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Cuba libère 2000 prisonniers : deuxième vague de grâces sur fond de pression américaine

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Cuba libère 2000 prisonniers dans une nouvelle vague de grâces annoncée jeudi soir et mise en œuvre dès vendredi matin à La Havane. Cette décision constitue la deuxième mesure de ce type en moins d’un mois. La question des prisonniers politiques reste sans réponse officielle.

Cuba libère 2000 prisonniers : les premières sorties à la prison de La Lima

Une vingtaine de détenus ont quitté la prison de La Lima vendredi matin. Situé dans l’est de La Havane, l’établissement a été le premier à ouvrir ses portes après l’annonce gouvernementale. Des journalistes de l’AFP ont assisté à la scène.

Les familles réunies devant l’entrée ont pleuré et étreint les libérés. Certificat de remise en liberté en main, plusieurs anciens détenus se sont exprimés devant les caméras. L’atmosphère était marquée par l’émotion et le soulagement.

« Merci pour cette opportunité », a déclaré Albis Gainza, 46 ans. Cet homme avait purgé la moitié d’une peine de six ans de prison pour vol. Il a aussi appelé à ce que « davantage » de détenus soient relâchés et que « cela continue ».

Damian Fariñas, 20 ans, condamné à trois ans pour vol, a qualifié la mesure de « très grande bénédiction ». « Elle est vraiment bien tombée pour un paquet de détenus », a-t-il témoigné. Ces premiers témoignages illustrent un soulagement individuel, mais n’éclairent pas la composition globale des 2 010 graciés.

Parmi la demi-douzaine d’anciens prisonniers interrogés par l’AFP devant La Lima, aucun n’avait été incarcéré pour des raisons politiques. Cette observation n’est pas représentative de l’ensemble de la mesure. Elle laisse toutefois entière l’incertitude sur le sort des détenus politiques.

2 010 grâces : critères de sélection et exclusions notables

Jeudi soir, le gouvernement cubain a officialisé la grâce de 2 010 détenus, présentée comme un « geste humanitaire » à l’occasion de la Semaine sainte. Aucune liste nominative n’a été rendue publique. Les autorités ont précisé les critères de sélection retenus.

Les libérations seront accordées selon la bonne conduite en détention, l’état de santé et la durée de peine déjà purgée. Sont formellement exclus les condamnés pour meurtre, agression sexuelle et infractions liées au trafic de drogue. Une quatrième catégorie d’exclusion concentre les critiques.

Les autorités ont écarté les personnes condamnées pour « crimes contre l’autorité ». L’ONG Justicia11J juge cette formulation « particulièrement préoccupante », estimant que ce type d’accusation a « historiquement servi d’instrument de répression politique à Cuba ». Cette exclusion soulève directement la question des prisonniers politiques.

La Havane a par ailleurs précisé les profils prioritaires. Parmi les bénéficiaires figureront des jeunes, des femmes et des personnes de plus de 60 ans. Le dispositif inclut également des ressortissants étrangers et des Cubains résidant à l’étranger.

Contexte : Cuba et Washington, entre pourparlers et dénégations

La Havane nie tout lien entre cette décision et les discussions en cours avec Washington. La chronologie des événements invite pourtant à une lecture différente.

Quelques jours avant l’annonce, Donald Trump avait autorisé un pétrolier russe à livrer du pétrole brut à Cuba. Ce geste avait desserré un blocus pétrolier de facto qui pesait lourdement sur l’approvisionnement de l’île. Cuba compte 9,6 millions d’habitants et souffre d’une pénurie de carburant chronique.

Pour Andres Pertierra, historien de Cuba à l’Université du Wisconsin, le lien est évident. « On prétend que cela n’a rien à voir avec des négociations alors que c’est clairement le cas », a-t-il déclaré à l’AFP. Son analyse reflète celle de nombreux observateurs du dossier bilatéral.

L’administration Trump a publiquement réclamé un changement de système sur l’île communiste. Donald Trump a lui-même laissé entendre qu’il pourrait « prendre Cuba ». Des pourparlers ont néanmoins eu lieu récemment entre les deux parties, sans résultat formel annoncé.

La libération de prisonniers politiques constitue depuis longtemps une exigence centrale de Washington vis-à-vis de La Havane. Cette condition reste au cœur des discussions. Son avancement concret demeure impossible à évaluer faute de liste officielle.

Mi-mars, le gouvernement cubain avait annoncé une première vague de libérations sous l’égide du Vatican.Ce canal diplomatique joue un rôle régulier dans le dialogue cubano-américain. Selon Cubalex, cette première annonce avait conduit à la libération d’au moins 20 prisonniers politiques.

Réactions : soulagement des familles, scepticisme des ONG

Justicia11J a accueilli les libérations avec une prudence affirmée. L’organisation recense les arrestations liées aux manifestations antigouvernementales de juillet 2021. Elle a reconnu un « soulagement immédiat, en particulier pour les familles », tout en précisant qu’elle dénombre actuellement 775 prisonniers politiques à Cuba.

Elle a néanmoins averti que ces libérations « ne constituent pas un changement dans les politiques répressives de l’État cubain ». Le sort de la majorité des personnes arrêtées lors des manifestations de 2021 demeure inconnu dans le cadre de cette nouvelle mesure.

Cubalex, basée à Miami, a indiqué vendredi après-midi n’avoir pas encore pu confirmer la libération de prisonniers politiques parmi les graciés. L’organisation souligne l’absence persistante d’informations détaillées de la part des autorités cubaines.

Le département d’État américain a réagi avec la même réserve. Le département d’État dit connaître les annonces, mais ignore « combien de prisonniers politiques seront libérés, ou s’ils le seront ».

Un porte-parole a réaffirmé à l’AFP que les États-Unis continuent « d’appeler à la libération immédiate des centaines d’autres courageux patriotes cubains qui restent détenus injustement ».

Cuba libère 2000 prisonniers : le sort des détenus politiques en suspens

Justicia11J recense 775 personnes incarcérées en lien avec les manifestations de juillet 2021.Ces protestations représentaient les plus importantes connues par Cuba depuis des décennies. Leurs familles attendent une confirmation directe.

Dans les semaines suivant ce mouvement, les autorités ont arrêté et condamné des centaines de manifestants. Beaucoup restent incarcérés aujourd’hui. Leur inclusion dans les grâces annoncées est impossible à vérifier sans liste officielle.

Cette deuxième vague en moins d’un mois marque une accélération dans la dynamique entre les deux pays. La pression diplomatique américaine reste forte. L’issue des pourparlers déterminera si ces gestes s’inscrivent dans un changement durable ou restent insuffisants aux yeux des organisations de défense des droits humains.

Source : Agence France-Presse

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