Deux réalisateurs français détenus au Togo depuis le 27 juillet ont été inculpés pour « fausses déclarations » le 17 août, avec un collaborateur local. Reporters sans frontières réclame leur libération immédiate. Les familles disent leur « immense inquiétude », notamment pour la santé de l’un des détenus.
Deux réalisateurs français détenus depuis le 27 juillet
Les autorités togolaises ont arrêté Gaël Mocaër et Sebastian Perez Pezzani le 27 juillet. Fred Vedomey, un collaborateur local, a perdu sa liberté le même jour. RSF présente ce dernier comme un « collaborateur de médias à ce titre ».
Les deux Français tournaient un épisode des « Routes de l’impossible ». France Télévisions diffuse cette série documentaire. Tony Comiti Productions travaille avec les deux réalisateurs sur ce type de reportages.
Reporters sans frontières a révélé l’affaire dans un communiqué publié mardi. L’organisation défend les droits des journalistes à travers le monde. Elle réclame aujourd’hui une libération immédiate des trois hommes.
Mercredi, les familles ont exprimé publiquement leur angoisse. Leur message figure dans le communiqué de RSF. Elles évoquent une « immense inquiétude », notamment pour la santé des deux réalisateurs.
Une inculpation pour « fausses déclarations » le 17 août
Les trois hommes ont d’abord fait l’objet d’une assignation à résidence. La situation s’est durcie trois semaines plus tard. « Ils ont été placés en détention provisoire et inculpés pour +fausses déclarations+ le 17 août », indique RSF.
Le lieu de détention se situe près de Lomé. Les trois hommes « sont privés de liberté et retenus au camp d’Agoè Logopé », précise l’organisation. RSF décrit « une installation des forces de l’ordre située dans le quartier éponyme ».
Le ministère français des Affaires étrangères confirme l’existence d’une procédure. Les deux réalisateurs français détenus sont visés par « une information judiciaire conduite par un juge d’instruction ». Ils ont reçu des visites consulaires.
L’état de santé de l’un des détenus inquiète particulièrement. « Sebastian souffre de graves problèmes de santé, nécessitant une prise en charge immédiate », écrit RSF. L’organisation rappelle que les deux hommes sont pères de famille et que l’un de leurs enfants n’a que 13 ans.
Le producteur affirme que le tournage était « en règle »
Patrice Lucchini dirige Tony Comiti Productions. Il situe l’arrestation « du côté de Kara, où ils ont dépassé une zone » qui leur avait été conseillée. Selon lui, les réalisateurs ont franchi cette limite par inadvertance.
Le producteur défend la régularité du tournage. « On est en règle », assure-t-il. Il précise que les deux hommes « ont obtenu une autorisation de tournage » auprès du ministère de la Culture et « déclaré leur matériel à la douane ».
Le régulateur togolais conteste toute accréditation
La Haute autorité de régulation de la communication écrite, audiovisuelle et numérique (HARC) a répondu mercredi soir. Le régulateur des médias togolais affirme dans un communiqué qu’il « n’a été saisi d’aucune demande d’accréditation concernant ces deux personnes, ni par France Télévisions, ni par les intéressés eux-mêmes, comme le prévoient les textes ».
L’autorité va plus loin. Elle assure ne pas avoir été « informée de l’arrivée sur le territoire des deux personnes dont elle ignore le statut professionnel ». Le régulateur dit également ignorer « les activités de tournage qu’elles devraient mener, notamment dans la partie septentrionale du pays ».
La HARC renvoie ensuite le dossier vers la justice togolaise. Celle-ci doit déterminer « les circonstances de la présence des intéressés sur le territoire national, la nature de leurs activités ainsi que, le cas échéant, les faits qui leur sont reprochés ».
Deux versions s’opposent donc frontalement. Le producteur invoque une autorisation obtenue auprès du ministère de la Culture. Le régulateur, lui, affirme n’avoir jamais reçu la moindre demande d’accréditation.
Un Togo verrouillé et sous pression sécuritaire
Faure Gnassingbé dirige le Togo depuis 2005. Il a succédé à son père, Eyadéma, resté 38 ans au pouvoir. Ce petit pays côtier d’Afrique de l’Ouest occupe la 97ᵉ place sur 180 au classement annuel de RSF sur la liberté de la presse.
La situation sécuritaire pèse aussi sur le nord du territoire. Depuis fin 2021, l’extrême nord du Togo subit des incursions de jihadistes. Ces combattants opèrent depuis l’autre côté de la frontière, au Burkina Faso.
Le pays voisin fait face à des attaques de groupes liés à Al-Qaïda et au groupe État islamique. Cette zone se trouve à des dizaines de kilomètres de Kara. Or les réalisateurs ont été arrêtés dans ce secteur, selon leur producteur.
Les autorités togolaises ont réagi par des mesures d’exception. Elles ont instauré l’état d’urgence l’année suivante dans une région du nord. Le pouvoir l’a prolongé à plusieurs reprises, la dernière fois en février, pour une durée d’un an.
Deux réalisateurs français détenus dans un climat tendu avec les médias français
Le Togo a déjà sanctionné des médias français. En juin 2025, les autorités ont interdit les antennes de Radio France internationale et de France 24 pour une durée de trois mois. Elles leur reprochaient d’avoir relayé des « propos inexacts et tendancieux ».
Cette décision a suivi des manifestations critiques envers le pouvoir. Ces rassemblements avaient secoué le pays le même mois. Selon un journaliste de l’AFP, les deux médias ne peuvent toujours pas émettre.
Paris a tenté d’obtenir une levée de cette suspension. En avril, le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot a déclaré à l’AFP avoir plaidé en ce sens lors d’une visite au Togo. Ce déplacement constituait le premier voyage officiel français de si haut niveau depuis dix ans.
L’affaire des deux réalisateurs français détenus s’inscrit donc dans une séquence plus large. Les relations entre Lomé et les médias français traversent une phase difficile depuis plus d’un an.
Réactions : RSF et les familles réclament une libération
Thibaut Bruttin porte la demande la plus directe. Le directeur général de RSF a appelé à « leur libération immédiate ». Son organisation place la santé de Sebastian Perez Pezzani au cœur de son alerte.
Les familles emploient des mots lourds. « Nous sommes bouleversés par la privation de liberté que subissent au Togo nos compagnons, nos pères, nos fils et nos frères », écrivent-elles dans le communiqué. Elles ajoutent : « notre inquiétude est immense, notamment pour leur santé ».
Le producteur maintient sa ligne de défense. Patrice Lucchini évoque un dépassement de zone commis par inadvertance. Il répète que la société et son équipe respectent les règles.
Deux réalisateurs français détenus : quelles suites judiciaires
La justice togolaise tient désormais le dossier. Un juge d’instruction conduit l’information judiciaire visant les deux réalisateurs, selon le Quai d’Orsay. L’inculpation pour « fausses déclarations » fixe le cadre des poursuites.
Le régulateur attend de cette procédure des réponses précises. La HARC souhaite voir établies les circonstances de la présence des deux hommes sur le territoire national. Elle veut aussi connaître la nature exacte de leurs activités.
Côté français, les visites consulaires ont déjà eu lieu. RSF, de son côté, poursuit son appel public à la libération. Les trois hommes, eux, restent détenus au camp d’Agoè Logopé.
L’urgence sanitaire pourrait peser sur la suite. RSF décrit des problèmes de santé graves nécessitant une prise en charge immédiate. Les familles placent cette question au premier rang de leurs inquiétudes.
Source: Agence France-Presse












