Guerre au Moyen-Orient : Beyrouth visée, Téhéran frappée, le détroit d’Ormuz paralysé. Beyrouth attend de nouvelles frappes. Téhéran brûle encore. Le détroit d’Ormuz est coupé du monde. En ce cinquième jour de guerre, le Moyen-Orient s’enfonce dans un conflit dont chaque heure produit son lot de morts, de fuite et de chaos. Tour d’horizon des derniers développements.
Beyrouth : évacuations et nouveaux morts
La nuit de mercredi à jeudi, l’armée israélienne lance un nouvel appel à l’évacuation. La cible : une banlieue de Beyrouth. Les frappes suivront. Elles suivent toujours.
Ce nouvel avertissement intervient dans un contexte d’intensification rapide des hostilités entre Israël et le Hezbollah. Dans le sud du Liban, les combats changent de nature. Le mouvement armé pro-iranien rapporte pour la première fois des affrontements « directs » avec des soldats israéliens. Ce n’est plus une guerre à distance. C’est une guerre de contact.
Le bilan s’alourdit heure après heure. Les autorités libanaises annoncent trois nouveaux morts dans des frappes israéliennes ayant visé deux voitures près de Beyrouth. Elles portent ainsi le bilan total à 72 morts et plus de 83.000 déplacés depuis le début des frappes lundi. Trois jours. Soixante-douze morts. Quatre-vingt-trois mille personnes arrachées à leur foyer.
Dans ce chaos, Washington hausse le ton sur un front inattendu. L’OTAN intercepte un missile tiré d’Iran s’approchant de l’espace aérien turc. Selon un responsable turc, le missile « visait une base militaire » à Chypre, mais « a dévié » de sa trajectoire.
La réponse américaine est immédiate : ces attaques contre la souveraineté de la Turquie sont « inacceptables », tranche Washington. Un allié de l’OTAN frôle l’incident. La guerre déborde encore un peu plus de ses frontières initiales.
Téhéran sous les bombes : une ville qui fuit
À Téhéran, la nuit de mercredi apporte une nouvelle vague de frappes. L’armée israélienne confirme avoir ciblé « des infrastructures militaires ». Des journalistes de l’AFP entendent une forte explosion dans la capitale. Les médias iraniens rapportent des explosions dans d’autres villes : Bandar Abbas sur le Golfe, Tabriz dans le nord-ouest. La guerre frappe désormais l’ensemble du territoire iranien.
La population fuit. Le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés estime à 100.000 le nombre de personnes ayant quitté Téhéran dans les deux jours suivant le début des bombardements israélo-américains. Un exode massif, silencieux, que les images satellitaires commencent à documenter.
Le bilan humain, lui, reste difficile à établir. Un média d’État iranien avance le chiffre de plus de 1.000 morts — civils et militaires confondus — depuis le début des frappes. L’AFP n’est pas en mesure de vérifier ce bilan. Mais même partiel, même incertain, il dit l’ampleur de la catastrophe en cours.
À Washington, la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, choisit des mots offensifs : « Le régime terroriste iranien voyou est en train d’être complètement anéanti. » Le ministre de la Défense américain Pete Hegseth enfonce le clou : « La différence entre leur capacité à tirer et notre capacité à nous défendre se creuse jour après jour. » Un message de victoire. Une communication de guerre. Pendant ce temps, les bombes continuent de tomber.
Le détroit d’Ormuz : l’étranglement économique mondial
L’Iran revendique désormais le « contrôle total » du détroit d’Ormuz. Le chiffre est brutal : le trafic de pétroliers y a chuté de 90 % en une semaine, selon une société d’analyse. Par ce bras de mer transitent 20 % du pétrole et du GNL mondiaux. Quand Ormuz se ferme, c’est l’économie mondiale qui suffoque.
Les géants du transport maritime tirent les conséquences. L’armateur allemand Hapag-Lloyd suspend les réservations de cargaisons vers et depuis le Golfe. Il rejoint une liste d’acteurs qui, un à un, se retirent d’une zone devenue incontrôlable. Les marchés financiers encaissent. Les prix du pétrole flambent. L’Europe subit de plein fouet la fermeture du robinet gazier qatari.
Sur le plan militaire, un nouveau drame illustre la brutalité des combats maritimes. Le Sri Lanka annonce avoir récupéré les corps de 87 marins iraniens après le naufrage d’une corvette coulée par une torpille tirée d’un sous-marin américain, dans l’océan Indien. Trente-deux marins ont été secourus, mais grièvement blessés. Soixante et un sont portés disparus. La guerre se joue aussi en mer. Et elle tue aussi en mer.
À Bagdad, d’autres drones sont abattus dans la soirée de mercredi près de l’aéroport international, qui abrite une base militaire avec des intérêts américains — quelques heures seulement après une attaque similaire. Washington ordonne à ses ressortissants de quitter l’Irak dès que possible. L’Irak, comme le Liban, comme le Golfe, devient un théâtre de guerre collatéral.
Diplomatie : Macron informé, Madrid se défile
Sur le front diplomatique, les lignes bougent aussi. Donald Trump contacte Emmanuel Macron pour « l’informer de l’état des opérations militaires menées par les États-Unis en Iran », selon l’entourage du président français. Un appel de courtoisie ou un geste de communication ? La France, qui n’a pas été consultée avant le déclenchement de l’offensive, reçoit une mise à jour après coup.
L’Espagne, elle, joue une partition différente. La Maison Blanche annonce que Madrid va « coopérer » avec Washington contre l’Iran en lui laissant utiliser deux bases militaires sur son territoire. Démenti immédiat du gouvernement espagnol, qui nie « catégoriquement » toute intention de collaborer. Un désaveu public. Une gifle diplomatique. Pedro Sánchez refuse d’embarquer dans une guerre que son opinion publique ne veut pas.
Cette friction entre alliés révèle les tensions profondes que le conflit génère au sein du camp occidental. Les États-Unis avancent. Certains suivent en silence. D’autres résistent. L’Europe, prise entre sa dépendance énergétique et ses convictions diplomatiques, cherche encore sa position.
Missiles, défense, et rapport de force
Sur le terrain militaire, Israël affiche une certaine confiance. L’État hébreu assure que le nombre de missiles iraniens tirés vers son territoire diminue « chaque jour ». Une bonne nouvelle. Mais un porte-parole de l’armée israélienne tempère aussitôt : l’Iran possède « encore beaucoup de capacités » et la défense israélienne n’est « pas hermétique ». La guerre est loin d’être gagnée.
Cette lucidité contraste avec le triomphalisme affiché par la Maison Blanche. Pendant que Karoline Leavitt parle d’anéantissement, les militaires israéliens comptent les missiles encore en vol. Pendant que Pete Hegseth évoque un écart qui se creuse, les sirènes continuent de retentir en Israël. La communication de guerre et la réalité du terrain ne racontent pas toujours la même histoire.
Au cinquième jour d’un conflit qui a déjà tué des centaines de personnes, déplacé des centaines de milliers d’autres et menacé l’économie mondiale, une certitude s’impose : personne ne contrôle vraiment la trajectoire de cette guerre. Israël, Washington, Téhéran : personne ne contrôle vraiment la trajectoire de cette guerre. Chaque frappe appelle une riposte. Chaque riposte ouvre un nouveau front. Et le Moyen-Orient, lui, continue de brûler.
Source : AFP – 5 mars 2026
















