Paul Biya de retour à Yaoundé : le président camerounais a atterri jeudi soir dans la capitale, après plus de 70 jours passés en Europe. Le chef de l’État de 93 ans revenait de Genève, où il séjournait depuis le 7 juin. Son absence inédite a nourri les rumeurs sur sa santé et relancé le débat sur l’inertie du pouvoir.
Paul Biya de retour à Yaoundé après plus de 70 jours
Le président camerounais Paul Biya a regagné Yaoundé jeudi soir, ont constaté des journalistes de l’AFP. Son avion s’est posé aux alentours de 16 h 00 GMT.
L’appareil arrivait de Genève. Le chef de l’État séjournait dans la ville suisse depuis le 7 juin.
Un communiqué officiel avait présenté ce déplacement comme un « court séjour privé en Europe ». Cette formule a constitué la seule explication publique fournie au moment du départ.
Le dirigeant a quitté l’aéroport de Yaoundé en voiture, peu après son atterrissage. Il a salué la foule d’un geste de la main, à travers la fenêtre légèrement entrouverte.
Plusieurs dizaines de militants du parti présidentiel l’attendaient sur place. Certains arboraient un pagne à l’effigie du président.
L’accueil s’est déroulé dans une ambiance festive. Aucune déclaration publique n’a accompagné ce retour très attendu.
Le président n’a donc pas répondu directement aux questions accumulées pendant son absence. Son geste depuis la voiture a tenu lieu de première apparition devant les Camerounais.
Une absence de 73 jours d’une longueur inédite
Paul Biya a 93 ans. Il dirige le Cameroun depuis 1982 et reste le doyen des chefs d’État en exercice dans le monde.
Son éloignement a dépassé les 70 jours. Cette durée, inédite, a nourri les spéculations sur son état de santé.
Genève accueille très régulièrement le président camerounais. Ses séjours suisses alimentent des rumeurs récurrentes, que le gouvernement dément parfois.
Le 18 juin, le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, a réagi à des articles de presse. Il a démenti l’hospitalisation du dirigeant camerounais dans une clinique genevoise.
Ce démenti a marqué la principale prise de parole officielle de l’été. Aucune autre précision n’a été fournie sur la nature du séjour.
La chronologie s’est ainsi résumée à trois dates. Le président a quitté le pays le 7 juin, son ministre a démenti le 18 juin, l’avion présidentiel s’est posé le 20 août.
Ce calendrier a laissé plus de deux mois sans apparition publique. Les rumeurs ont prospéré dans cet intervalle.
Entre ces jalons, l’absence du chef de l’État a occupé le débat public. Elle a relancé les interrogations sur le fonctionnement du sommet de l’État camerounais.
Paul Biya de retour dans un pays suspendu à des nominations
Le Cameroun attend deux décisions majeures depuis plusieurs mois. La nomination d’un nouveau gouvernement et celle d’un vice-président figurent en tête des dossiers ouverts.
Ces annonces relèvent du chef de l’État. Son éloignement les a maintenues en suspens tout au long de l’été.
Paul Biya de retour, ce calendrier politique redevient d’actualité. Les deux nominations attendues concentrent désormais l’attention à Yaoundé.
L’opposition a fait de ce blocage son principal argument. Ses responsables ont dénoncé un « vide institutionnel » au sommet du pouvoir camerounais.
Le pays fonctionnerait en « pilotage automatique », selon les mêmes voix. Cette formule a résumé l’essentiel des critiques adressées à l’exécutif.
L’absence a donc dépassé la seule question médicale. Elle a porté le débat sur la capacité des institutions à fonctionner sans leur chef.
Vingt ans d’absences répétées
Les absences du président camerounais ne datent pas de cet été. Elles se répètent depuis plus de vingt ans.
Cette habitude nourrit la frustration de nombreux Camerounais. Chaque disparition prolongée ravive les mêmes interrogations sur la conduite des affaires publiques.
Le pouvoir répond généralement par des communiqués brefs ou des démentis ponctuels. La séquence de l’été 2026 a suivi ce schéma, mais sur une durée sans précédent.
Les critiques de l’opposition ont gagné en intensité au fil des semaines. Le débat sur l’inertie au sommet de l’État a repris toute sa place.
L’opposition dénonce un « vide institutionnel »
Les critiques ont accompagné toute la période d’absence. Elles ont porté sur l’inertie du pouvoir camerounais autant que sur le silence entourant la santé du président.
Le gouvernement s’en est tenu à sa ligne. René Emmanuel Sadi a démenti le 18 juin l’hospitalisation genevoise du dirigeant, en réponse à des articles de presse.
Le gouvernement n’a publié aucun bilan médical. Les autorités ont maintenu la qualification initiale d’un « court séjour privé en Europe ».
Les partisans du chef de l’État ont répondu autrement. Plusieurs dizaines de militants du parti présidentiel ont convergé vers l’aéroport de Yaoundé pour saluer son retour.
Leur mobilisation a offert au président une image d’accueil populaire. Le pagne à son effigie, porté par certains militants, a complété cette mise en scène festive.
Deux lectures se sont donc superposées jeudi soir. L’opposition a maintenu son constat de vacance, quand le camp présidentiel a célébré un retour.
Le silence du président a laissé ces deux récits s’installer. Aucune parole officielle n’est venue trancher entre eux à l’aéroport.
Un huitième mandat obtenu dans la contestation
La réélection de Paul Biya remonte à octobre 2025. Ce scrutin lui a offert un huitième mandat à la tête du Cameroun.
Des manifestations ont suivi le résultat. Les autorités les ont réprimées dans le sang.
Le gouvernement a reconnu « plusieurs dizaines » de morts. Il n’a jamais fourni de bilan exact.
Cette séquence pèse encore sur le climat politique camerounais. Elle éclaire l’intensité des réactions provoquées par l’absence estivale du président.
Ce contexte explique aussi la sensibilité des questions de santé. À 93 ans, le chef de l’État concentre l’attention sur sa capacité à gouverner.
Les manifestations d’octobre 2025 avaient déjà tendu le pays. Le gouvernement y avait reconnu des morts, sans jamais en préciser le nombre.
Dix mois plus tard, l’absence estivale a réactivé la même défiance. Elle a rappelé la fragilité du climat politique camerounais.
Paul Biya de retour : les décisions désormais attendues
Le retour du président replace les nominations en suspens au premier plan. La formation d’un nouveau gouvernement figure en tête des attentes.
La désignation d’un vice-président constitue l’autre dossier majeur. Le pays attend ces deux annonces depuis plusieurs mois.
Le débat sur l’inertie du pouvoir camerounais ne se referme pas pour autant. Il continue de structurer les critiques de l’opposition.
Les interrogations sur la santé du chef de l’État restent également ouvertes. Le gouvernement s’est limité à des démentis, sans autre information.
Les militants du parti présidentiel, eux, ont déjà tourné la page. Leur mobilisation à l’aéroport a salué un retour qu’ils espéraient depuis des semaines.
Yaoundé retrouve donc son président après soixante-treize jours d’absence. Paul Biya de retour, le pouvoir camerounais doit maintenant prendre les décisions que cette parenthèse avait suspendues.
Source : Agence France-Presse












