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TotalEnergies et les profits de la crise pétrolière : comment le géant pétrolier a empoché un milliard en mars

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TotalEnergies et les profits de la crise pétrolière — cette équation s’est jouée en mars 2026. En quelques semaines, le groupe français aurait empoché plus d’un milliard de dollars en rachetant la quasi-totalité du brut exportable depuis le golfe d’Oman. C’est ce qu’affirme le Financial Times, un chiffre jugé crédible, voire conservateur, par des experts interrogés par l’AFP.

 – Une opération d’achat sans précédent dans le négoce pétrolier mondial

Courant mars 2026, la filiale de négoce de TotalEnergies a réalisé l’une des plus vastes opérations d’achat de l’histoire pétrolière. Elle a acquis 77 cargaisons de brut aux Émirats arabes unis et à Oman, selon des données publiques de S&P Global Energy. Ces volumes représentent la quasi-totalité des 82 cargaisons livrables en mai.

Ces deux pétroles disposaient d’un avantage stratégique décisif en pleine crise. Le « Murban » émirati et le brut « Oman » sont exportés depuis des ports situés dans le golfe d’Oman. Leurs terminaux d’exportation échappent ainsi à la zone bloquée par Téhéran autour du détroit d’Ormuz.

En mars, ces bruts constituaient l’un des rares volumes moyen-orientaux encore accessibles. La filiale de TotalEnergies les a « accumulés de manière très active », selon Stephen Innes, analyste chez SPI AM et ancien trader. Ce faisant, elle a concentré « l’offre entre les mains d’un acteur dominant », souligne-t-il.

Platts, l’agence de cotation de S&P Global Energy, a confirmé à l’AFP que mars 2026 a constitué le mois le plus intense de toute l’histoire du négoce pétrolier dans la région du Golfe. Ce record illustre l’ampleur des mouvements observés sur un marché sous tension extrême.

 – TotalEnergies et les profits de la crise pétrolière : plus d’un milliard de dollars de gains estimés

Le Financial Times a chiffré l’opération à plus d’un milliard de dollars de bénéfices. Ce montant, complexe à établir avec précision, s’appuie sur les déclarations d’une « personne proche du groupe ». Il intègre les achats physiques de cargaisons et les positions prises sur les marchés papier — ces dernières représentant des contrats virtuels.

Stephen Innes a exposé à l’AFP le raisonnement derrière ce chiffre. En supposant « environ 70 cargaisons de quelque 500 000 barils chacune », le volume total avoisine 35 millions de barils. Dès lors, « même un gain effectif de 30 à 40 dollars par baril, sur l’ensemble des positions physiques et papier, vous amène très vite dans la zone du milliard de dollars. »

L’analyste qualifie l’estimation de « tout à fait plausible », voire de « prudente ». Il précise que « la plupart de ces cargaisons ont probablement été accumulées dans une fourchette de 70 à 100 dollars le baril », avant que le marché ne répercute « pleinement la perturbation. »

Adi Imsirovic, maître de conférences en systèmes énergétiques à l’université d’Oxford, partage cette lecture. « Impossible de l’affirmer, mais il est tout à fait possible qu’ils aient effectivement gagné autant, voire davantage », a-t-il indiqué à l’AFP. Pour ce spécialiste, la position atteint une dimension inédite. « Beaucoup de pétrole multiplié par un prix très élevé, c’est très probablement la plus grosse position pétrolière de l’histoire », avance-t-il.

 – Le contexte : une guerre, un détroit bloqué, des prix à des sommets

La crise a débuté le 28 février 2026. Les États-Unis et Israël ont lancé ce jour-là une offensive militaire contre l’Iran. Téhéran a répondu en bloquant le détroit d’Ormuz, corridor par lequel transite habituellement environ 20 % du brut mondial.

Les marchés ont réagi immédiatement. Les prix ont flambé sur les bourses de matières premières. L’approvisionnement mondial s’est contracté en quelques jours, plongeant le secteur dans une volatilité inédite.

Le baril de « Dubai » — référence pour les exportations de brut moyen-oriental vers l’Asie — valait entre 65 et 70 dollars avant la crise. Vers le 20 mars, il avait bondi jusqu’à près de 170 dollars. La moyenne mensuelle s’est établie à 128,5 dollars, permettant au brut « Dubai » de dépasser la référence mondiale du Brent.

Dès le 2 mars, Platts a exclu certains bruts exposés au détroit de son indice « Platts Dubai ». Cette décision a eu un effet mécanique immédiat. Elle a renforcé la valeur des bruts encore exportables. C’est notamment le cas du « Murban » et du brut « Oman », déjà accumulés activement par TotalEnergies.

« Lorsque les flux transitant par le détroit d’Ormuz ont été perturbés, une grande partie du brut livrable utilisé pour la formation des indices de référence de prix a de fait disparu du jour au lendemain », analyse Stephen Innes. La rareté soudaine de l’offre a amplifié la hausse des cours, rendant la stratégie de TotalEnergies encore plus profitable.

 – TotalEnergies et les profits de la crise pétrolière : la position du groupe

Contacté par l’AFP, TotalEnergies n’a ni confirmé ni démenti les chiffres avancés. Le groupe a présenté ces achats massifs comme une réponse d’urgence. Sa priorité : « sécuriser ses approvisionnements pour elle-même comme pour ses clients. »

Quelque 15 % de sa production mondiale d’hydrocarbures se trouve « à l’arrêt » dans la région du Golfe depuis le début du conflit. Cette paralysie partielle a directement pesé sur la stratégie d’approvisionnement du groupe. Le groupe devait donc remplacer une part de sa production moyen-orientale via les marchés spot, orientant naturellement ses achats vers les bruts encore disponibles.

Le groupe a également rappelé les risques du négoce. Le trading « comporte aussi des pertes dans un contexte aussi volatil », a-t-il précisé. En 2025, le groupe affichait 13,1 milliards de dollars de bénéfices.

La stratégie d’accumulation s’est révélée efficace, car mise en œuvre avant la flambée totale des prix. En achetant tôt, la filiale a sécurisé des volumes à des niveaux bien inférieurs au pic de fin de mois.

 – Des conséquences qui dépassent les marchés financiers

L’opération a déclenché des réactions au-delà du secteur énergétique. En concentrant l’offre disponible, TotalEnergies a pesé sur la formation des indices de référence. Résultat : moins de contrats disponibles, un cours du baril qui s’envole, et une stratégie très rentable pour le groupe.

Les cargaisons accumulées à 70-100 dollars le baril ont été valorisées bien au-dessus de leur coût d’achat. Le « Dubai » a atteint près de 170 dollars vers le 20 mars, rendant l’écart particulièrement favorable.

Mariam Kemple Hardy, directrice des campagnes mondiales à l’ONG Oil Change International, a réagi à cette séquence. « Cette situation nous rappelle que la dépendance aux énergies fossiles rend nos économies plus volatiles », a-t-elle déclaré. Son organisation plaide pour « accélérer l’abandon des énergies fossiles (…) pour construire un avenir stable et en paix. »

TotalEnergies profits crise pétrolière : cette séquence de mars 2026 illustre comment une crise géopolitique majeure peut se transformer en opportunité commerciale sans précédent, pour un acteur disposant de capacités de négoce intégrées et d’une présence directe dans la région.

Source : Agence France-Presse

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