Alors que Kinshasa a accepté le principe d’un cessez-le-feu dans l’est de la République démocratique du Congo, Denis Mukwege met en garde. Selon le médecin et prix Nobel de la paix, après 30 ans de conflits récurrents, les précédents accords n’ont souvent été que des trêves temporaires. Ces trêves ont laissé la population congolaise dans une souffrance continue.
L’éventuel cessez-le-feu qui pourrait s’imposer dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) risque de n’être qu’une simple « trêve », a déploré dimanche dans un entretien à l’AFP le médecin congolais et prix Nobel de la paix Denis Mukwege.
« Je pense que cela risque de ressembler à une trêve, et on ne sait pas combien de temps va durer cette trêve. On a vu beaucoup de cessez-le-feu en République démocratique du Congo qui n’ont pas tenu longtemps », a déclaré M. Mukwege en marge de la réunion de Munich sur la sécurité (MSC).
« Cela fait 30 ans que nous avons des guerres récurrentes et à chaque fois il y a des cessez-le-feu, mais qui sont en fait tout simplement rompus après par les belligérants », a ajouté le Nobel de la paix 2018 récompensé pour sa lutte contre les violences sexuelles utilisées comme arme de guerre.
Kinshasa a annoncé vendredi avoir « accepté le principe » d’un cessez-le-feu dans l’est de la RDC, sans toutefois confirmer une date d’entrée en vigueur. Le groupe armé antigouvernemental M23, soutenu par le Rwanda et son armée, a dénoncé de son côté des « tentatives de manipulation » du gouvernement congolais.
En proie depuis plus de 30 ans à des violences
L’est congolais, riche en ressources naturelles et frontalier du Rwanda, est en proie depuis plus de 30 ans à des violences. Une demi-douzaine de cessez-le-feu et de trêves ont déjà été signés, puis systématiquement violés, depuis fin 2021 et la résurgence dans la région du M23.
« On a vu la limite de ces cessez-le-feu. Nous espérons que celui-ci sera le bon, puisqu’en tout cas la souffrance de la population congolaise est énorme », a dit M. Mukwege.
« Au lieu de prendre des solutions courtes il faut vraiment envisager la question dans sa globalité », a ajouté ce critique du pouvoir congolais, estimant que le pays a besoin d’un « dialogue national » pour régler son « problème de gouvernance ».
« Il y a une mauvaise gouvernance »
« Si aujourd’hui le Congo subit tout ce que nous subissons c’est tout simplement parce qu’il y a une mauvaise gouvernance. Et donc, si nous avions une bonne gouvernance, le Congo devrait être capable de protéger sa population, a-t-il affirmé. » « Le pays devrait aussi pouvoir gérer ses minerais, aujourd’hui exploités par de nombreux acteurs autour de la République démocratique du Congo. »
À Munich, où se sont réunis des décideurs du monde entier pour évoquer la sécurité, « on a parlé de la guerre du Congo ». « Mais pas beaucoup, et c’est dommage, car aujourd’hui nous faisons face à une crise humanitaire parmi les plus graves. » « Cette crise est complètement négligée », a-t-il ajouté.
© Agence France-Presse
















