Le terrorisme juif en Cisjordanie franchit un seuil sans précédent depuis le déclenchement de la guerre entre Israël et l’Iran, le 28 février 2026. Six Palestiniens ont été tués en un mois par des colons extrémistes, dépassant déjà le bilan annuel que l’ONU avait établi pour 2024. Militaires, politiques et experts israéliens s’accordent sur un constat alarmant : les auteurs agissent en toute impunité.
Le terrorisme juif en Cisjordanie s’emballe depuis le 28 février
Les violences de colons israéliens contre des Palestiniens en Cisjordanie ne sont pas un phénomène récent. Elles se perpétuent depuis des années, souvent dans une indifférence quasi générale. Mais depuis le 28 février 2026 et l’entrée en guerre d’Israël contre l’Iran, leur ampleur a franchi un seuil critique.
Réem Cohen, chercheur à l’Institut pour les études de sécurité nationale (INSS) de Tel-Aviv et auteur d’un rapport sur la question, l’affirme dans un entretien accordé à l’AFP. Il constate une « augmentation des actes de terrorisme juif depuis le début de la guerre avec l’Iran » ainsi qu’une hausse de « la gravité des actes ».
Sa conclusion transforme la lecture de la situation : ce qui relevait autrefois « d’événements marginaux et locaux » est devenu « un phénomène étendu, lié à la lutte pour le contrôle du territoire et à l’effort pour déloger la population palestinienne ».
Cette brutalité croissante a contraint des voix habituellement discrètes à se prononcer. Des rabbins influents, des dirigeants issus des colonies elles-mêmes, ont pris position publiquement. Le phénomène n’est plus seulement dénoncé par l’opposition ou les organisations non gouvernementales.
Six morts en un mois : un bilan qui dépasse déjà celui de toute l’année 2024
Les chiffres illustrent la brutalité du tournant. Depuis début mars 2026, des colons extrémistes ont tué au moins six Palestiniens en Cisjordanie. Pour l’ensemble de l’année 2024, l’ONU n’en avait recensé que cinq.
Les attaques sont fréquemment filmées. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux — parfois publiées par les agresseurs eux-mêmes — montrent des centaines de jeunes hommes, souvent cagoulés, armés de bâtons et d’armes automatiques, pénétrant dans des villages palestiniens. Maisons incendiées, oliviers coupés, moutons tués : les tirs à balles réelles se multiplient.
Ces groupes opèrent principalement autour de Naplouse au nord et d’Hébron au sud. Yediot Aharonot, quotidien israélien influent, les a récemment qualifiés de « barbares des collines » dans une enquête approfondie consacrée à leur organisation.
Depuis le 7 octobre 2023, les colons ont créé plus de 175 fermes et avant-postes de colonisation en Cisjordanie, selon l’ONG israélienne anticolonisation La Paix Maintenant. Bien que non reconnus par la loi israélienne, ils bénéficient, selon cette organisation, du soutien des autorités et de la protection de l’armée. Leur prolifération nourrit directement la dynamique des violences.
L’impunité judiciaire est massive et documentée. Selon l’INSS, « 90 % des affaires de violences de colons en Cisjordanie sont classées sans inculpation ». Des soldats y participent parfois, selon la même source.
Une occupation durcie depuis l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir
Israël occupe la Cisjordanie depuis 1967. Hormis Jérusalem-Est, plus de 500 000 Israéliens y vivent dans des colonies jugées illégales par l’ONU, au milieu d’environ trois millions de Palestiniens.
La colonisation s’est poursuivie sous tous les gouvernements israéliens successifs. Elle s’est nettement accélérée à partir de fin 2022, avec l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir dans le cadre d’une alliance avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu. L’attaque du Hamas du 7 octobre 2023 a encore intensifié ce mouvement.
Dans les années 2000, au lendemain de la Seconde Intifada, des colons radicaux surnommés les « jeunes des collines » pratiquaient la politique du « prix à payer ». Ils visaient des Palestiniens au hasard après chaque attentat anti-israélien. Depuis le 7-Octobre, ces violences sont devenues quasi-quotidiennes.
Le noyau dur de ce mouvement rejette toute autorité étatique et porte une vision théocratique. Sa priorité est d’imposer la souveraineté juive sur la Cisjordanie par tous les moyens.
Sur le plan judiciaire, la situation s’est dégradée. En 2024, le ministre de la Défense Israël Katz a annulé la détention administrative pour les suspects israéliens en Cisjordanie. Cette mesure permettait une garde à vue quasi illimitée.
Réem Cohen est direct : le gouvernement et les forces de sécurité « ne réagissent pas de manière déterminée » face à ces crimes. Cette inaction alimente directement l’escalade.
Terrorisme juif en Cisjordanie : militaires, opposants et experts dénoncent l’inaction
Les critiques traversent l’ensemble du spectre politique et institutionnel. Des rabbins, des dirigeants de colonies et jusqu’au chef d’état-major israélien ont pris publiquement position contre ces violences.
Le lieutenant-général Eyal Zamir, chef d’état-major des forces armées, les a qualifiées de « moralement et éthiquement inacceptables ». Fin mars 2026, l’association Commandants pour la sécurité d’Israël a renforcé la pression.
Ce collectif regroupe 550 officiers supérieurs, généraux en retraite et anciens hauts responsables des services de sécurité. La lettre ouverte est adressée au général Zamir. Elle alerte sur le « danger stratégique » que représente le « terrorisme juif » pour la sécurité nationale.
Du côté de l’opposition, Yaïr Lapid a enjoint le gouvernement à « combattre le terrorisme juif par tous les moyens » en Cisjordanie. Yaïr Golan, chef de l’alliance de gauche Les Démocrates, est allé plus loin en mars.
Il accuse le gouvernement de « soutenir le terrorisme juif ». Selon lui, l’exécutif force l’armée à « éteindre des feux » qu’il a lui-même allumés. Le tout en pleine guerre contre l’Iran.
Réem Cohen désigne clairement les responsables au sein de l’exécutif. Ces violences se produisent « avec le soutien implicite de certains membres du gouvernement », dit-il. La référence vise explicitement deux ministres d’extrême droite : Itamar Ben Gvir (Sécurité nationale) et Bezalel Smotrich (Finances).
Terrorisme juif en Cisjordanie : un « danger stratégique » qui fragilise Israël en guerre
La pression internationale commence à peser. Plusieurs médias israéliens rapportent que Benjamin Netanyahu aurait exigé une action des forces de sécurité et de l’armée contre les colons violents. Cette demande aurait suivi le mécontentement exprimé publiquement par Washington le 27 mars 2026.
Pour l’INSS, l’enjeu dépasse le cadre de la Cisjordanie. Israël mène une guerre contre l’Iran. Simultanément, le gouvernement gère des violences internes qu’il ne maîtrise pas. Deux fronts ouverts en même temps.
L’association Commandants pour la sécurité d’Israël est directe dans sa lettre ouverte de fin mars. Ces violences ouvrent un second front intérieur. L’État ne parvient pas à le contrôler. En temps de guerre, cette fragilité devient une vulnérabilité stratégique.
La situation reste bloquée sur le plan judiciaire. Aucune réforme concrète n’est annoncée. Les dossiers s’accumulent et neuf sur dix se referment sans poursuites. Le terrorisme juif en Cisjordanie demeure, pour l’heure, un phénomène qui agit sans entraves réelles.
Source : Agence France-Presse
















