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Eto’o, Mbappé et le Ballon d’Or : la bénédiction refusée au fils du pays

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Samuel Eto’o, Mbappé et le Ballon d’Or : le Cameroun ne vote pas, mais il regarde. Aucun Camerounais ne désignera le lauréat. Pourtant, un message publié ce vendredi par Samuel Eto’o a touché une corde sensible. Le président de la FECAFOOT a apporté son soutien public à Lamine Yamal. Quelques jours plus tôt, Kylian Mbappé, fils d’un Camerounais, avait parlé de ses racines. La question n’est pas de savoir qui mérite le trophée. Elle est de comprendre pourquoi la maison n’a pas béni son enfant.

Ce que Mbappé a dit à RFI

Dans un entretien diffusé le 22 septembre, Mbappé affirme avoir toujours reçu une éducation marquée par la culture africaine, même s’il est né en France et y a tout fait. Il assure n’avoir jamais coupé le lien avec ses racines.

Mbappé ne revendique pas une Afrique abstraite. Il nomme sa filiation. Il porte le nom de son père, Wilfried Mbappé Lottin, et ce nom vient du Cameroun. Pendant la CAN 2025, il a d’ailleurs assisté à Marrakech au match décisif entre la Côte d’Ivoire et le Cameroun, pays d’origine de son père.

Djébalé, la bénédiction déjà reçue

En juillet 2023, Mbappé a passé trois jours au pays de son père. À Djébalé, le chef du village et les notables l’ont accueilli pour des cérémonies traditionnelles. Il est entré dans la case sacrée, réservée aux rites et aux bénédictions, et en est ressorti vêtu des habits que portent les Djébalé, peuple sawa, lors des événements heureux.

Ce jour-là, le village a reconnu son fils. Le fils, lui, n’est pas reparti les mains vides.

Un fils qui investit chez lui

L’école primaire de Djébalé, construite en 1933, tombait en ruine. Mbappé l’a fait entièrement rénover et agrandir. À Douala, sa fondation a achevé en mars 2026 la rénovation complète de l’école de Bonendale, fréquentée chaque jour par des enfants du village venus en pirogue. À Yaoundé, elle a réhabilité une école pour enfants sourds et malentendants. Au total, plus d’un million de dollars ont été investis dans l’éducation au Cameroun.

Ces chantiers ont commencé bien avant la course au Ballon d’Or. Un homme qui construit des écoles sur la terre de son père ne cherche pas de voix. Il rend ce qu’il a reçu.

Ce qu’Eto’o a écrit

Samuel Eto’o a choisi une autre voie. Sur ses réseaux sociaux, il qualifie Lamine Yamal de « Ballon d’or de nos cœurs ». Il le compare à Ousmane Dembélé, lauréat 2025, et l’encourage à continuer de faire rêver.

Le registre n’a rien de technique. Eto’o ne parle ni de buts ni de trophées. Il parle de cœur. Or le cœur de l’ancien buteur du FC Barcelone est allé vers le prodige du FC Barcelone.

Nous ne votons pas

Il faut dissiper un malentendu. Le Ballon d’Or est attribué par un jury de journalistes, et le verdict tombera le 26 octobre à Londres. Ni Eto’o ni l’opinion camerounaise ne pèsent sur le résultat.

L’enjeu est ailleurs. Mbappé ne réclame aucun favoritisme. Il présente son bilan et laisse le jury trancher. Ce qu’il attend des siens n’est pas une voix. C’est une présence.

La bénédiction, une institution africaine

En Afrique, on ne renie pas son sang. Un homme ne grandit pas seul. Dans la joie comme dans l’épreuve, il cherche la bénédiction des siens. Avant un examen, un voyage, un mariage ou une compétition, la parole des aînés accompagne celui qui part. Elle ne garantit pas la victoire. Elle dit que la famille se tient derrière lui, quoi qu’il arrive.

Au Cameroun, la filiation fait le fils du pays. Le choix de la sélection française ne dissout pas ce lien.

Dans cette logique, l’aîné ne tourne pas publiquement le dos à un enfant de la maison pour célébrer l’enfant d’une autre. Même s’il a une préférence, la bienséance lui commande la retenue ou le soutien de principe. Exposer ce désaccord devant tous, c’est laisser croire que la famille est divisée.

La FECAFOOT n’est pas la CAF

Certains objecteront que Lamine Yamal est lui aussi africain, par son père marocain et sa mère équato-guinéenne. L’argument ne tient pas. Samuel Eto’o ne préside pas la Confédération africaine de football. Il préside la Fédération camerounaise, institution de tous les Camerounais.

Son mandat est national. Sa légitimité vient des Camerounais. Sa solidarité s’exerce d’abord envers eux et envers ceux que la société camerounaise reconnaît comme siens. Charité bien ordonnée commence par soi-même.

Eto’o s’est exprimé sur ses comptes personnels, dira-t-on. Mais dans l’espace public camerounais, la fonction ne se dépose pas au vestiaire. La parole du président de la FECAFOOT est lue comme la parole de la FECAFOOT.

2023, la blessure mal adressée

La visite de 2023 éclaire peut-être le geste d’Eto’o. Selon Jeune Afrique, les organisateurs de la visite n’avaient convié ni le président de la FECAFOOT ni Roger Milla à rencontrer Mbappé, qui multipliait en revanche les visites chez Franck Biya, fils du chef de l’État.

Un circuit tracé d’avance

Les faits dessinent un parcours précis. À Yaoundé, Mbappé a logé au Village Noah et disputé un match avec le Vent d’Etoudi, club présidé par Yannick Noah. Il s’est entretenu avec le Premier ministre Joseph Dion Ngute de projets d’aide à l’enfance. Selon Jeune Afrique, le séjour avait été préparé par sa mère, Fayza Lamari, via la fondation qui servait de relais avec l’entourage de Noah, lui-même fortement soutenu par Franck Biya.

Tout indique que l’organisation locale a été confiée à ce cercle. Les étapes de Yaoundé se sont concentrées entre les installations de Noah, l’entourage du fils du président et le gouvernement. Ce circuit a tenu le football institutionnel à l’écart.

Une rancœur qui se trompe de cible

Pour un homme qui fut pendant deux décennies le visage du football camerounais, être ignoré sur son propre sol a pu laisser une trace. C’est une hypothèse, pas un fait établi. Eto’o n’est d’ailleurs pas hostile à la famille Mbappé. En janvier 2026, il saluait les qualités d’Ethan, le frère cadet.

Mais si cette blessure existe, elle ne vise pas le bon destinataire. Mbappé était l’invité, pas l’ordonnateur du protocole. Une institution ne règle pas ses comptes trois ans plus tard sur le dos d’un fils du pays.

L’objection de l’opération électorale

Une partie de la presse voit dans l’entretien à RFI une manœuvre. Afrik-Foot reconnaît que Mbappé n’a pas attendu sa candidature pour revendiquer ses origines, mais juge le moment troublant, l’Afrique pesant 20 % des voix.

L’objection manque sa cible. Les journalistes africains votent selon leurs propres critères. Les siens n’adressent pas leur bénédiction aux votants. Ils l’adressent à l’homme.

La visite de 2023, les écoles de Djébalé et de Bonendale, la présence à la CAN, tout cela précède la campagne.

Ce qu’aurait dit une parole conforme à la fonction

Le président de la FECAFOOT disposait de deux options. Il pouvait se taire, au nom de la neutralité institutionnelle. Samuel Eto’o pouvait aussi adresser ses vœux au fils du pays, sans rien retirer au mérite des autres candidats. Il a choisi une troisième voie, celle de l’affect personnel, exprimée depuis la place qu’il occupe au nom de tous.

Le verdict du 26 octobre appartient au jury. Celui de la maison est déjà connu. Le village de Djébalé a béni son fils. L’institution qui incarne le football camerounais ne l’a pas fait.

John Lawson – Décryptage politique Cameroun

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