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Gaza oubliée par la guerre en Iran : pénuries, points de passage fermés, le monde regarde ailleurs

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Gaza oubliée par la guerre en Iran : moins de frappes aériennes, mais des points de passage fermés, une aide humanitaire étranglée et des prix qui s’envolent. Pendant que le conflit israélo-iranien mobilise l’attention du monde, Gaza retient son souffle. Et redoute, plus que tout, de tomber dans l’oubli.

Moins de bombes, mais la guerre continue

Jamal Abou Mohsen vit sous une tente à Gaza depuis la destruction de sa maison. Depuis le déclenchement de l’offensive israélo-américaine contre l’Iran samedi, il observe un changement. « Les frappes aériennes sont devenues moins fréquentes », affirme cet homme de 33 ans depuis Choujaïya, quartier de l’est de la ville de Gaza.

Mais le calme est trompeur. Il entend « chaque jour des explosions, souvent dues à la destruction de maisons ou à des bombardements d’artillerie ». Et « les avions de guerre et de reconnaissance ne quittent pas le ciel », ajoute-t-il. Gaza vit sous un cessez-le-feu entré en vigueur le 10 octobre. Sur le terrain, la réalité est tout autre.
Interrogée par l’AFP, l’armée israélienne n’a pas commenté le sujet.

Jamal Abou Mohsen formule une accusation directe : Israël « profite du fait que le monde est occupé par la guerre contre l’Iran pour accroître la pression » sur la bande de Gaza — notamment en fermant les points de passage depuis samedi. Pendant ce temps, selon la défense civile, une femme a été tuée mercredi près de Rafah et plusieurs Palestiniens ont été blessés par des tirs israéliens dans le centre du territoire.

L’aide étranglée, les prix s’envolent

À Khan Younès, dans le sud de Gaza, Abdallah Al-Astal, 59 ans, confirme la baisse des bombardements. Mais il pointe une autre réalité : « Israël empêche l’entrée de l’aide alimentaire et du carburant. » Dès le déclenchement de la guerre avec l’Iran, les points de passage ont fermé aux camions humanitaires. Gaza dépend de ces convois pour la quasi-totalité de ses médicaments et produits de première nécessité.

Le passage de Kerem Shalom, entre Israël et la bande de Gaza, a rouvert mardi. Un « petit nombre de camions » a pu entrer mercredi, confirme une source au sein de l’autorité locale palestinienne chargée des points de passage. Mais Rafah, l’autre accès principal côté égyptien, reste fermé. Les camions en attente côté égyptien longent la frontière pour rejoindre Kerem Shalom — un détour qui ralentit encore l’acheminement.

Les conséquences sont immédiates et brutales. « Nous avons constaté une augmentation immédiate des prix » du carburant dès la fermeture des postes frontaliers, indique Jonathan Crickx, porte-parole de l’Unicef. Pire encore : « Les produits de première nécessité, comme la nourriture, le savon, ont vu leurs prix augmenter de 200 ou 300 % », selon lui.

Safia Hamouda, 61 ans, vit dans un camp de déplacés. Elle témoigne : « Dès le premier jour de la guerre avec l’Iran, les gens ont eu peur et ont commencé à acheter tout ce qu’ils trouvaient sur le marché. Les produits de base sont disponibles mais commencent à se raréfier. » Une économie de guerre sur les ruines d’une économie déjà à genoux.

La peur de l’oubli

C’est la blessure la plus profonde. Plus que les bombes, plus que la faim, les Palestiniens de Gaza redoutent de disparaître du radar du monde. Pendant que les caméras se tournent vers Téhéran et Beyrouth, pendant que les chancelleries gèrent la crise iranienne, Gaza attend. Et s’inquiète.

Adnan Abou Hasna, de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (Unrwa), formule clairement cette crainte : les Palestiniens redoutent que l’attention internationale se détourne de leur sort et que la communauté internationale ne « relâche les pressions exercées » sur Israël pour permettre l’entrée de l’aide humanitaire.

Abdallah Al-Astal, lui, refuse de se laisser instrumentaliser. Il dit ne se soucier « d’aucun État ni d’aucune personne dans le monde, que ce soit Khamenei ou quelqu’un d’autre ». Il n’apporte pas son soutien à l’Iran, « qu’il soutienne Gaza ou non ». Son exigence est plus simple, plus universelle : « Nous voulons vivre comme des êtres humains. »

Mohammed Al-Halou, 29 ans, vit dans une tente installée dans une école de Gaza-ville. Il résume en une phrase ce que des centaines de milliers de Gazaouis ressentent : « Je pense que le monde va oublier Gaza. Et que personne ne prêtera attention à notre souffrance. »
Une phrase qui tombe comme un verdict. Gaza, après plus de deux ans de guerre, survit entre les bombes et les pénuries, entre le cessez-le-feu de papier et la réalité de feu.

Aujourd’hui, elle survit aussi dans l’indifférence d’un monde regardant ailleurs. Et cette indifférence-là, pour ceux qui y vivent, est peut-être la plus difficile à endurer.

Source : AFP – 4 mars 2026

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