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Conseil constitutionnel du Cameroun : Clément Atangana est mort, vive Clément Atangana

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Clément Atangana est mort le 4 octobre 2026. Le système qu’il incarnait lui survit. En 1992, un juge, Alexis Dipanda Mouelle, avait validé la réélection de Paul Biya en laissant planer un doute. Le régime en a tiré une leçon. Il a instauré un Conseil constitutionnel où le doute n’a plus sa place. De la Cour suprême de 1992 au Conseil de 2018, voici l’histoire d’un verrou conçu pour survivre aux hommes qui le servent.

Au Cameroun, le véritable pouvoir ne réside pas dans les hommes. Il réside dans les mécanismes qui les produisent, les sélectionnent et les remplacent. La mort de Clément Atangana, premier président du Conseil constitutionnel du Cameroun, clôt un parcours. Elle ne change rien au dispositif qu’il a incarné. Alexis Dipanda Mouelle l’avait précédé dans la mort le 4 mai 2026. En cinq mois, le pays a perdu les deux juges qui ont validé les victoires contestées de Paul Biya. Pour comprendre ce qui les relie, il faut remonter à 1992.

Présidentielle de 1992 : quand un juge valide, mais doute

Le 11 octobre 1992, le Cameroun vit sa première présidentielle multipartite. L’opposition conduite par John Fru Ndi convainc une grande partie de l’opinion qu’elle a gagné. Le contentieux relève alors de la Cour suprême. Le 23 octobre, son premier président, Alexis Dipanda Mouelle, proclame la réélection de Paul Biya avec 39,98 % des voix contre 35,97 % pour John Fru Ndi.

Mais il accompagne sa décision d’une formule restée célèbre : la Cour a les « mains liées ». Le magistrat laisse entendre que des irrégularités existent, et que le cadre juridique ne lui permet pas d’en tirer les conséquences.

Pour le pouvoir, c’est une victoire juridique et un désastre politique. Le président conserve son mandat, mais le plus haut magistrat du pays laisse planer un doute public sur la sincérité du scrutin. Ce jour-là, le régime découvre une faiblesse fondamentale. Il dépend de la conscience d’un seul homme, celui qui lit seul le verdict.

Dipanda Mouelle et Paul Biya : la distance, de 1992 à 2014

Un juge gardé, jamais réintégré

1992 ouvre une distance qui ne se refermera plus. Le juge a sauvé le pouvoir, mais il a refusé de le faire sans réserve. Paul Biya, réputé ne rien oublier, ne le lui pardonnera pas tout à fait. Il le garde pourtant à la tête de la Cour suprême, parce qu’il en a besoin. Sa Cour valide les présidentielles de 1997, de 2004 et de 2011, et la formule des « mains liées » ne revient plus. Le magistrat reste en poste. Il ne revient jamais tout à fait dans le cercle.

La rupture de 2014

L’affaire Épervier rouvre la fêlure. Selon une source judiciaire citée par Cameroun24, la Cour aurait montré dans le dossier Atangana Mebara une indépendance jugée gênante. Le 18 décembre 2014, un décret met Dipanda Mouelle à la retraite. Il ne part pas en silence. En mai 2015, il saisit la Cour administrative de Yaoundé pour contester la décision. Un homme encore en grâce n’attaque pas l’État. La rupture ouverte en 1992 est consommée.

1996 : la création du Conseil constitutionnel du Cameroun

La réponse au traumatisme de 1992

Entre-temps, le pouvoir a préparé la suite. Pour de nombreux politologues et observateurs, la révision constitutionnelle du 18 janvier 1996 répond directement au traumatisme de 1992. Elle retire le contentieux présidentiel à la Cour suprême et le confie à un nouveau Conseil constitutionnel.

Diluer la responsabilité, choisir les membres

La parade tient en deux mouvements. Le premier dilue la responsabilité. Un collège de onze membres remplace un juge unique, et il est bien plus difficile pour un collectif de formuler des réserves qu’il ne l’était pour un homme seul. Le second déplace la sélection. La Cour suprême se compose de magistrats de carrière. Le Conseil constitutionnel peut accueillir des personnalités politiques, des hauts fonctionnaires et des universitaires, désignés par le sommet de l’État. Le président de la République en propose trois, dont le président du Conseil. Les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat en nomment trois chacun. Le Conseil supérieur de la magistrature, que préside le chef de l’État, en propose deux.

Le Conseil reste pourtant à vingt-deux ans sur le papier. Le pouvoir n’a aucune urgence tant que le juge de 1992 ne doute plus en public. Le verrou est dessiné. Il attend son heure.

2018 : Clément Atangana et le verrou posé

Huit ans sans une requête de l’opposition acceptée

L’heure arrive avec le départ de Dipanda Mouelle. Le 7 février 2018, huit mois avant une présidentielle où Maurice Kamto s’annonce comme un adversaire sérieux, le Conseil constitutionnel du Cameroun entre en fonction. À sa tête, Paul Biya nomme Clément Atangana.

Le Conseil fonctionne alors comme prévu. En octobre 2018, il rejette la récusation de six de ses membres demandée par Maurice Kamto, puis proclame Paul Biya vainqueur avec 71,28 % des voix. Le 5 août 2025, il juge non fondé le recours de Maurice Kamto contre le rejet de sa candidature. En octobre 2025, il déclare les requêtes post-électorales irrecevables ou non fondées. Selon Journal du Cameroun, le Conseil « n’a pu faire prospérer une seule requête venant de l’opposition ». Pas une seule en huit années d’exercice.

Du doute de 1992 à la satisfaction de 2025

Aucune réserve ne vient troubler le récit officiel. La seule fissure vient de Clément Atangana lui-même, au lendemain de la proclamation de 2025, le verre à la main : « Je suis content que vous vous réjouissiez à la fois du travail fait par votre père et de la victoire de votre candidat. »

Le contraste est saisissant. Dipanda Mouelle avait validé en laissant voir son malaise. Atangana a validé en laissant voir sa satisfaction. Le premier doutait. Le second se réjouissait. Entre les deux se trouve toute la logique de la réforme : remplacer la conscience d’un juge par une institution conçue pour garantir la continuité.

Vive Clément Atangana : un système qui survit aux hommes

Dans cette formule, Clément Atangana ne désigne plus un homme. Il désigne une fonction.

La loi a déjà organisé sa survie. Selon l’article 24 de la loi du 21 avril 2004 fixant le statut des membres du Conseil constitutionnel, en cas de décès du président, le président de la République nomme directement son successeur. Il n’y a pas d’intérim, pas de vide, pas de débat. Le siège ne reste jamais libre assez longtemps pour qu’on s’interroge sur ce qu’il devrait être.

Le moule est intact. Les règles de nomination fixées en 1996 n’ont pas changé. La composition du collège non plus. La collégialité continue de diluer la responsabilité. Le système ne dépend plus des états d’âme d’un seul homme. Il est institutionnalisé, standardisé, programmé. Qui occupera le fauteuil importe peu. Le fauteuil, lui, est déjà réglé.

C’est toute la leçon de l’histoire ouverte en 1992. Le régime a appris d’un juge qui doutait. Il a construit une institution qui ne doute pas. Dipanda Mouelle était un homme, et un homme peut parler. Le Conseil constitutionnel est un mécanisme, et un mécanisme ne parle pas.

Clément Atangana est mort. Vive Clément Atangana. Les serviteurs passent. Le système demeure.

John Lawson – Décryptage politique Cameroun

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