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Clément Atangana : quand tombe le rideau, la leçon que le pouvoir refuse d’apprendre

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Clément Atangana, premier président du Conseil constitutionnel du Cameroun, est mort ce 4 octobre 2026 à Paris, à 84 ans. Pendant huit ans, il a tenu les clés du contentieux électoral camerounais sans faire aboutir une seule requête de l’opposition. Il laisse une phrase prononcée le verre à la main au lendemain de la présidentielle de 2025, qui résume toute une époque. La mort met fin aux privilèges. Elle ouvre le seul procès que personne ne peut déclarer irrecevable : celui de l’Histoire.

« On peut domestiquer les institutions, imposer le silence, transformer les lois en instruments de conservation du pouvoir. Mais personne n’a jamais obtenu du temps une décision favorable. Lorsque tout s’arrête, il ne reste ni les privilèges ni les honneurs. Il ne reste que le jugement de l’Histoire. »

Les serviteurs des régimes de longue durée partagent souvent une illusion aussi ancienne que le pouvoir lui-même. Ils croient que la proximité avec le sommet de l’État les protège du verdict du temps. À force de vivre dans les palais et de recevoir chaque jour les marques de la déférence, beaucoup finissent par confondre le prestige de la fonction avec leur propre importance historique. Ils imaginent que les privilèges d’aujourd’hui deviendront tout naturellement les honneurs de demain.

L’Histoire est pourtant plus exigeante que le protocole. Elle ne juge pas un homme à la hauteur de son siège. Elle le juge sur l’usage qu’il a fait de l’autorité qu’on lui a confiée.

Clément Atangana, premier président du Conseil constitutionnel

Clément Atangana avait reçu ce que peu de serviteurs de l’État reçoivent : l’occasion de peser directement sur l’écriture institutionnelle de son époque. Magistrat depuis 1968, il exerce comme juge, président de tribunal, procureur général puis président de chambre à la Cour suprême, avant de prendre sa retraite en 2014. Le 7 février 2018, Paul Biya fait de lui le premier président du Conseil constitutionnel. La présidentielle a lieu huit mois plus tard.

Sa mission était claire. Il devait garantir la crédibilité de l’arbitrage électoral aux moments où la nation fait ses choix les plus décisifs. Une telle charge peut faire entrer un homme durablement dans l’Histoire. Encore faut-il saisir l’occasion. Clément Atangana ne l’a pas saisie.

Huit ans de verdicts, aucune requête de l’opposition acceptée

2018 : la récusation rejetée

En octobre 2018, Maurice Kamto demande la récusation de six membres du Conseil constitutionnel, dont son président, pour défaut d’impartialité. Le Conseil rejette la demande avant même d’examiner les recours. Le 22 octobre, Clément Atangana proclame Paul Biya vainqueur avec 71,28 % des voix, contre 14,23 % pour Maurice Kamto. Le mot « irrecevable » devient alors, pour beaucoup de Camerounais, la signature de son Conseil.

Mbalmayo 2024 : l’arbitre dans la salle de la motion

Le 27 octobre 2024, le président du Conseil constitutionnel assiste à Mbalmayo à une réunion de l’ADENSO où les participants votent une motion de soutien à la candidature de Paul Biya. Clément Atangana affirme y être venu en simple patriarche et dit être parti avant le vote. Le MRC porte plainte le 6 novembre 2024. Avant ou après la motion, l’arbitre de la future élection était dans la salle où l’on investissait l’un des candidats.

2025 : Maurice Kamto écarté avant le scrutin

Le 26 juillet 2025, ELECAM rejette la candidature de Maurice Kamto. Le 5 août, le Conseil constitutionnel juge son recours non fondé. Le principal opposant de 2018 quitte la course avant même la campagne. Le même juge l’arrête donc deux fois, en 2018 après le vote, en 2025 avant le vote.

Octobre 2025 : le contentieux post-électoral

Après le scrutin du 12 octobre 2025, le Conseil déclare les requêtes irrecevables ou non fondées. Le 27 octobre, il proclame Paul Biya vainqueur avec 53,66 % des voix, contre 35,19 % pour Issa Tchiroma Bakary. Selon Journal du Cameroun, le Conseil « n’a pu faire prospérer une seule requête venant de l’opposition ». Pas une seule en huit années d’exercice.

La vidéo de Clément Atangana : « le travail fait par votre père »

Puis vient la scène qui survivra à tous les discours officiels. Au lendemain de la proclamation de 2025, Clément Atangana lève son verre parmi les siens :

« Je suis content que vous vous réjouissiez à la fois du travail fait par votre père et la victoire de votre candidat. »

Le père, c’est lui. Le candidat, c’est Paul Biya.

Ses partisans n’y ont vu qu’un moment de satisfaction personnelle. Ses critiques y ont lu la confirmation publique d’un soupçon ancien, celui d’une institution plus attachée à la continuité d’un pouvoir qu’à sa neutralité.

C’est toute la cruauté de l’Histoire. Elle simplifie. Elle condense. Des années de décisions, d’audiences et de procédures tiennent parfois dans une seule phrase prononcée au mauvais moment. L’Histoire retient quelques scènes et en fait la clé de lecture de toute une époque. Celle-ci en fait partie.

Le seul juge que l’on ne récuse pas

Aucun responsable public ne devrait l’oublier. Le temps est le seul juge que l’on ne peut ni nommer, ni influencer, ni récuser. Aucune institution, si puissante soit-elle, n’a compétence pour suspendre son verdict. Contre lui, il n’existe pas de recours déclaré irrecevable.

Lorsque le rideau tombe, les cortèges disparaissent. Les titres cessent d’impressionner. Les décorations accumulées pendant des décennies ne pèsent plus grand-chose. Il reste une question, infiniment plus lourde que toutes les autres. Qu’a-t-on fait du pouvoir que l’on détenait ?

Cette question en contient trois. Les libertés publiques en sont-elles sorties plus fortes ou plus fragiles ? La souveraineté populaire a-t-elle trouvé un gardien ou un verrou ? Les principes ont-ils pesé plus lourd que les intérêts du moment ?

Ce que laisse Clément Atangana

C’est autour de ces questions que se construit la mémoire des nations. Les peuples pardonnent parfois les erreurs. Ils oublient souvent les défaites. Mais ils se souviennent longtemps de ceux qui, placés à un carrefour décisif, ont choisi la fidélité à un système plutôt que la fidélité aux principes que leur charge leur commandait d’incarner.

La mort d’un haut responsable n’efface ni les controverses ni les bilans. Elle invite au contraire à les examiner avec plus de sérénité. La vraie question n’est pas de savoir combien de temps Clément Atangana est resté au sommet. Il est à savoir ce qu’il laisse derrière lui : un héritage capable d’inspirer les générations futures, ou l’image d’une occasion historique jamais saisie.

On peut gagner toutes les batailles d’une carrière. On peut accumuler les titres, les privilèges et les décorations. Mais quand tombe le rideau, une seule victoire compte encore : celle que l’on remporte devant le tribunal implacable de l’Histoire.

John Lawson – Décryptage politique Cameroun

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