pixel

Intégration des institutions kurdes : Mazloum Abdi acte la fin de l’autonomie en Syrie

Date:

Pages jaunes
Trans Afrique

L’intégration des institutions kurdes dans l’appareil d’État syrien est terminée. Mazloum Abdi, chef des Forces démocratiques syriennes, l’a annoncé jeudi à Qamichli. Cette étape sonne le glas des espoirs d’autonomie de la minorité kurde.

Intégration des institutions kurdes : l’annonce de Qamichli

Mazloum Abdi a pris la parole jeudi à Qamichli, dans le nord-est de la Syrie. Le chef des Forces démocratiques syriennes (FDS) s’exprimait en kurde, lors des célébrations du centenaire de la fondation de la ville.

« La phase d’intégration des institutions militaires, sécuritaires et administratives aux institutions nationales de l’État est achevée », a-t-il déclaré. Ces mots scellent la disparition d’un appareil autonome bâti pendant plus d’une décennie.

Le dirigeant kurde a aussitôt ouvert une autre séquence. « Nous entamons désormais une nouvelle phase », a-t-il assuré. Cette formule referme les espoirs d’autonomie de la minorité kurde.

Les FDS, composées en majorité de Kurdes, perdent ainsi leur existence séparée. Leurs institutions militaires, sécuritaires et administratives relèvent maintenant du cadre national.

Un accord de janvier appliqué mois après mois

L’annonce couronne des mois de négociations. Un accord conclu en janvier entre les Kurdes et les autorités islamistes prévoyait l’intégration complète des institutions dans l’appareil d’État.

Ces autorités avaient renversé le président Bachar al-Assad. Mazloum Abdi et le président Ahmad al-Chareh ont signé le texte après des affrontements entre combattants kurdes syriens et les forces des nouvelles autorités.

Ces combats ont coûté cher aux Kurdes. Ils ont perdu de vastes territoires du nord et du nord-est, riches en pétrole. Le repli les a confinés à des zones à majorité kurde, situées principalement dans la province d’Hassaké.

Le rapport de force a donc précédé la négociation. Les Kurdes ont ouvert les discussions après ces pertes territoriales, et non depuis une position dominante.

Des nominations et des transferts très concrets

Dans ce contexte de violences, Ahmad al-Chareh a signé en janvier un décret consacrant les droits nationaux des Kurdes. Le texte reconnaît le kurde comme langue nationale. Cette mesure reste sans précédent depuis l’indépendance de la Syrie en 1946.

Le mois suivant, le président a nommé Nour Eddine Ahmad Issa gouverneur de Hassaké. Ce Kurde vient de Qamichli.

En mars, Siban Hamo est devenu adjoint du ministre de la Défense pour la région orientale. Ce commandant militaire kurde occupait déjà un rang important dans le dispositif.

Les forces gouvernementales ont ensuite pénétré dans les villes de Hassaké et de Qamichli. Damas a pris en main la gestion de l’aéroport de Qamichli. La capitale contrôle également des champs pétroliers stratégiques.

Contexte : une autonomie née du chaos de 2011

La guerre civile a éclaté en Syrie en 2011. Les Kurdes ont profité du chaos pour bâtir une administration autonome dans le nord et le nord-est du pays.

Cette administration disposait de ses propres institutions civiles et militaires. Elle contrôlait des champs pétroliers et des terres fertiles. Ces ressources ont longtemps assuré son financement et son poids politique.

Les FDS ont ensuite gagné une stature internationale. Avec l’appui de la coalition menée par les États-Unis, elles ont vaincu le groupe jihadiste État islamique. L’organisation s’était emparée de vastes pans du territoire à partir de 2014.

La force comptait alors environ 100 000 combattants, selon Mazloum Abdi. Kurdes et Arabes en composaient les rangs.

Cette victoire a fondé la légitimité internationale des FDS. Elle a aussi ancré leur alliance avec la coalition dirigée par Washington.

Une minorité longtemps marginalisée

Les Kurdes représentent environ 15 % de la population totale du pays. Avant la guerre civile, ils ont longtemps souffert de marginalisation et de persécutions de la part des gouvernements syriens successifs.

Pendant des décennies, l’État leur a interdit d’enseigner leur langue. Les autorités prohibaient aussi leurs fêtes et leurs traditions. Des dizaines de milliers d’entre eux ont perdu leur nationalité.

Cette histoire pèse sur la séquence actuelle. Elle explique la valeur symbolique du décret signé en janvier par Ahmad al-Chareh.

Le centenaire de Qamichli offrait un cadre chargé de sens. La ville du nord-est incarne l’ancrage historique de la communauté kurde en Syrie.

Fin du soutien américain, effectifs divisés par deux

L’arrivée au pouvoir d’Ahmad al-Chareh a rebattu les cartes régionales. Washington est rapidement devenu un soutien essentiel du nouveau président et de ses efforts pour unifier le pays après des années de conflit.

Les Kurdes ont perdu la majeure partie des combattants arabes qui les soutenaient. Ces hommes ont rejoint les autorités.

Cette hémorragie a vidé la composante arabe des FDS. Elle a réduit la coalition à sa colonne vertébrale kurde.

Le rapport de force s’est effondré en quelques mois. Les effectifs des forces kurdes sont tombés à environ 50 000 hommes, selon le chercheur spécialiste de la Syrie Fabrice Balanche. La chute représente la moitié du volume revendiqué au plus fort de la lutte contre l’État islamique.

L’intégration des institutions kurdes vue par les acteurs

Mazloum Abdi a reconnu jeudi l’apport de combattants venus d’ailleurs. « Des milliers de jeunes hommes et femmes kurdes » ont soutenu les FDS depuis « d’autres parties du Kurdistan », a-t-il dit. Il visait des zones d’Iran, d’Irak et de Turquie.

Le chef des FDS a détaillé leur départ. Ces forces se sont retirées « à notre demande et selon un plan pratique », a-t-il ajouté, avant d’affirmer qu’une nouvelle phase a commencé dans cette région.

L’analyse extérieure sonne plus sombre. « La dissolution des FDS marque une fin amère », déclare à l’AFP Mutlu Civiroglu, expert de la question kurde basé à Washington.

Ces forces organisées et entraînées auraient pu constituer un « modèle » au sein du nouvel État, estime-t-il. Elles incarnent désormais « la fin d’une époque pour la puissance kurde en Syrie ».

Conséquences : la Constitution devient le prochain terrain

Mazloum Abdi place désormais son combat sur le terrain juridique. « Notre lutte se poursuivra afin de faire inscrire dans la Constitution les droits légitimes de notre peuple », a-t-il déclaré.

Le Parlement doit rédiger ce texte avant la fin de la période de transition. Cette phase doit durer cinq ans.

Ce calendrier fixe l’échéance décisive pour la minorité kurde. Les acquis de janvier, dont la reconnaissance du kurde comme langue nationale, attendent une consécration constitutionnelle.

Sur le terrain, l’État central tient déjà les leviers. Damas gère l’aéroport de Qamichli, les champs pétroliers stratégiques et la présence armée dans les villes du nord-est.

Deux Kurdes occupent malgré tout des postes clés. Nour Eddine Ahmad Issa dirige la province de Hassaké, et Siban Hamo seconde le ministre de la Défense pour l’est du pays.

Ces nominations traduisent la contrepartie politique de l’accord. Elles ne rendent pas aux Kurdes le contrôle des ressources ni celui du territoire.

Les institutions militaires, sécuritaires et administratives kurdes relèvent désormais du cadre national. Le centenaire de Qamichli aura servi de décor à cette bascule.

Source: Agence France-Presse

- Pub -
Pages jaunes

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Partager :

spot_imgspot_img

Populaires

Dans la même catégorie
Associé

Frappes russes sur Kiev : au moins 16 morts, Zelensky dénonce une escalade

Frappes russes sur Kiev : au moins 16 personnes...

Course au secrétariat général : cinq femmes et trois hommes en lice à l’ONU

La course au secrétariat général de l'ONU oppose désormais...

Guerre économique contre l’Iran : Trump menace tout pays qui aiderait Téhéran

Guerre économique contre l'Iran : Donald Trump a menacé...

Sanctions contre la CPI : l’ONU, l’UE et le Japon soutiennent Tomoko Akane

Sanctions contre la CPI : l'ONU, l'Union européenne et...