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Course au secrétariat général : cinq femmes et trois hommes en lice à l’ONU

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La course au secrétariat général de l’ONU oppose désormais huit candidats, cinq femmes et trois hommes. Tous visent la succession d’Antonio Guterres, dans un monde que les conflits ravagent. Le Conseil de sécurité, divisé, tranchera.

Course au secrétariat général : huit prétendants en lice

Cinq femmes et trois hommes briguent la succession d’Antonio Guterres à la tête de l’ONU. Le poste reste hautement sensible.

Les conflits ravagent le monde. Les grandes puissances chargées de cette nomination affichent elles aussi leurs divisions.

Cette fracture pèse sur toute la campagne. Elle place chaque candidature sous le regard direct du Conseil de sécurité.

Le tour d’horizon qui suit reprend les candidats par ordre alphabétique. Chacun défend une vision distincte de l’institution.

Les huit candidatures dans le détail

Ivonne A-Baki

La diplomate équatorienne est entrée en lice cette semaine. Les Tonga portent sa candidature.

Âgée de 75 ans, elle est née de parents libanais. Elle a représenté Quito comme ambassadrice aux États-Unis, puis en France.

Un dossier domine son parcours. A-Baki a joué un rôle crucial dans le rapprochement entre l’Équateur et son voisin péruvien, après plusieurs conflits frontaliers.

Son programme tient en peu de mots. Elle plaide pour une ONU moins bureaucratique, davantage axée sur des résultats concrets.

La diplomate se présente aussi comme une candidate capable de restaurer le multilatéralisme.

Michelle Bachelet

La socialiste chilienne a 74 ans. Le régime d’Augusto Pinochet l’a torturée pour son opposition.

Elle est devenue la première femme présidente du Chili, de 2006 à 2010, puis de 2014 à 2018. Ce double mandat en a fait une personnalité politique internationale de premier plan.

Son passage à la tête du Haut-Commissariat de l’ONU pour les droits de l’homme a attiré certains ressentiments. La Chine a ainsi critiqué un rapport accablant sur le sort de la minorité des Ouïghours.

Des critiques américaines visent par ailleurs sa position pro-avortement.

Le Mexique et le Brésil portent sa candidature. Le Chili, lui, a retiré son soutien après la prise de fonction du président d’extrême droite José Antonio Kast.

Maria Fernanda Espinosa

L’Équatorienne de 61 ans a dirigé les Affaires étrangères, puis la Défense de son pays. Elle a également présidé l’Assemblée générale de l’ONU.

Espinosa décrit les Nations unies comme la seule enceinte réellement universelle. Elle appelle malgré tout à réformer davantage l’institution.

L’ancienne ministre avance une proposition précise. Elle suggère la création d’un mécanisme d' »alerte précoce », chargé de collecter les signaux du terrain.

Ce dispositif viserait à empêcher un conflit avant qu’il ne se déclenche.

Son pays ne la soutient pas. Antigua-et-Barbuda porte sa candidature.

Rafael Grossi

L’Argentin de 65 ans est un diplomate de carrière. Son pays l’a nommé.

Il est entré sous les projecteurs en prenant la tête de l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA) en 2019.

Ce poste l’a amené à s’occuper du programme nucléaire iranien. Il l’a aussi placé au cœur du dossier de la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia, occupée par la Russie.

Ces deux dossiers brûlants concernent des membres permanents du Conseil de sécurité.

Grossi ne s’est pas mis en retrait de l’AIEA pour mener campagne. Selon certains observateurs, il défend une position plus radicale sur la réforme de l’ONU.

Le candidat argentin veut par ailleurs un secrétaire général présent sur le terrain.

Rebeca Grynspan

L’ancienne vice-présidente du Costa Rica a 70 ans. Son pays la soutient.

Elle dirige l’agence de l’ONU pour le Commerce et le Développement (Cnuced). Elle s’est mise en retrait de cette fonction pour la campagne.

À ce titre, la Costaricienne a négocié en 2022, avec Moscou et Kiev, « l’Initiative de la mer Noire ». Cet accord a facilité l’exportation des céréales ukrainiennes après l’invasion russe.

Son histoire personnelle nourrit son discours. Ses parents, juifs, ont « à peine survécu » à l’Holocauste avant d’immigrer au Costa Rica.

Grynspan reproche à l’ONU son excès de prudence. L’organisation n’essaie pas assez de peser sur les conflits, estime-t-elle.

Le Conseil de sécurité a organisé une première séance de « vote indicatif » le 30 juillet. Elle y a recueilli le plus de mentions favorables des 15 membres.

Olara Otunnu

L’Ougandais de 75 ans est l’un des deux candidats qui ne viennent pas d’Amérique latine.

Il a occupé le poste de secrétaire général adjoint de l’ONU. Il a aussi servi comme représentant spécial pour les enfants et les conflits armés, de 1997 à 2005.

Kofi Annan, alors secrétaire général, dirigeait l’organisation durant cette période.

Otunnu s’est ensuite présenté à l’élection présidentielle de 2011, sous les couleurs du parti d’opposition Uganda People’s Congress. Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, l’a battu.

Carolyn Rodrigues-Birkett

L’ancienne ministre des Affaires étrangères du Guyana a 52 ans. Elle est la plus jeune des prétendantes.

Son pays, dont elle occupe le siège d’ambassadrice à l’ONU, la propose.

La diplomate concentre son message sur un point. Elle veut restaurer la « crédibilité » en berne de l’organisation.

Macky Sall

L’ancien homme fort du Sénégal, âgé de 64 ans, a dirigé le pays entre 2012 et 2024.

Sa candidature insiste sur la représentation du Sud global dans les instances internationales. Il souligne également le lien intrinsèque entre paix et développement.

Le Burundi l’a présenté. Dakar a finalement apporté son soutien.

Les autorités sénégalaises l’accusaient pourtant d’avoir réprimé dans le sang les violentes manifestations politiques ayant fait des dizaines de morts entre 2021 et 2024.

Contexte : une rotation géographique en toile de fond

L’Amérique latine revendique le poste, en vertu d’une tradition de rotation géographique. Six des huit candidats viennent de la région.

Otunnu et Sall constituent les deux exceptions. Leurs candidatures élargissent la course au-delà du continent latino-américain.

Le contexte international pèse lourd. Les conflits ravagent le monde, et le futur secrétaire général héritera de ce paysage.

Les grandes puissances gardent la main sur la nomination. Leurs divisions compliquent tout consensus rapide.

Plusieurs candidats connaissent déjà la machine onusienne de l’intérieur. Bachelet, Espinosa, Grossi, Grynspan et Otunnu ont tous exercé des responsabilités.

D’autres arrivent avec un capital politique national. Sall et Bachelet ont dirigé leur pays, Rodrigues-Birkett et Espinosa ont mené une diplomatie d’État.

Réactions et citations : les visions défendues

Bachelet plaide pour un secrétaire général qui soit une « voix de la morale », même sous la pression des grandes puissances.

Espinosa voit les Nations unies comme l' »unique plateforme universelle » qui « s’occupe des défis communs de l’humanité ».

Grynspan déplore que l’ONU soit devenue « une organisation conservatrice en matière de risque ».

Rodrigues-Birkett élargit le débat. Elle appelle à juger l’ONU au-delà du seul « prisme de la paix et de la sécurité », sur ses actions en matière de développement et de défense des droits humains.

Grossi, lui, justifie son maintien à l’AIEA. Un retrait reviendrait à « manquer à son devoir », estime-t-il.

A-Baki met l’accent sur l’efficacité. Une ONU moins bureaucratique, tournée vers des résultats concrets, forme le cœur de son argumentaire.

Sall porte une autre priorité. Le Sud global doit occuper une place réelle dans les instances internationales, défend-il.

Course au secrétariat général : ce qui attend les candidats

Le premier « vote indicatif » du 30 juillet a livré un signal clair. Grynspan y devance ses rivaux auprès des 15 membres du Conseil de sécurité.

Ce scrutin ne désigne personne. Il mesure seulement le climat au sein du Conseil.

A-Baki, entré en lice cette semaine, rejoint la course après ce premier test.

Les divisions entre grandes puissances restent l’obstacle central. Deux dossiers suivis par Grossi, le nucléaire iranien et Zaporijjia, touchent directement des membres permanents.

Les candidats avancent des programmes de réforme convergents sur un point. Tous veulent une organisation plus utile face aux conflits, aux besoins de développement et aux droits humains.

Le successeur d’Antonio Guterres devra composer avec ces attentes. Il devra aussi convaincre des capitales qui ne parlent plus d’une seule voix.

Source: Agence France-Presse

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