La campagne présidentielle au Nigeria s’ouvre mercredi, cinq mois avant le scrutin de janvier. L’inflation, les réformes économiques du président Bola Tinubu et l’insécurité s’annoncent comme les principaux sujets de débat. Le pays le plus peuplé d’Afrique aborde ce rendez-vous avec une opposition éclatée.
Campagne présidentielle au Nigeria : le coup d’envoi est donné
La campagne présidentielle au Nigeria démarre mercredi. Le scrutin se tiendra en janvier, cinq mois plus tard. Trois sujets s’imposent déjà : l’inflation, les réformes économiques du président Bola Tinubu et l’insécurité.
Le pays compte quelque 240 millions d’habitants. Il reste le plus peuplé du continent africain. Plusieurs années de turbulences économiques pèsent encore sur sa population.
Les violences de divers groupes armés compliquent la donne. L’éclatement de l’opposition, lui, pourrait offrir la victoire à Bola Tinubu. Le chef de l’État brigue un second mandat.
Le calendrier resserre les enjeux. Cinq mois séparent l’ouverture de la campagne du vote de janvier. Les candidats disposent donc d’une fenêtre courte pour imposer leurs thèmes.
Afolabi Adekaiyaoja signe la newsletter politique The Bellwether. Cet analyste tranche : « L’économie est le principal enjeu. C’est le seul sujet qui touche différentes régions du pays et qui continue d’avoir des répercussions sur les questions de sécurité et de développement ».
Les réformes de Bola Tinubu au cœur du bilan
Élu en 2023, Tinubu a 74 ans. Il a consacré son premier mandat à des réformes économiques ambitieuses. Ces mesures structurent aujourd’hui le débat national.
La plus lourde a visé une coûteuse subvention aux carburants. Ce dispositif maintenait artificiellement bas les prix à l’essence depuis des décennies. Le Nigeria reste pourtant le premier producteur de pétrole d’Afrique.
Économistes et investisseurs ont salué ces réformes. Elles ont toutefois provoqué une crise du coût de la vie. Le naira s’est déprécié et l’inflation a bondi jusqu’à 34%.
Le reflux existe, mais il reste partiel. L’inflation globale est retombée à 15,4% en juillet. Ce chiffre nourrit désormais les arguments des deux camps.
La suppression de la subvention a joué un rôle central dans cette séquence. Elle a mis fin à des décennies de prix administrés à la pompe. Son coût pour les finances publiques justifiait la décision.
La pauvreté a progressé depuis 2019
Cette situation a aussi contribué à augmenter la pauvreté. En 2025, 61% de la population vivait sous le seuil de pauvreté au Nigeria, selon la Banque mondiale. Ils n’étaient que 40% en 2019.
L’écart mesure l’ampleur du choc social. Six ans ont suffi pour faire basculer une part croissante des Nigérians. Le pouvoir d’achat s’installe donc en tête des préoccupations.
Ce basculement traverse toutes les régions. Il alimente aussi le débat sur la sécurité et le développement, comme le souligne Afolabi Adekaiyaoja. Aucun autre sujet ne produit un tel effet d’entraînement.
Insécurité et divisions : le contexte de la campagne présidentielle au Nigeria
Le pays affronte plusieurs crises sécuritaires simultanées. Des groupes jihadistes opèrent sur son territoire. Des gangs criminels armés, appelés localement « bandits », y prospèrent également.
D’autres foyers de violence s’ajoutent à ce tableau. Agriculteurs et éleveurs s’affrontent pour l’accès aux terres. Un conflit séparatiste persiste par ailleurs dans le sud-est.
Ladd Serwat suit l’Afrique comme analyste au sein de l’ONG ACLED. Selon lui, les violences augmentent depuis 2024, en raison notamment de « l’expansion et de l’intensification du banditisme armé dans le nord et le centre du Nigeria ».
Le spécialiste cite aussi la recrudescence des affrontements dans l’État de Borno. Cette région demeure l’épicentre de l’insurrection jihadiste. Sécurité et développement se répondent donc en permanence.
La géographie des violences complique la campagne. Le nord et le centre subissent la poussée du banditisme armé. Le sud-est vit au rythme d’un conflit séparatiste qui dure.
Une opposition empêtrée dans ses querelles
Afolabi Adekaiyaoja pointe la faiblesse des adversaires du chef de l’État. « L’opposition a été trop empêtrée dans des querelles internes et des problèmes judiciaires pour réellement faire valoir ses différences », juge-t-il.
Tinubu passe pour l’un des politiciens les plus habiles du Nigeria. Son parti, le Congrès des progressistes (APC), contrôle l’Assemblée nationale. La formation détient aussi 31 des 36 postes de gouverneur, qui disposent de pouvoirs importants.
Ce maillage territorial pèse lourd dans une campagne nationale. Les gouverneurs mobilisent les appareils locaux. Leur poids dépasse la seule arithmétique parlementaire.
Un scrutin qui rejoue en partie 2023
La présidentielle de 2027 au Nigeria rejouera en partie le scrutin de 2023. Bola Tinubu retrouve deux rivaux connus. L’ancien gouverneur Peter Obi, 65 ans, et l’ancien vice-président Atiku Abubakar se présentent de nouveau.
Les résultats précédents éclairent ce rapport de force. Tinubu avait remporté l’élection avec 36,6% des voix. Abubakar avait réuni 29% des suffrages, contre 25% pour Obi.
Aucun candidat n’avait alors dépassé les 40%. Le vote s’était fragmenté entre plusieurs prétendants. Cette dispersion avait profité au candidat de l’APC.
Un ralliement modifie toutefois l’équation. Rabiu Kwankwaso avait obtenu environ 6% des voix. Il s’est allié cette fois-ci à Obi pour être son vice-président.
Réactions : les électeurs entre coût de la vie et peur
Afolayan Abdullahi vit à Lagos. Ce fonctionnaire de 42 ans dit avoir l’intention de voter pour Tinubu. « Pour moi, les principales préoccupations sont l’économie et le coût de la vie », déclare-t-il.
À Abuja, Becky Alegbe tient un tout autre discours. Cette vendeuse ambulante de 28 ans décrit un pays sous pression. « Le Nigeria n’est pas sûr : terroristes, kidnappeurs, bandits, ils sont partout », témoigne-t-elle.
Son cas illustre les obstacles concrets au vote. La jeune femme est inscrite sur les listes électorales de son village natal, dans l’État d’Edo. Elle indique ne pas vouloir « prendre le risque de faire le voyage ».
Deux autres freins pèsent sur sa décision. Le coût des transports a quintuplé. L’achat de voix, qui a entaché les précédentes élections, l’inquiète également.
Ces obstacles touchent une électrice inscrite. Ils rappellent le poids des contraintes matérielles dans un scrutin national. Le déplacement vers le bureau de vote devient parfois un calcul économique.
Ces témoignages recoupent le diagnostic des analystes. Économie et sécurité avancent ensemble. Aucun des deux sujets ne s’efface derrière l’autre.
Campagne présidentielle au Nigeria : conséquences et suite attendue
La participation figure parmi les inconnues du scrutin. Elle n’avait atteint que 27% en 2023. Les craintes de violences et le coût des déplacements pèsent sur la mobilisation.
Le calendrier laisse cinq mois aux candidats. Chaque camp devra convaincre sur l’inflation, les réformes et l’insécurité. Ces trois thèmes s’annoncent comme les principaux sujets de débat.
Tinubu défendra un bilan économique contesté, mais salué par les économistes et les investisseurs. Ses adversaires partiront divisés, malgré l’alliance nouée entre Obi et Kwankwaso. L’éclatement de l’opposition reste l’un des ressorts majeurs de la séquence.
La campagne présidentielle au Nigeria s’ouvre donc sur une équation connue. Un pouvoir sortant solidement installé fait face à des oppositions fragmentées. Les 240 millions d’habitants du pays attendent surtout des réponses sur le coût de la vie et la sécurité.
Source : Agence France-Presse











