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Malawi et Zimbabwe : Traumatisme et misère pour les déplacés de retour au pays

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Chassés d’Afrique du Sud par une violente vague de xénophobie.  Des milliers de Malawites et de Zimbabwéens rentrent chez eux totalement démunis. Aujourd’hui plongés dans l’incertitude. Ils confient leur détresse et leur angoisse face à un avenir qu’ils doivent entièrement reconstruire.

Pour Ahamadi Assani, 33 ans, interrogé par l’AFP dans son petit village de M’namba. Sur les rives du lac Malawi. Tout a basculé lorsqu’un groupe de Sud-Africains a attaqué l’immeuble dans lequel il vivait. A Pietermaritzburg (est), forçant les portes et frappant les résidents.

Cela faisait déjà plusieurs jours que « nous nous cachions chez nous.  Car nous craignions pour nos vies ».

Assani est parvenu à échapper aux assaillants. Mais il affirme que deux compatriotes furent tués ce jour-là. La police sud-africaine faisant état de la mort d’un Malawite dans cette ville, à ce jour.

« C’est l’une des expériences les plus douloureuses et traumatisantes auxquelles j’aie jamais assisté. »

Menaces, intimidations, violences physiques et discours xénophobes ont accompagné ces derniers mois. Une campagne menée par des groupes citoyens exigeant le départ de tous les sans-papiers d’Afrique du Sud.

Quelque 25.000 étrangers ont d’ores et déjà quitté le pays. Et sont rentrés chez eux au Malawi, Zimbabwe, Mozambique, Ghana ou encore Nigeria.

Après s’être réfugié dans un camp de fortune, dormant à même le sol pendant plusieurs jours. Assani a été rapatrié par bus au Malawi.

« Nous sommes revenus les mains vides ». Déplore le jeune homme, l’un des quinze habitants à être revenus à M’namba. Dans le district de Salima, à 120 kilomètres à l’est de la capitale Lilongwe.

Afrique du Sud : milliers de Malawites entassés espèrent retour

Parti un an auparavant, pour échapper au chômage et à la pauvreté. Il avait trouvé un petit boulot dans une échoppe tenue par un Éthiopien.

« Je pouvais payer mon loyer. Envoyer de l’argent aux proches restés au pays. Et payer la scolarité de mes enfants », raconte-t-il.

Même s’il est pour l’instant sans travail. Sa décision est prise: « Je ne retournerai jamais en Afrique du Sud, même si le calme revient. Je préfère en baver ici plutôt que d’affronter à nouveau ces horreurs » là-bas.

Le sentiment d’exclusion et l’hostilité

Twaibu Hussein, 31 ans, a refermé un chapitre de 10 ans d’existence à Durban (est) .Où il a travaillé comme tailleur, fabricant de meubles et plaquiste.

Depuis le début de l’année. L’ambiance a changé drastiquement, raconte-t-il.

« La xénophobie est devenue un réel défi. Même des policiers venaient sur les lieux de travail et emmenaient des gens dans les camps. Clairement, les étrangers n’étaient plus les bienvenus », témoigne-t-il.

Hussein a fait partie des quelque 10.000 étrangers, en majorité des compatriotes, qui se sont retrouvés dans un camp improvisé à Durban en attendant plusieurs jours, dans des conditions très précaires, de pouvoir embarquer dans un bus affrété par le Malawi.

Les disputes y étaient nombreuses entre déplacés jouant des coudes pour se faire enregistrer et « quand finalement tu obtiens ton ticket, c’est un vrai miracle », dit-il.

Afrique du Sud : Cinq choses sur les manifestations antimigrants

Insomnies et détresse

Au Zimbabwe, Takesure Nyawo a lui aussi pris la route de l’exode et passe désormais ses journées à discuter avec d’autres chômeurs dans sa cité-dortoir de Chitungwiza, au sud de la capitale Harare.

« Je ne dors pas », lâche l’homme de 45 ans, père de trois enfants, miné par l’angoisse de ne pas retrouver un revenu.

En Afrique du Sud, dans un township de la province du KwaZulu-Natal, qui abrite Durban, il travaillait à son compte comme charpentier.

Le 13 juin, un groupe de jeunes est venu chez lui et lui a intimé l’ordre de partir.

« Ils ont commencé à prendre mes affaires. Le frigo, la télé et puis mes outils. »

« Quand ils sont revenus pour prendre le lit, je me suis enfermé à clé car ils étaient armés de longs couteaux« , poursuit-il.

« J’ai eu peur pour ma vie et celle de mes enfants » et le jour suivant, le temps de rassembler quelques effets personnels à la va-vite, il a fui avec femme et enfants, laissant derrière lui quelques meubles et les impayés de ses clients.

Xénophobie électorale et tensions sociales

Nyawo avait un permis de travail en bonne et due forme mais, assure-t-il, ce n’était pas suffisant dans le climat actuel.

« Ce n’est pas la police qui vient vérifier tes documents. Ce sont des habitants ordinaires et certains ne savent même pas lire. »

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La campagne de lutte contre l’immigration clandestine en Afrique du Sud a reçu le soutien de plusieurs partis politiques qui comptent capitaliser sur les sentiments antimigrants pour rallier des voix lors des élections locales de novembre.

Pour de nombreux observateurs, ces groupes ont fait de ces migrants sans-papiers les boucs émissaires des maux de la société sud-africaine: chômage de masse, criminalité galopante, trafics de drogue.

Un avis que partage Nyawo: « Quand nous aurons tous quitté l’Afrique du Sud, ils réaliseront que le problème ne vient pas de nous ».

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