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Images IA d’animaux sauvages : les experts redoutent un danger réel

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Images IA d’animaux sauvages : de faux visuels attendrissants circulent en masse sur Facebook, TikTok et X. Les journalistes de vérification digitale de l’AFP en ont analysé des dizaines. Les experts redoutent des comportements dangereux et des dégâts pour la conservation.

Images IA d’animaux sauvages : un phénomène qui inquiète les spécialistes

Un éléphant grimpeur, un dauphin rose, un léopard câlin : ces scènes n’existent pas. L’intelligence artificielle les fabrique, et elles circulent massivement. Les experts préviennent qu’elles altèrent la perception de la faune.

Ces fausses images modifient aussi les comportements. Le phénomène devient alors dangereux pour les animaux comme pour les humains. Les spécialistes tirent la sonnette d’alarme.

Des anecdotes attendrissantes accompagnent souvent ces créations. Elles se diffusent dans plusieurs langues sur des plateformes telles que Facebook, TikTok et X. Leur réalisme complique la tâche du public.

Ce que les vérificateurs de l’AFP ont trouvé

Les journalistes de vérification digitale de l’AFP ont analysé des dizaines de ces visuels. L’un d’eux, en noir et blanc, montre un orang-outan berçant des bébés léopards menacés d’extinction. La scène se déroulerait au cœur de la jungle de l’État malaisien de Sabah.

Rien de tout cela n’a eu lieu. Les auteurs de ces images semblent chercher le sourire plutôt que la désinformation délibérée. Les spécialistes jugent pourtant le résultat préoccupant.

Ces représentations très réalistes donnent une vision erronée de la vie sauvage au public. Elles risquent aussi de nuire aux efforts de conservation. Le doute s’installe ensuite sur ce que la nature produit réellement.

Une diffusion multilingue et transfrontalière

La circulation ne s’arrête pas à une langue ni à un pays. Les mêmes visuels réapparaissent sur plusieurs réseaux, souvent traduits. Le public les partage sans vérifier leur origine.

Cette mécanique brouille la frontière entre document et fabrication. Un internaute retient une scène attendrissante. Il en tire ensuite une idée fausse du comportement animal.

Des comportements dangereux face aux animaux

José Guerrero-Casado enseigne la zoologie à l’université de Cordoue, en Espagne. Il décrit à l’AFP un enchaînement simple et documenté. « Cette incompréhension peut amener les gens à s’approcher de trop près des animaux ou à interagir avec eux de manière dangereuse », dit-il à l’AFP.

Le professeur cite une attaque très médiatisée. Une femme avait tenté de s’approcher d’un léopard des neiges pour prendre une photo. L’animal, un spécimen rare, vit dans la région chinoise du Xinjiang, dans le nord-ouest du pays.

Le département chinois des forêts a réagi après cet épisode. L’administration a renforcé les patrouilles et mis en garde le public. Elle appelle chacun à garder une distance de sécurité en cas de rencontre avec des animaux sauvages.

Images IA d’animaux sauvages : un risque pour la conservation

Les experts de la conservation redoutent un autre effet. Les images générées par IA qui dépeignent des bêtes sauvages comme mignonnes ou câlines peuvent alimenter l’exploitation animale. La demande suit la représentation.

Chris Lewis travaille pour l’association caritative de défense de la vie sauvage Born Free. Ce chercheur énumère les usages qui en découlent. Ces visuels soutiennent la demande de certaines espèces « qui seront utilisées pour le tourisme en tant qu’accessoires photos, exploitées pour faire du contenu pour les réseaux sociaux ou conservées en tant qu’animaux de compagnie ».

Certaines publications peuvent encourager le public à rejoindre la cause animale. Jenny Roberts, du Fonds mondial pour la nature WWF, écarte pourtant cet argument. « Les impacts négatifs dépassent complètement » les positifs, assure-t-elle, rappelant que « des gens pourraient être blessés ».

Le doute s’installe face aux vraies images

La responsable du WWF déplore un second effet. Les faux contenus « désensibilisent » le public aux vraies images, mêmes les plus extraordinaires. Ils instillent le doute.

« Quand vous faites une chose de remarquable, des gens la remette en cause », se désole Mme Roberts. Elle raconte un épisode précis. Une caméra installée par son organisation a capté un tigre et cinq petits en Chine.

L’observation était inédite dans le pays. La réaction en ligne a pourtant surpris l’équipe. « Quand nous avons mis le contenu (en ligne), on nous a demandé sur les réseaux sociaux: +Est-ce que c’est généré par l’IA?+ », rapporte-t-elle.

Quand la preuve visuelle perd sa valeur

Le soupçon frappe désormais les documents authentiques. Une image rare déclenche une suspicion immédiate. Les organisations de terrain perdent ainsi une partie de leur force de conviction.

Ce renversement pèse sur la communication des ONG. Elles diffusent des preuves solides. Le public, lui, hésite.

Une « grave menace » pointée par la recherche

La revue Conservation Biology a publié une étude en septembre. José Guerrero-Casado figure parmi ses coauteurs. Le texte qualifie de « grave menace » à la société cette prolifération à grande vitesse de faux contenus IA.

Un autre enjeu concerne « la capacité des gens à identifier les espèces » correctement. Autrement dit, les visuels trompeurs faussent la perception du nombre réel de spécimens. Ils brouillent aussi la véritable aire de répartition des animaux.

La recherche scientifique paie déjà un prix. Les scientifiques récupèrent souvent des images vérifiées auprès de particuliers pour leurs travaux. Plusieurs experts ont averti récemment dans la revue Nature que les créations de l’IA pourraient nuire à la qualité des recherches.

Les plateformes face à leurs limites

Ces experts défendent deux pistes concrètes. Ils plaident pour un processus d’authentification plus poussé sur les plateformes de partage. Une campagne d’éducation aux risques destinée aux membres complète leur demande.

Meta, la maison-mère de Facebook, applique déjà une règle. TikTok impose la même exigence. Les deux groupes demandent à leurs utilisateurs de préciser clairement qu’un contenu a été fait par IA quand il est réaliste.

Ces deux réseaux rémunèrent l’AFP dans le cadre d’un partenariat de vérification des posts potentiellement trompeurs. Ils affirment également disposer d’outils qui étiquettent automatiquement les créations de l’IA.

La demande d’authentification renforcée vise ce point précis. Un marquage fiable permettrait de distinguer une photo d’une fabrication. Les chercheurs y voient une condition de crédibilité pour les plateformes.

Images IA d’animaux sauvages : des étiquettes qui manquent

Le dispositif montre pourtant ses failles. Les journalistes de vérification digitale de l’AFP ont repéré de nombreuses publications à base d’IA qui n’étaient pas marquées comme telles. Certains auteurs l’avaient pourtant spécifié à l’écrit dans la légende.

L’écart entre la règle annoncée et son application reste donc entier. Le marquage automatique laisse passer des contenus très réalistes. Le public avance sans repère fiable.

Cette faille alimente directement les risques décrits par les experts. Une approche trop proche d’un animal sauvage peut blesser. Une espèce présentée comme câline peut finir en accessoire touristique.

Ce que la suite exige des réseaux et du public

L’enjeu dépasse la simple curiosité en ligne. Il touche la sécurité des personnes et la survie des espèces. Les experts relient les deux dimensions.

Ces pistes convergent vers deux exigences. Aux plateformes de vérifier davantage. Au public d’apprendre à douter des visuels trop parfaits.

« La conservation dépend d’une société bien informée qui comprend les besoins écologiques des espèces sauvages », résume M. Guerrero-Casado. « Les faux contenus générés par l’IA ne servent pas cet objectif ».

Source : Agence France-Presse

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