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Érosion côtière à Ayetoro : l’Atlantique engloutit un village de pêcheurs nigérian

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Érosion côtière à Ayetoro : l’océan Atlantique avale peu à peu ce village de pêcheurs du sud du Nigeria. Le littoral a reculé de 15,6 mètres par an entre 1987 et 2022, selon l’urbaniste Barnabas Ogirima James. Les habitants perdent leurs maisons, leur centre de santé et la scolarité de leurs enfants.

Érosion côtière à Ayetoro : un village avalé par l’Atlantique

Akingboye Thompson avance sur une étroite bande de sable. « Nous marchons sur les maisons des gens », lance ce pêcheur de 35 ans.

Sous ses pieds, des morceaux de bois et de tissus se mêlent au sable. Ces débris forment les ultimes vestiges d’habitations que les vagues ont emportées. Certaines ont disparu il y a plusieurs années, d’autres il y a quelques mois à peine.

Ayetoro appartient à l’État d’Ondo, dans le sud du Nigeria. Cette communauté de pêcheurs compte environ 10.000 habitants, selon son roi traditionnel. L’Atlantique, lui, gagne du terrain sans relâche.

Thompson connaît chaque mètre de cette bande de sable. Il sert d’assistant personnel au souverain et pêche pour vivre. Sa marche longe désormais des quartiers entiers passés sous l’eau.

Les experts observent une intensification progressive du phénomène depuis le début des années 2000. Le changement climatique nourrit cette avancée. L’océan emporte tout sur son passage.

Des chiffres qui mesurent l’avancée de l’océan

Une étude de l’urbaniste nigérian Barnabas Ogirima James chiffre le recul du trait de côte. Le littoral d’Ayetoro a perdu en moyenne 15,6 mètres par an entre 1987 et 2022.

D’autres travaux confirment la pression océanique. Une équipe de chercheurs a publié ses résultats dans la revue Scientific Reports en 2024. Le niveau de la mer monte actuellement d’environ 3,89 millimètres par an le long des côtes du golfe de Guinée.

Ce rythme dépasse d’environ 10,5% la moyenne mondiale. La région subit donc une élévation plus rapide qu’ailleurs. Les villages du littoral encaissent le choc en première ligne.

Ces mesures recoupent ce que les habitants constatent au quotidien. Les vagues avancent, les maisons cèdent, les repères disparaissent.

Oluwambe Ojagbohunmi, roi traditionnel d’Ayetoro, documente cette transformation depuis des années. « J’ai pris cette photo il y a 14 ans. Aujourd’hui, si vous vous placez à l’endroit même où je me tenais, vous verrez qu’il n’y a plus de bâtiments », explique-t-il à l’AFP.

Le souverain parle au pied de son palais, dont l’eau inonde en grande partie le rez-de-chaussée. Derrière lui, les fondations d’un pylône de télécommunications piqueté d’antennes paraboliques baignent dans l’eau.

Les habitants brandissent d’anciens clichés. Sur ces images, le pylône se dressait encore sur la terre ferme. Plusieurs maisons l’entouraient, toutes englouties depuis.

« Mon palais comptait autrefois 100 pièces. Il n’en reste qu’une douzaine environ », indique le roi. « C’est notre terre, ici. Où pouvons-nous aller ? C’est compliqué », soupire-t-il.

Ayetoro, une communauté fondée en 1947

Un groupe de chrétiens a fondé Ayetoro en 1947. Ces pionniers voulaient bâtir une société reposant sur la mise en commun des biens, inspirée du communisme. Le village porte depuis le surnom de « The Happy Place ».

Environ 10.000 personnes y vivent aujourd’hui, selon le roi. Des maisons de bois et de tôle bordent des rues jonchées de déchets en plastique. Des passerelles surélevées relient souvent les habitations entre elles.

En avril, une tempête a fait monter les eaux. Les occupants du palais n’ont pas pu sortir pendant une semaine entière, selon M. Ojagbohunmi et des habitants.

Un tel épisode illustre la vulnérabilité du site. Le village construit, répare, puis subit une nouvelle poussée de l’océan. Les passerelles remplacent peu à peu le sol ferme.

La menace dépasse largement Ayetoro. Le Nigeria compte 850 kilomètres de littoral. Oluwasegun Babatunde Esan, chercheur en architecture du paysage à l’Université de Lagos et collaborateur de l’université américaine de Harvard, redoute une poursuite de l’érosion.

Ce spécialiste pointe deux facteurs : la pression foncière et les activités polluantes. Une réglementation plus stricte s’impose, estime-t-il. « Il existe une demande croissante de terrains, que ce soit pour construire des logements ou pour des activités industrielles », explique-t-il.

M. Esan recommande également des barrières naturelles. Les mangroves et les cocotiers peuvent freiner l’érosion.

Sa mise en garde vaut pour l’ensemble de la façade maritime nigériane. Sans encadrement renforcé, le grignotage du littoral se poursuivra.

Érosion côtière à Ayetoro : les habitants racontent leurs pertes

Akingboye Thompson a perdu la maison de son père en 2019. « Je suis devenu un réfugié dans ma propre communauté depuis que j’ai perdu la maison de mon père en 2019, envahie et détruite par l’océan. J’ai pu sauver uniquement mon diplôme universitaire », confie cet assistant personnel du roi, également pêcheur.

Les déménagements se répètent d’une famille à l’autre. « Certaines familles ont dû changer de maison trois fois ou plus à cause de la catastrophe que nous vivons », se désole-t-il.

Le roi et d’autres habitants interrogés par l’AFP affirment ne pas avoir été informés de décès par noyade jusqu’à présent. Joke Edawole décrit pourtant un drame personnel. « Cet océan m’a tellement pris, il a tué mon père », raconte à l’AFP cette vendeuse de poisson de 33 ans.

Son père est mort peu de temps après sa découverte, inconscient, dans l’eau. La montée des eaux laisse ainsi des traces bien au-delà des maisons perdues.

Chaque déménagement coûte du temps, de l’argent et des repères. Les familles reconstruisent, puis reculent encore. Le sable, lui, ne rend jamais ce qu’il a pris.

Conséquences : santé, école et avenir menacés

Des agences gouvernementales et des ONG ont livré des aides matérielles ponctuelles. Les habitants jugent ce soutien insuffisant.

Les services essentiels encaissent directement la montée des eaux. Soins et scolarité reculent au même rythme que le rivage.

Un centre de santé sous les eaux

L’unique centre de santé de la communauté subit lui aussi la montée des eaux. Omomiye Oluwaseum, 26 ans, y travaille comme soignante.

« Parfois, l’eau atteint le niveau des fenêtres et nous devons continuer à travailler. Nous devons aider les femmes à accoucher dans ces conditions. Nous n’avons pas le choix », décrit-elle.

Le personnel travaille donc les pieds dans l’eau. Des accouchements se déroulent malgré tout dans ces conditions.

Les inondations répétées gonflent la fréquentation du centre. « Les gens souffrent d’hypertension artérielle et de toutes sortes de maladies, de typhoïde, de diarrhée, à cause de l’eau qu’ils utilisent », détaille la soignante.

Une scolarité perturbée

Sunday Akinjoye, enseignant de 45 ans, constate un impact conséquent sur la scolarité des enfants. Les déplacements successifs désorganisent les apprentissages.

« Les écoles ont été déplacées plusieurs fois, tout comme leurs maisons. Psychologiquement, cela les affecte. Leur capacité de concentration pendant les heures de classe diminue considérablement », déplore-t-il.

Le roi, lui, ne voit aucune solution de repli. Sa communauté reste attachée à cette terre menacée, faute d’alternative.

L’avenir de plusieurs générations s’assombrit donc en même temps. L’Atlantique, lui, continue de gagner du terrain.

Source : Agence France-Presse

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