L’ancien sous-préfet Jean-Marie Tchakui a rejoint le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) depuis trois ans. Et il affirme, l’avoir fait de manière délibérée. Il a officialisé son adhésion lors d’un meeting politique tenu le week-end dernier dans son fief du département du Haut-Nkam. Un département de la région de l’Ouest Cameroun réputé frondeur.
Jean-Marie Tchakui Noundie a pris sa retraite en 2022. Tout juste un an après, il rejoignait les rangs du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC). Un parti politique de l’opposition particulièrement redouté par le pouvoir au Cameroun.
Et pour cause, depuis sa création en 2011, cette formation donne des insomnies au Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc). Le parti au pouvoir fondé depuis 1985 par le président Paul Biya et disposant d’un puissant encrage territorial.
C’est donc depuis trois ans que l’ancien sous-préfet de Douala 5ème et 1er compte parmi les militants du Mrc. Pourtant, ce n’est que le week-end dernier que l’ex-administrateur civil principal a officialisé son adhésion au parti de l’opposition.
Tout juste quelques semaines après la démission du président national et du premier vice-président de cette formation politique. Un choix stratégique ?
Un choix sans aucune contrainte
En tout état de cause, le nouveau cadre du Mrc affirme avoir opéré son choix de manière délibérée. Et donc sans aucune contrainte.
« Je le dis aujourd’hui haut et fort, nul ne m’a contraint. Les gens pensent qu’être opposant signifie être compromis ou à la solde de puissances étrangères. C’est faux. Vous croyez que si j’avais été avec eux, à mon âge, on m’aurait éjecté du système ? Regardez comment je me tiens encore debout », a-t-il lancé rétorquant aux éventuels détracteurs.
Par ailleurs, Jean-Marie Tchakui affirme assumer pleinement son engagement au profit d’un parti réputé faire ombrage au Rdpc. Et bousculer le parti de Paul Biya pour le faire sortir de sa zone de confort. D’ailleurs, l’ancien « chef de terre » dit être venu au Mrc pour donner le meilleur de lui-même.
Un parcours administratif singulier et intégre
Pour ce faire, il compte mettre à profit son expérience d’administrateur. Une expérience et un parcours qui ne sont pas des moindres. En effet, le désormais militant du Mrc se glorifie pour ce qui à son époque relevait d’un exploit exceptionnel. A savoir être muté successivement d’une unité administrative à l’autre du même département, le Wouri.
Et il était alors le premier sous-préfet à bénéficier de cette confiance sans précédent du chef de l’Etat. Dans une ville généralement réputée acquise à l’opposition. Et donc redoutée par le régime au pouvoir. Son passage à Douala 5ème et Douala 1er, dans la métropole économique camerounaise, avait duré cinq ans.
Et d’ailleurs l’ex-fonctionnaire qualifie lui-même ce moment de formateur. Et ajoute en outre avoir cultivé au cours de ces cinq années la rigueur et l’intégrité. Deux valeurs cardinales prônées par le président Biya au début de son long règne.
Un signal politique fort qui pourrait faire tache d’huile
« Je suis venu au MRC pour donner le meilleur de moi-même. Pour apporter mon expérience du terrain et du service de l’État au profit du changement », a-t-il déclaré.
Au Cameroun, la reconversion d’ex-administrateurs en militants du parti au pouvoir, au soir de leur retraite, est un fait banal. En revanche, il n’est pas courant qu’un ancien fonctionnaire retraité s’engage au profit d’un parti opposé au régime. C’est donc un choix osé qu’a fait Jean-Marie Tchakui Noundie.
Pourtant, ce risque pris peut être également perçu comme un signal. Et pour cause, au crépuscule de l’actuel régime au pouvoir, des surprises ne sont pas à exclure.
Rupture du devoir de réserve
En effet, d’autres supposés fidèles du système gouvernant pourraient à la longue emboîter le pas à l’ex-administrateur. Surtout dans un contexte d’incertitude quant à la capacité du Rdpc à survivre à la disparition de son président fondateur.
Ce ne serait pas trahir le devoir de réserve et l’obligation de neutralité. Car ces restrictions ne sont imposées qu’aux fonctionnaires de la territoriale encore en service.












