Pour Cyrille Sam Mbaka, président national de l’Alliance des Forces progressistes (Afp), le pouvoir camerounais n’a pas d’alternative. Cyrille Sam Mbaka s’exprime également sur les prochaines élections législatives et municipales, et la dernière élection présidentielle. Notamment l’échec du consensus autour de la candidature unique d’Issa Tchiroma en 2025. Initialement portée par le Groupe de Douala.
Le tribalisme a pris des proportions inquiétantes au Cameroun. Quel regard portez-vous sur ce phénomène ?
Je dois dire que le tribalisme est quelque chose qui est très dangereux pour l’avenir de notre pays. Et tout cela est né de la politique. Parce que pour moi, il faut changer de paradigme. Il faut concevoir une politique qui, en même temps, permet aux Camerounais de se retrouver. De parler, de se connaitre et de travailler pour les mêmes causes.
C’est la raison pour laquelle j’ai mis en avant la commune. Nous en avons 360 et, sur les 360 communes, il y a le vivre-ensemble. Et ce vivre-ensemble doit se focaliser sur le développement de la commune, c’est-à-dire chose commune. Il faut que les habitants de cette commune fassent la différence entre le vivre-ensemble, la chose commune et la communauté.
Parce que la communauté vient de la politique pour diviser les Camerounais. Si on a compris que chaque commune a sa spécificité, alors, en ce moment-là, il n’y a plus de problème. Tout le monde travaille ensemble pour le bien-être et le vivre-ensemble de cette commune. Voilà comment je conçois cette approche qui est une approche salutaire.
Prenons le cas de Douala, qui est une ville essentiellement cosmopolite. Certains acteurs ont développé le concept de « Littoraliens ». Quelle est votre posture par rapport à ce concept ?
Moi, je ne suis pas contre le fait qu’il y ait des Littoraliens. Mais les Littoraliens, ça veut dire quoi ? Ça veut dire ceux qui occupent l’espace, qui se sont s’intégrés et qui veulent travailler pour le bien-être du Littoral. Puisqu’ils occupent cet espace. On fait avec les gens qui y sont. Donc en ne négligeant pas les spécificités parce que c’est une richesse terrible.
On ne peut pas tuer les spécificités de nos différentes communes, de nos régions et de notre pays. Donc c’est tout cela qui constitue cette richesse que nous devons exploiter. Mais les politiques ont trouvé un terrain où ils font de la tribu un élément essentiel pour le vote. C’est ça qui pose des problèmes.
Sinon, si nous prenons une ville comme Douala, 1960. Le maire de la ville, Tokoto Rudolphe. Ses adjoints, Fampou, etc. Des blancs, c’est-à-dire des Européens, faisaient partie de cette commune. C’est pour que vous voyiez que Douala 1er est bien tracé. Parce que tous ces gens-là travaillaient pour le bien-être de la commune, c’est-à-dire la chose commune.
Donc il faut comprendre qu’aujourd’hui ça a été dévoyé. Mais ça a aussi été dévoyé parce que le pouvoir en a profité pour diviser les Camerounais. Et les Camerounais, comme la division est la chose la plus facile, se sont engouffrés dedans. Oubliant qu’ils ont des enfants. Et que, dans 50 ans, le mélange ne permettra à aucun enfant de dire qu’il n’est pas du Cameroun. Parce qu’il y aura des mariages mixtes dans ce pays.
Il y aura pas mal de choses qu’ils vont faire. Alors la projection, c’est la première chose à laquelle un homme politique doit penser. Il ne doit pas penser à lui-même, il doit penser à demain : les enfants et les petits-enfants. Et quand on y pense, on comprend tout à fait que nous devons bâtir un Cameroun pour tout le monde. En gardant nos spécificités tout simplement.
Quand on a parlé comme ça, je crois que tout le monde peut comprendre. Je salue par exemple l’initiative du maire de la ville. Qui sait qu’il a toutes les populations qui sont avec lui ? Et qu’il faut discuter pour que tout le monde puisse mettre la main et travailler pour la ville de Douala. Ça pour moi, ça me rappelle la ville de Douala de 1960.
Vous faites allusion à la rencontre que le maire de la ville a initiée récemment avec certaines communautés ?
Oui, avec certaines communautés, les différentes communautés. Il initie des rencontres parce que lui-même est conscient du fait que le tribalisme risque de diviser et gâter sa ville.
Donc il prend sur lui de discuter avec les communautés pour voir que notre destin est commun. Et nous devons voir dans la même direction. Tout en n’oubliant pas que nous sommes dans un territoire donné, qui a des spécificités. Voilà ! C’est ça qu’il faut retenir.
Donc vous êtes d’avis avec les acteurs de la scène politique qui parlent du tribalisme d’État. Délibérément ourdi par les pouvoirs publics à des fins personnelles ?
Oui, c’est le pouvoir qui manipule. C’est le pouvoir de tout temps qui a manipulé. Ils n’ont pas commencé aujourd’hui. Ça s’est exacerbé aujourd’hui. Mais c’est eux qui ont été à la source de tout cela. Déjà quand vous faites tout pour qu’un leader ne reste que dans son territoire de naissance, c’est diviser les gens.
Quand vous voulez prendre des gens dans un gouvernement d’union. Et que vous ne prenez que des ministres qui appartiennent à la même région que le leader du parti politique. Tout ça c’est instrumentaliser le tribalisme. Mais c’est le peuple qui doit comprendre qu’ils n’ont jamais eu de problème. Qu’ils peuvent vivre ensemble.
Les pouvoirs publics ont initié une opération de recensement des populations qui se poursuit.
Certains observateurs soupçonnent des manœuvres visant le redécoupage des circonscriptions électorales. Pour fragiliser celles qui ne lui sont pas acquises. Selon vous, ces manœuvres participent-elles aussi de cette logique du « diviser pour mieux régner » ?
Tout ce que le pouvoir fait, actuellement, n’a aucune valeur pour moi. Pour la simple raison que c’est autour d’une table qu’on doit redéfinir ces choses. Nous l’avons essayé lors de la réunion tripartite. Mon ouvrage est là pour en témoigner, mais ça a été dévoyé. Donc on doit revenir aux fondamentaux.
Le Cameroun doit être bâti par nous tous pour nous tous. Ce n’est pas ce gouvernement qui peut procéder au découpage alors qu’on sait que c’est à des fins électoralistes. Donc c’est eux qui divisent pour essayer de garder l’hégémonie. Ce n’est pas pour le bien du Cameroun, c’est pour le bien d’une minorité au pouvoir. Ça, c’est connu.
Et ils vont au-delà parce qu’aujourd’hui, les Camerounais sont devenus des gens qui parlent du tribalisme. Alors qu’ils devraient chercher à résoudre les problèmes du tribalisme. Donc je ne suis pas dans la ligne où on passe son temps à dénoncer. Mais je suis plutôt pour qu’on trouve des solutions. C’est pour cette raison que je vous ai parlé des communes qui sont le vecteur de développement.
A partir des communes, on peut penser le développement du Cameroun. Il y a un seul président de la République, mais il y a 360 communes.











