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Contrôle du groupe Castel : la justice singapourienne tranche vendredi

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La bataille pour le contrôle du groupe Castel arrive devant la Haute Cour de Singapour, qui doit rendre sa décision vendredi. D’un côté se trouve la famille du fondateur, Pierre Castel, âgé de 99 ans. De l’autre, l’actuelle direction menée par Gregory Clerc. C’est l’avenir d’un empire du vin français et de la bière africaine qui se joue.

Contrôle du groupe Castel : ce que doit décider Singapour

Les juges singapouriens doivent décider qui tiendra les commandes d’Investment Beverage Business Management (IBBM). Cette entité, installée dans la cité-État, contrôle la holding de tête du groupe, IBBF.

Deux options s’offrent aux juges. Ils peuvent conforter le Suisse Gregory Clerc, directeur général depuis 2023. Ils peuvent aussi donner raison à Romy Castel, fille unique du fondateur, et à Alain Castel, neveu de ce dernier et patron de la puissante filiale de vin.

La décision est attendue après des mois de « turbulences ». Le litige, né fin 2025, s’est depuis transformé en un bras de fer sans merci mené dans plusieurs pays.

Un géant fondé à Bordeaux en 1949

Le groupe au cœur de cette lutte n’a rien d’une entreprise modeste. Pierre Castel l’a fondé à Bordeaux en 1949.

Il compte aujourd’hui 40 000 employés. Son chiffre d’affaires atteignait 6,5 milliards d’euros en 2024.

Son portefeuille réunit des marques comme Baron de Lestac, Roche Mazet, Listel ou encore Maison Nicolas. C’est cet ensemble que les deux camps se disputent désormais.

Les étapes d’un conflit qui s’est durci

Le différend est apparu fin 2025. Il s’est cristallisé en janvier, lors de l’assemblée générale de l’une des principales structures du groupe.

Toujours fin 2025, Alain Castel a été écarté du conseil d’administration de DF Holding. Cette société luxembourgeoise, dirigée par Gregory Clerc, chapeaute les trois grandes entités opérationnelles du groupe.

Il s’agit de Castel Vins, de Castel Afrique et de Somdia, la filiale agro-industrielle.

L’assemblée générale de février

En février, une assemblée générale d’IBBM a viré au règlement de comptes. Romy et Alain Castel ont tenté d’y évincer Gregory Clerc.

Le directeur général a contesté la validité du vote. La justice singapourienne a alors été saisie.

Elle a suspendu Gregory Clerc de ses fonctions d’administrateur d’IBBM, à titre provisoire. Cette mesure court jusqu’à la décision attendue vendredi.

Romy Castel écartée à son tour

Le conflit s’est envenimé au fil des mois. Romy Castel a elle aussi été démise des conseils d’administration de Castel Vins et de Somdia.

Motif de cette éviction : ses critiques sur la possible vente d’une filiale camerounaise. La fille du fondateur juge cette entité « essentielle » à la « vision » de son père.

Cette vision, selon elle, est celle d’un groupe intégré verticalement. La cession envisagée est ainsi devenue un nouveau point de friction.

Contrôle du groupe Castel : une gouvernance contestée

Au fond, les deux camps s’opposent sur la manière de gouverner le groupe. Depuis des mois, Romy et Alain Castel invoquent le droit de propriété.

Ils dénoncent une « crise de gouvernance ». Selon eux, l’entreprise a été « accaparée » par Gregory Clerc.

Le dirigeant suisse défend une tout autre lecture. Il affirme respecter « l’architecture » voulue « dès 1992 » par Pierre Castel, qui dissocie « détention du capital » et « gestion opérationnelle ».

Un fondateur âgé, une succession sous tension

Un bon connaisseur du secteur viticole bordelais résume la situation. « Il y a des turbulences parce que Pierre Castel est toujours en vie mais il est très âgé », observe-t-il.

Il ajoute : « Il a cédé les rênes de son entreprise à son avocat fiscaliste qui est devenu directeur général. Donc ça crée des tensions actionnariales. »

La menace d’un redressement fiscal

Un autre facteur alourdit le climat. Le groupe fait face à la menace d’un redressement fiscal en France.

Le montant se chiffre en plusieurs millions d’euros. Selon l’entreprise, il pourrait atteindre un milliard dans sa « fourchette haute ».

Un volet pénal ouvert dans trois pays

L’affrontement ne se limite plus au terrain commercial. Plusieurs plaintes pénales ont été déposées.

À Genève, Romy Castel a porté plainte contre Gregory Clerc pour « gestion déloyale » et « blanchiment d’argent ». Les faits visés remontent à la période où il était son avocat fiscaliste personnel.

Au Luxembourg, une plainte pour abus de biens sociaux vise également le dirigeant, en lien avec sa rémunération. Le parquet a toutefois estimé que cette question relevait du civil et non du pénal.

À Paris, enfin, une plainte a été déposée contre Gregory Clerc pour « recel d’abus de confiance ».

Romy Castel inculpée à Genève

La fille du fondateur est elle-même poursuivie. Résidente en Suisse, Romy Castel est « mise en prévention », c’est-à-dire inculpée, à Genève pour faux et usage de faux.

Gregory Clerc l’accuse d’avoir usurpé la signature de son père sur une procuration. Elle nie ces accusations.

Réactions et citations des deux camps

À quelques jours de la décision, les deux camps campent sur leurs positions. L’entourage de Romy Castel se dit serein.

« Chaque décision rendue à Singapour depuis février est allée dans le sens d’une reprise en main progressive et légitime de la gouvernance du groupe. « Nous abordons la prochaine étape avec la même sérénité », souligne-t-il.

En face, une source proche de la direction minimise la portée de l’échéance. « Il y a ceux qui travaillent à assurer la prospérité d’un groupe de 40 000 personnes et ceux qui font des communiqués de presse tous les jours », lance-t-elle.

La même source poursuit : « Cette décision ne constituera qu’une étape, loin d’avoir l’importance qui lui est prêtée. » Elle ajoute : « De nombreux verrous existent pour empêcher la prise de contrôle du groupe par une seule branche de la famille au préjudice de tous. »

Conséquences et suite attendue

La Haute Cour de Singapour doit se prononcer vendredi sur le sort d’IBBM. D’ici là, Gregory Clerc reste suspendu de son mandat d’administrateur de cette entité.

Romy Castel réclame son éviction définitive. En cascade, elle espère ensuite le démettre de DF Holding.

Un effet domino contesté

Ce scénario en cascade est loin de faire consensus. Des proches du dirigeant suisse contestent tout effet domino.

Leur argument tient à la structure de contrôle du groupe. La holding de tête est contrôlée par un trust, c’est-à-dire un tiers qui gère une société pour le compte de bénéficiaires.

Selon eux, ce trust serait en mesure d’ignorer les directives d’IBBM. À leurs yeux, une victoire judiciaire de la famille à Singapour ne suffirait donc pas à faire basculer l’ensemble du groupe.

Au-delà de Singapour, l’affaire a aussi donné lieu à des plaintes à Genève, au Luxembourg et à Paris. La décision de vendredi ne concerne, elle, que la gouvernance d’IBBM.

Source : Agence France-Presse

 

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