermement démenti ces informations. Il a assuré que le chef de l’État se trouvait au travail.
Absence de Paul Biya : un pays en attente de nominations
Le Cameroun attend depuis plusieurs mois la nomination d’un nouveau gouvernement. Un vice-président doit également entrer en fonction. Ces deux décisions relèvent du seul président.
L’opposition a dénoncé un « vide institutionnel » pendant cette période. Elle a décrit un pays en « pilotage automatique ». Ces critiques ont gagné en intensité au fil des semaines.
Une absence de cette longueur reste inédite sous la présidence de Paul Biya. Elle a placé l’appareil d’État dans une position d’attente. Le retour du dirigeant remet ces dossiers sur la table.
Quarante-quatre ans de pouvoir sans partage
Paul Biya est le deuxième président du Cameroun depuis l’indépendance obtenue de la France en 1960. Il règne d’une main de fer depuis son accession au pouvoir. Le chef de l’État nomme et congédie lui-même aux postes-clefs.
Sa méthode repose aussi sur une répression implacable de toute opposition. Celle-ci frappe la contestation politique comme les mouvements armés. Elle structure le fonctionnement du régime depuis plus de quatre décennies.
Un parcours façonné par l’appareil d’État
Ancien séminariste catholique, Paul Biya a étudié à Sciences Po Paris. Il a gravi les échelons sous son prédécesseur Ahmadou Ahidjo. Le futur chef de l’État a occupé le poste de Premier ministre de 1975 à 1982.
La démission surprise d’Ahidjo a bouleversé sa trajectoire. La Constitution l’a propulsé à la présidence. Ses détracteurs affirment qu’il s’y accroche avec l’aide de Paris.
Seul candidat, il obtient 100% des suffrages en 1984. Une réélection suit en 1988. Le multipartisme, instauré en 1990, ne l’empêche pas de l’emporter six fois de plus.
Le président verrouille par ailleurs le commandement de son armée, qu’il confie à ses plus proches. Il a remis à des Israéliens l’encadrement des troupes d’élite et sa sécurité personnelle. Ce dispositif intimide jusqu’au premier cercle du pouvoir.
Luxe, séjours à l’étranger et accusations de dépenses
Ces deux dernières décennies, Paul Biya a multiplié les séjours privés à l’étranger. Ces déplacements servaient à des soins ou à des villégiatures. Un hôtel très luxueux de Genève accueillait le président et sa garde rapprochée.
L’opposition l’accuse d’y dépenser des fortunes d’argent public. Le coût de ces séjours alimente la contestation depuis des années. Il nourrit aussi le travail des journalistes d’investigation.
En 2018, l’Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP) a publié une évaluation. Ce consortium international chiffrait à quatre années et demie, en 35 ans, la durée cumulée de ces séjours privés. Il estimait leur coût total à 65 millions de dollars.
Un pays confronté à la pauvreté et aux conflits armés
Ses détracteurs l’accusent de régner dans une tour d’ivoire. Le Cameroun affronte pourtant de multiples défis. Près de 40% de la population vit dans l’extrême pauvreté, selon l’ONU.
La corruption touche divers niveaux de l’administration. Elle s’installe durablement dans le fonctionnement de l’État. Ce constat revient dans les critiques adressées au régime.
L’extrême nord du pays subit des attaques jihadistes depuis 2009. L’ouest connaît depuis la fin de 2016 un conflit meurtrier. Des groupes armés indépendantistes y affrontent les forces de sécurité.
Chaque camp fait l’objet d’accusations de crimes contre les civils. Ce conflit a éclaté après une répression violente. Paul Biya avait fait réprimer des manifestations pacifiques de la minorité anglophone.
Réactions, condamnations et paroles d’anciens fidèles
Les réélections très contestées de 2018 puis de 2025 ont marqué un tournant. L’opposition a dénoncé des fraudes. Le président a ensuite limité ses apparitions publiques.
Ses interventions se résument à de très rares discours télévisés, enregistrés et péniblement énoncés. Quelques déplacements officiels à l’étranger complètent ce calendrier. Des images de fêtes de famille circulent aussi, aux côtés de son omniprésente épouse Chantal et de leurs trois enfants.
Celle-ci reste célèbre pour ses tenues extravagantes et sa chevelure flamboyante. Le couple présidentiel occupe ainsi l’espace médiatique par touches choisies. Cette rareté contraste avec l’intensité des critiques adressées au régime.
Les autorités ont arrêté et condamné des centaines de manifestants pacifiques. Maurice Kamto, rival malheureux du président à la présidentielle de 2018, figure parmi eux. Ces procès ont durablement affaibli les rangs de l’opposition.
Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre passé dans l’opposition, s’est autoproclamé vainqueur de la présidentielle d’octobre 2025. Il a appelé ses électeurs à défendre sa « victoire ». Cet appel a déclenché des manifestations dans plusieurs grandes villes du pays.
Les forces de sécurité ont réprimé ce mouvement dans le sang. La séquence a durci un peu plus le climat politique. Elle pèse encore sur le débat public.
Des témoignages venus du premier cercle
Paul Biya avait affiché la couleur dès 1986. « Il suffit d’un petit coup de tête, et vous n’êtes plus rien du tout », lançait-il alors à un journaliste vedette de la télévision publique qui l’interviewait.
Titus Edzoa a livré un témoignage sévère en 2018, dans son livre « Cameroun, combat pour mon pays ». L’ancien secrétaire général de la Présidence y écrit que le président a joué « de la violence et de la terreur, au gré de ses humeurs et des rumeurs, pour asservir ses collaborateurs et soumettre l’ensemble de la population ».
Ce fidèle d’hier s’est présenté à la présidentielle en 1997. La justice l’a arrêté la même année, officiellement pour corruption. Il a passé 17 ans en prison.
Le politologue camerounais Stéphane Akoa décrit une mécanique de pouvoir bien rodée. « M. Biya a mis en pratique l’adage +diviser pour régner+ pour rester au sommet d’un système sans que puissent s’organiser – et encore moins se coaliser – les forces qui auraient pu lui disputer son pouvoir », résume-t-il.
Absence de Paul Biya : les décisions désormais attendues
L’absence de Paul Biya laisse deux dossiers ouverts à son retour. Le nouveau gouvernement et le vice-président restent à désigner. Ces arbitrages dépendent de lui seul.
La scène diplomatique observe elle aussi ce retour. Longtemps écouté et actif, Paul Biya a subi ces dernières années d’inhabituelles critiques de l’ONU et des capitales occidentales. Un certain refroidissement s’est installé avec Paris.
Le président camerounais passait jusque-là pour l’un des derniers piliers de la « Françafrique ». Ce statut s’est érodé. Le débat sur son aptitude à diriger, lui, reste entier.
Source : Agence France-Presse












