Cinq ans après son défaut de paiement en pleine pandémie, la Zambie attire massivement les investisseurs. Portée par la demande mondiale en cuivre, elle suscite l’intérêt des grandes puissances, malgré de fortes inquiétudes sociales et environnementales.
Cinq ans après avoir fait défaut sur sa dette extérieure au plus fort du Covid-19, la Zambie connaît un spectaculaire retournement de situation. Le pays est désormais courtisé pour ses vastes réserves de cuivre ou encore « or rouge » , devenu un métal stratégique dans la transition énergétique et numérique mondiale.
Tripler la production pour atteindre 890 000 tonnes par an
La course à l’intelligence artificielle, aux énergies renouvelables et aux industries de défense a fortement stimulé la demande. Le cuivre est indispensable aux réseaux électriques, aux centres de données, aux panneaux solaires et aux véhicules électriques. Dans ce contexte, la Chine, les États-Unis, le Canada, plusieurs pays européens, l’Inde et les États du Golfe cherchent à sécuriser leurs approvisionnements. Leurs rivalités géopolitiques se traduisent par une compétition accrue pour l’accès au cuivre zambien.
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« Les investisseurs sont de retour », a déclaré le président Hakainde Hichilema lors du Mining Indaba, grande conférence minière organisée au Cap, en Afrique du Sud. Selon lui, plus de 12 milliards de dollars ont été investis dans le secteur depuis 2022.
Politiquement stable depuis la transition pacifique de 2021, la Zambie est le deuxième producteur africain de cuivre derrière la République démocratique du Congo, et le huitième au monde selon l’Institut d’études géologiques des États-Unis. Le cuivre représente environ 15 % du PIB et plus de 70 % des recettes d’exportation du pays.
La production a progressé de 8 % l’an dernier et le gouvernement ambitionne de la tripler pour atteindre 890 000 tonnes par an d’ici dix ans. Le secteur minier soutient une croissance que le Fonds monétaire international prévoit à 5,8 % cette année, plaçant la Zambie parmi les économies les plus dynamiques du continent.
Mais cette expansion rapide d’une industrie très polluante suscite des mises en garde. Des experts redoutent un modèle exclusivement extractif, sans réelle transformation locale ni création de valeur ajoutée sur place.
Enrichissement des élites au détriment des populations
« Il faut avoir en tête que l’histoire peut se répéter », avertit Daniel Litvin, fondateur du groupe britannique Resource Resolutions. Il fait référence à la ruée coloniale sur les ressources africaines et au risque d’un enrichissement des élites au détriment des populations.
Les entreprises chinoises dominent historiquement le secteur minier zambien, avec des participations majeures dans plusieurs mines et fonderies. Le groupe canadien First Quantum Minerals figure également parmi les acteurs clés et reste l’un des principaux contributeurs fiscaux du pays. Les investisseurs indiens et du Golfe étendent leur présence, tandis que les États-Unis reviennent après des décennies de retrait.
Washington a récemment lancé le projet « Vault », une initiative public-privé de 12 milliards de dollars destinée à sécuriser les matières premières stratégiques et à réduire sa dépendance vis-à-vis de la Chine. Les droits de douane américains ont par ailleurs contribué à propulser les prix du cuivre à des niveaux record, les entreprises se ruant sur les stocks disponibles.
Pour Deprose Muchena, responsable de programme à l’Open Society Foundation, le risque est que cette compétition mondiale serve d’abord les marchés. Selon lui, elle pourrait se faire au détriment des populations des pays producteurs.
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Abondance de ses ressources, seuil de pauvreté élevé
Malgré l’abondance de ses ressources, plus de 70 % des 21 millions d’habitants vivent sous le seuil de pauvreté, selon la Banque mondiale. Les dégâts environnementaux liés à l’exploitation minière affectent depuis longtemps la ceinture de cuivre zambienne.
En février 2025, des millions de litres de déchets acides se sont déversés dans la nature après la rupture d’un bassin de résidus près de Kitwe. Des polluants ont atteint un affluent du fleuve Kafue, source majeure d’eau potable. Des agriculteurs ont engagé une action en justice pour obtenir des indemnisations massives.
Comme le souligne l’Agence France-Presse (AFP), la question centrale reste celle de la gouvernance. Pour de nombreux observateurs, le défi consiste à faire en sorte que ce nouveau boom minier bénéficie réellement aux populations locales et ne se limite pas à sécuriser les chaînes d’approvisionnement mondiales.
















