Le pont B1 en Iran bombardé par les États-Unis est désormais coupé en deux. Douze bombes ont suffi à détruire le plus grand pont à haubans d’Iran et du Moyen-Orient, dont l’inauguration était prévue cet été. Treize civils ont été tués dans les frappes à Karaj, en banlieue ouest de Téhéran.
Le plus grand pont d’Iran réduit à l’état de ruines
Jeudi, douze bombes américaines ont frappé le pont B1, situé à Karaj, ville périphérique à l’ouest de Téhéran. Les frappes ont coupé l’ouvrage en deux — le plus grand pont à haubans d’Iran et du Moyen-Orient. Des tiges d’acier tordues et des blocs de béton pendent dans le vide.
Les deux piliers principaux ont résisté. Le mot « Iran », écrit en calligraphie, domine encore la structure. Mais des frappes supplémentaires ont détruit les deux extrémités. Les experts ne savent pas si une réparation sera un jour possible.
L’AFP a pu se rendre sur les lieux vendredi lors d’une visite de presse organisée par les autorités iraniennes.
Douze bombes, trois heures, deux ans de travail anéantis
Un responsable iranien présent sur place a affirmé qu’un premier puis un second passage avaient largué douze bombes au total. L’ingénieur Hamed Zekri, 41 ans, résume l’enchaînement en une phrase : « Nos efforts ont été anéantis en l’espace de trois heures », entre la première et la seconde frappe.
Deux grues restent debout sur le chantier, témoins d’un projet inachevé. La construction avait mobilisé une équipe de 700 personnes sur plus de deux ans. Le pont B1 n’avait pas encore de nom officiel au moment de sa destruction. Le pont devait être inauguré à l’été 2026.
Selon l’agence iranienne Isna, le B1 constituait l’ouvrage le plus complexe d’Iran en matière d’ingénierie. Il s’élevait à 176 mètres de hauteur et mesurait 1 050 mètres de long. Sa construction s’inscrivait dans un vaste projet autoroutier visant à réduire le temps de trajet entre Téhéran et le nord du pays, destination prisée pour les séjours au bord de la mer Caspienne.
Le bilan humain est lourd. La Fondation des martyrs de la province de l’Alborz, dont Karaj fait partie, citée par l’agence Irna, fait état de 13 civils tués et de dizaines de blessés. En contrebas du pont, dans la vallée, des familles pique-niquaient au moment des frappes. Une villa et des bâtiments résidentiels aux vitres soufflées sont visibles depuis le site. Aucune installation militaire n’est visible dans le secteur.
Un pont civil dans une zone résidentielle
Le pont B1 Iran bombardé n’était pas un ouvrage militaire. Le chantier, débuté il y a plus de deux ans, desservait un corridor routier civil entre la capitale et les régions côtières du nord.
Roozbeh Yazdi, ingénieur ayant travaillé sur le projet, décrit l’attachement de son équipe à cet ouvrage : « Nous avons travaillé dur pour assembler ces éléments, nous avons versé des larmes, nous avons transpiré à grosses gouttes. » Il ajoute : « Nous le considérions comme notre enfant, et nous étions très fiers de le voir grandir. »
Les larmes aux yeux, il fait face aux décombres d’un projet auquel il a consacré deux ans de sa vie professionnelle.
Trump revendique, Araghchi répond
Donald Trump n’a fourni aucune explication militaire sur le choix de cette cible. Il a revendiqué la frappe sur son réseau social Truth. « Le plus grand pont en Iran s’écroule et ne sera plus jamais utilisé », a-t-il publié sur Truth, vidéo du pont détruit à l’appui.
Dans un second message rédigé en lettres capitales, le président américain a lancé : « IL EST TEMPS POUR L’IRAN DE CONCLURE UN ACCORD AVANT QU’IL NE SOIT TROP TARD ET QU’IL NE RESTE PLUS RIEN DE CE QUI POURRAIT ENCORE DEVENIR UN GRAND PAYS. »
Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a répondu directement sur X : « Frapper des infrastructures civiles, y compris des ponts inachevés, ne poussera pas les Iraniens à se rendre. »
De son côté, l’ingénieur Hamed Zekri refuse de détailler davantage son état émotionnel. Il se dit « tellement attristé » par la destruction qu’il ne peut « plus en parler ». Mais il conclut sur une note de détermination : « Si Dieu le veut, nous le reconstruirons. »
Représailles envisagées, cibles identifiées
La destruction du pont B1 Iran bombardé a déclenché une réaction immédiate dans les médias proches du pouvoir iranien. L’agence Fars a publié une liste de « ponts importants de la région susceptibles d’être la cible de représailles iraniennes ».
En tête figure le pont Cheikh Jaber Al-Ahmad Al-Sabah au Koweït, long de 36 kilomètres. La liste mentionne également le pont Roi Fahd, qui relie l’Arabie saoudite et Bahreïn sur 25 kilomètres.
Les autorités iraniennes n’ont formulé aucune annonce officielle de représailles.Mais la publication de cette liste par un organe de presse proche du régime signale une pression politique réelle. Les négociations entre Téhéran et Washington se poursuivent dans ce contexte tendu.
Source : Agence France-Presse
















