La croyance religieuse a tué la petite Sylvana, âgée de 10 ans. Elle a été sacrifiée le dimanche 28 juin 2026 au quartier Nkolndongo à Yaoundé. Sur l’autel d’une croyance devant ses deux cadets, témoins de cette prière sacrificielle. Le comportement le plus marquant de la fidèle moderne est son acceptation du dogme imposé.
Elle a dit avoir agi en suivant « les conseils de comment faire lorsque tu es dans les combats spirituels. C’est le fils de l’homme qui m’envoie », va-t-elle déclarer. Ainsi donc la croyante appliquée est devenue une consommatrice active sans autonomie.
Des réactions inadaptées
Sylvana est certainement partie rejoindre Dieu le père, laissant derrière elle émoi et consternation. Si donc les versets bibliques sont évoqués pour justifier le comportement de cette dame de 20 ans. Les psychologues soutiennent la thèse du trouble de comportement.
Ces derniers pensent d’ailleurs que c’est un défi majeur pour la santé publique. Certains les différencient même des sautes d’humeur passagères. Qui, selon eux, « se caractérisent par des actions et des réactions inadaptées, répétitives. Et durables et qui perturbent profondément les relations sociales, familiales et professionnelles d’une personne ».
Pour Roland Ngahan, « un trouble du comportement ne définit pas une mauvaise éducation ou un manque de volonté. Il s’agit d’une manifestation visible d’un dysfonctionnement psychologique, neurologique ou émotionnel sous-jacent. Sous la forme plus sévère, cela se traduit par des agressions physiques, la destruction de biens matériels. Le vol ou la violation grave des règles établies », nous explique le chercheur.
Anomalies dans la chimie du cerveau
Un autre enseignant soutient qu’ «Il n’y a jamais une cause unique à un trouble du comportement. Et que « c’est l’association de plusieurs facteurs qui déclenche le trouble. On peut citer les facteurs biologiques et génétiques qui prennent pour cause les antécédents familiaux.
« Ou des anomalies dans la chimie du cerveau. On peut citer les facteurs psychologiques causés par un traumatisme vécu dans l’enfance. Une mauvaise gestion du stress, un manque d’estime de soi ou une hypersensibilité émotionnelle. Et enfin les facteurs environnementaux avec un climat familial conflictuel, la précarité sociale. Le harcèlement ou l’isolement», nous explique Isaac Mouelle, psycho-philosophe.
Pour Ernest Mpocko, « derrière un comportement perturbateur ou agressif se cache presque toujours une souffrance. Celle qui ne parvient pas à s’exprimer par des mots », dit l’enseignant retraité.
Pratiques extrêmes de certaines églises
Ainsi donc, le grand débat sur les pratiques extrêmes de certaines églises de réveil au Cameroun est ouvert. Les cas d’extorsion matérielle ou de manipulations psychologiques comme forcer des ruptures familiales sont légion.
Il arrive fréquemment que le drame d’une mère souffrant de graves troubles psychiatriques commette l’irréparable sur son enfant. Qu’une femme quitte la maison parce que le pasteur lui a révélé que son mari est sorcier.
Facile donc de comprendre que le paysage spirituel contemporain traverse une transformation profonde de valeurs. Les chercheurs en sociologie des religions et des psychologues observent l’émergence de nouveaux mouvements religieux, de spiritualités assez autoritaires.
Une option indétrônable
Les fidèles ou les adeptes de ces croyances sont partagés entre le bricolage spirituel et l’autonomie de leur mentalité. Les fidèles qui croient de manière naïve. Ils sont pleinement convaincus que leur choix spirituel est une option indétrônable. Ce qui les pousse à justifier constamment leur démarche.
Pour Emmanuel Isedu, « dans ces nouveaux espaces de croyance, l’attitude et les comportements des fidèles ont radicalement changé. Par rapport aux religions traditionnelles ».
Pour cet anthropologue, « les nouvelles croyances ont plutôt augmenté le niveau de la santé mentale au Cameroun. Le stress complique les relations humaines. Et le cas de Yaoundé doit interpeller le ministre de la Santé publique », voilà qui est dit.
Hilaire Nlend
« Nous sommes en présence d’une personne qui a perdu le contact avec la réalité… »
Hilaire Nlend est psychologue. Il est en poste à l’Hôpital de district de Logbaba. Nous l’avons rencontré pour cerner les contours d’une immolation humaine. Une dame au nom de Dieu a égorgé un enfant de 11 ans à Nkolndongo à Yaoundé.
Une dame a égorgé un enfant selon la volonté de son pasteur. Comment expliquer un tel acte ?
La première chose, d’abord, c’est que c’est quand un état mental dissocié. Ça veut dire que nous sommes en présence d’une personne qui a perdu le contact avec la réalité. Et qui est dans ses chimères, dans son univers, dans sa rêverie. Dans sa rêverie, elle entend des voix qui lui demandent de faire certaines choses.
Et ces choses peuvent être justement des acteurs répréhensibles. Comme des acteurs répréhensibles tels que le passage à l’acte violent dont nous parlons. Ce passage à l’acte peut également avoir un déterminant. Il peut aussi être compris comme étant une forme d’un acte compulsif. C’est-à-dire que c’est peut-être un acte compulsif pour conjurer un mauvais sort.
Nous sommes en présence d’une personne qui est convaincue qu’en effectuant certains actes, elle va conjurer le mauvais sort. Réussir à se libérer d’une certaine emprise dont elle est en ce moment. Donc ça peut être un acte rituel pour conjurer le mauvais sort, pour changer les mauvaises choses.
Selon vous, docteur, d’où vient ce courage ?
Bon, je ne sais pas s’il faut parler de courage.
Le mot courage peut être compris comme cette rage, cette énergie investie dans cet acte. Eh bien, dans les moments de dissociation, justement, lorsqu’on est en train de faire une hallucination auditive.
Qu’on entend des voix, il est très facile de les écouter et de mettre en application. Ce que les voix sont en train de commander. Et du coup, la question du courage ne se pose plus. Ça va se puiser dans soi-même, dans ses propres ressources pour réaliser l’acte selon les instructions qui nous ont été données par ses voix.
Est-ce qu’on peut dire que la croyance corrompt le psychisme ?
Ça veut dire que la croyance, la religion, la foi influencent le psychisme ? Oui, la foi influence le psychisme parce que la foi, la religion, à travers la Bible. Et ses pasteurs, sont des puissants instruments de propagande de certains comportements.
Et le bonheur de la Bible, c’est que la Bible valorise les comportements positifs. Donc les comportements en rapport avec la vie, pas ceux de la mort. Où nous sommes dans un contexte où la religion a ordonné la mort.
Et ça, j’ai envie de dire que ce n’est pas un acte qui descend forcément de la religion des pasteurs. Mais c’est plutôt un acte qui relève de la croyance personnelle de l’auteur présumé du crime, de l’acte.
Peut-on alors parler de détresse dans ce cas ?
Peut-être qu’il y a une détresse qui est latente. Peut-être que la patiente a été dans un état également de détresse. Et cette détresse a peut-être eu la forme d’un stress.
Et pour justement diminuer son stress, alors on est passé à l’acte. Parce qu’il y aurait probablement eu la croyance d’être menacé, la perception d’avoir, d’être probablement victime de quelque chose de grave. Et alors, pour ne pas arriver au stade de ce qu’on redoute, on préfère faire l’acte avant.
Certains y voient un cas de maladie mentale.
Très bien. Il y a plusieurs critères pour poser le diagnostic de maladie mentale. Parce que c’est une maladie, et la maladie répond à plusieurs critères. Le premier critère, c’est qu’il faut que le comportement dévie de ce qui est normalement attendu.
Et puis ce qui est normalement attendu quand on est dans un état de détresse, dans notre contexte, ce n’est pas de tuer. Mais c’est de consulter un spécialiste. Ici, nous sommes dans un contexte où quelqu’un prend la volonté. C’est-à-dire fait un acte qui n’est pas du tout normal, donc du coup on s’est dévoré sur sa santé mentale. Peut-être qu’il y a un contexte de trouble mental qui est caché.
Et si c’est le cas, peut-on en guérir?
Bon, guérir, ce serait prétentieux, mais dans l’état actuel des connaissances dans la science. Et surtout en santé mentale, il est possible d’agir sur la détresse de manière à la diminuer. Il est également possible de travailler sur ses croyances, de manière à les modifier, de restructurer les croyances.
Et enfin, il est possible d’agir sur les comportements pour les modifier, les changer. Bon, après, il peut avoir un mieux-être émotionnel, il peut avoir des comportements sains. Il peut avoir des pensées qui sont plus adaptées au contexte. Est-ce que ça veut dire qu’elle est guérie? Là, je ne sais pas.
Est-ce que les condamnations arrangent alors les choses? Les condamnations, c’est-à-dire le fait de la culpabiliser, arrangent-elles les choses?
D’une part, oui, parce que si elle a fait cette chose dans un état mental de préconscience,. Ça veut dire qu’elle n’avait pas conscience de ce qu’elle faisait. Avec la condamnation, elle va sortir de la préconscience pour la conscience.
Elle va prendre conscience que ce qu’elle a fait est tellement grave, et les conséquences vont s’en suivre. Et puis elle va réaliser les conséquences qui vont s’en suivre. Ce n’est pas bien, pourquoi? Parce que la prise de conscience de cet acteur peut la faire paniquer.
Ça peut la pousser à paniquer, à avoir une réaction de stress dépassée. Même un état de panique qui peut peut-être être fatal selon ses vulnérabilités physiques. Selon qu’elle a d’autres, peut-être qu’elle est asthmatique, elle a des problèmes cardiaques, on ne sait pas.
Et comment le psychologue que vous êtes voit-il l’attitude de ces pasteurs-là?
Je constate qu’il y a une prolifération des églises et donc des pasteurs dans notre contexte.
Et pour quelles raisons?
Il y en a tellement. Il y a des raisons financières, il y a aussi des raisons qui sont personnelles à eux. Mais je pense que les pasteurs à la base sont formés pour aider les personnes à modifier leurs comportements. Et à se rapprocher de l’idéal, le père idéal qui est Dieu.
Et est-ce que, dans ce sens, tuer, demander à un enfant de tuer un autre pour se rapprocher de Dieu, c’est ça qui est enseigné?
Je ne pense pas. Je pense que les pasteurs font le travail qui leur est, qui est attendu, d’enseigner la Bible. Et aider les gens à changer les comportements, pas le contraire. Donc je pense qu’ils sont dans leur rôle.
Malheureusement, ils tombent sur des personnes qui ont des vulnérabilités. Ils ont aussi le droit d’intervenir. Mais quand il y a des cas qui les dépassent, bien vouloir référer chez un spécialiste comme un psychologue.












