Drame minier au Congo : plus de 200 morts, dont soixante-dix enfants. Un site stratégique contrôlé par des rebelles, inaccessible aux humanitaires, coupé du monde. À Rubaya, dans l’est de la République démocratique du Congo, une catastrophe silencieuse vient de frapper l’un des gisements de coltan les plus importants de la planète.
Un éboulement, des centaines de morts, aucun témoin indépendant
Mardi après-midi, la terre cède à Rubaya. Un éboulement s’abat sur le site minier, situé à environ 70 kilomètres à l’ouest de Goma, capitale de la province du Nord-Kivu, dans l’est de la RDC. Les premières informations font état de 6 morts. Le lendemain, le gouvernement congolais publie un communiqué qui donne le vertige.
« Le bilan provisoire fait état de plus de 200 compatriotes ayant perdu la vie, environ 70 enfants mineurs parmi les victimes, des nombreux blessés évacués vers les structures sanitaires de Goma », indique le ministère des Mines de la RDC dans un texte parvenu à l’AFP.
Deux cents morts. Dont soixante-dix enfants. Sur un site minier où des milliers de travailleurs artisanaux s’activent chaque jour, munis de simples pelles et de bottes en caoutchouc, sans équipement de protection, sans filet de sécurité.
L’AFP ne peut pas confirmer ce bilan avec des sources indépendantes. La région est reculée, les télécommunications régulièrement coupées. Aucune organisation humanitaire d’envergure n’y a accès. Aucune structure de santé significative non plus. Un angle mort total — géographique, humanitaire, médiatique.
Rubaya : le coltan, le M23 et la loi du plus fort
Rubaya n’est pas un site minier ordinaire. Le gisement fournit entre 15 % et 30 % de la production mondiale de coltan — ce minerai stratégique, indispensable à la fabrication de composants électroniques, de smartphones et de batteries. La RDC concentre au moins 60 % des réserves mondiales. Rubaya en est l’un des poumons.
Depuis avril 2024, le site est sous le contrôle du M23 — le Mouvement du 23 mars — groupe armé antigouvernemental soutenu par Kigali et l’armée rwandaise. Les autorités congolaises n’y sont plus présentes depuis cette date. Le M23 y prélève une taxe sur la production et le commerce des minerais. Il en tire d’importants revenus, selon des experts de l’ONU. Le coltan finance la guerre. La guerre protège le coltan.
Des milliers de mineurs artisanaux travaillent chaque jour dans les puits, dans des conditions précaires. Sans casques, sans étaiement des galeries, sans protocole d’évacuation.Juste des hommes, des femmes — et des enfants — qui creusent à mains nues dans une terre instable, pour quelques dollars par jour.
Ce n’est pas la première fois que la terre tue à Rubaya. Début février, un premier éboulement avait fait plusieurs morts selon un responsable du M23. Kinshasa avait alors redouté un bilan d’« au moins 200 morts ». La catastrophe de mardi confirme ces craintes. Elle les dépasse peut-être.
Une zone de guerre, des combats qui s’intensifient
L’éboulement ne survient pas dans un vide. Ces derniers jours, les combats s’intensifient à proximité immédiate du site minier. Les forces gouvernementales congolaises mènent des attaques contre le M23 dans la zone — y compris des frappes de drones. La guerre se rapproche des puits. Les explosions ébranlent les sols déjà fragilisés par des années d’extraction artisanale intensive.
Depuis sa résurgence fin 2021, le M23 s’est emparé de vastes territoires dans l’est de la RDC, région riche en ressources naturelles et ravagée par des conflits depuis trois décennies. Soutenu par Kigali et l’armée rwandaise, le groupe contrôle aujourd’hui des zones entières, imposant sa loi, taxant les minerais, coupant les populations du reste du monde.
Dans cet est congolais meurtri, Rubaya incarne une réalité brutale : des richesses colossales extraites dans des conditions moyenâgeuses, sous la coupe d’un groupe armé, sans État, sans droit, sans secours. Quand la terre s’effondre, personne ne vient. Les morts restent sous les décombres. Et le monde continue de fabriquer ses téléphones.
Source : AFP – 4 mars 2026
















